vendredi 27 janvier 2017

Consentir à n'être pas (4ème dimanche du temps)


« Vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. » Le constat de Paul quant à l’origine des disciples de Corinthe peu après l’an 50, doit-il encore aujourd’hui dessiner le portrait de toute communauté ecclésiale ?
La question se pose parce que cette description introduit et justifie le raisonnement qui fait suite, et qui lui, évidemment continue à valoir : Dieu a choisi ce qui est fou, faible, roturier, méprisé et même rien, pour qu’il soit bien clair que la vie nous échoie, par pur don. Ainsi donc, si nos communautés sont composées de gens sages, puissants, qui en imposent et ne sont pas rien, mais notables, chefs de très grandes entreprises, cardinal ou que sais-je, comment nos communautés manifesteront-elles au monde l’extravagance d’une vie reçue ?
C’est une question de survie pour l’évangile. La puissance sociale des chrétiens ne peut que conduire à l’extinction de l’évangile, et n’est-ce pas exactement ce que nous repérons en Europe ? Avant de crier avec les loups de l’Action Française et de ses rejetons plus ou moins légitimes à la fin d’une civilisation, parce que l’Eglise disparaît en nos pays, parce que les mœurs changent, parce que les racines chrétiennes sont niées, il faudrait peut-être faire un examen de conscience. Et si nous craignons pour notre identité, il faudrait s’assurer que celle que nous revendiquons de protéger soit bien celle qui nous convient, fous, faibles, quelconques parce que d’une famille sans importance, méprisés, rien.
« Dieu a choisi ce qui est rien pour que ce qui est soit réduit à rien. » Dieu prend le contre-pied de la société. Il choisit précisément ce qui dans la société n’est pas considéré, est considéré comme rien (pour le dire moins poliment mais plus efficacement, comme de la merde), non parce que ces gens qui ne comptent pas devraient être aussi mis en avant, mais pour mener à leur néant ceux qui comptent dans le monde.
Comment voulez-vous qu’en prêchant à la suite de Paul on se fasse des amis parmi ceux qui comptent ou croient compter dans notre monde, dans notre société ? Je préfère ne pas faire une liste, tant je sais que nous serons nombreux à nous reconnaître parmi ceux qui s’y croient, ceux qui justement croient avoir de l’importance, ne serait-ce qu’un peu, ceux qui comptent dans ce monde. C’est inaudible. Il se pourrait qu’une partie de l’opposition déterminée que rencontre le Pape ne puisse précisément pas accepter ce choix de l’anéantissement de ceux qui sont quelque chose par ceux qui ne sont rien.
Ce qui est rien, ce qui est. Les termes pauliniens permettront aux métaphysiciens de méditer sur les non-étants qui néantisent les étants. Un participe présent au neutre pluriel, impossible à rendre littéralement en français, ne peut être rendu par l’abstraction du singulier, ce qui est rien, le rien. Car il s’agit de tout ce qui n’est pas, y compris ceux qui ne sont pas. Mais comment des êtres humains ne seraient-ils pas ? Justement, on les considère comme rien, il n’existe pas, pire, on les annule, on les annihile. Ce sont les pauvres qui font le trou de la Sécu et profitent du système au point de rendre nécessaire de mettre fin à toutes ces fraudes. Refrain ressassé, par exemple, qui pratique l’anéantissement des plus petits. La Méditerranée dans laquelle nombre d’entre nous se baignent est l’un des plus grands cimetières aujourd’hui ! Il faut que ceux qui par milliers s’y noient ne soient rien.
S’agit-il de chasser les riches et puissants, bien nés et sages, de nos assemblées ? Ne s’agit-il pas plutôt que ceux-là, nous, nous convertissions, nous changions en fous, faibles, sans prestige familial ou professionnel, méprisés, dans nos activités et responsabilités mêmes, si nous voulons que la puissance de l’évangile et sa sagesse anéantissent ceux qui s’y croient, et tuent, avec l’évangile, leurs propres frères ?
Le scandale évangélique demeure, doit demeurer. Si l’évangile ne fait pas trébucher les sages, les biens-nés, ceux qui sont importants dans le monde, est-il encore l’évangile ? On ne peut tout de même pas continuer à taire cela, comme on le fait si souvent, depuis des siècles dans l’Eglise, même si de temps à autres paraissent un Pierre Valdo, un Benoît Labre ou un François d’Assise, époux de Dame pauvreté. Je pense à ce moine qui, malgré les vexations de son Père abbé jaloux de sa puissance, n'a jamais rien réclamé, réduisant à néant ce qui est, pour manifester la fécondité de l'évangile.
Vous me direz, si Paul est insupportable en ses excès j’aurais peut être mieux fait de commenter l’évangile. Pas de chance ! C’est le même renversement : Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, le royaume des cieux est à eux.

vendredi 20 janvier 2017

"L'amour du Christ nous presse" (Unité des chrétiens)


La semaine de prière pour l’unité des chrétiens, cette année, revêt un caractère spécial. Il y a 500 ans, le 31 octobre 2017, Luther publiait ces 95 thèses contre les indulgences. Si vous avez quelques souvenirs de vos cours d’histoire, c’est en général le minimum qui s’enseigne à propos de la Réforme.
Nous ne savons pas si Luther a placardé ces thèses sur les portes de l’église de Wittenberg. Rédigées en latin, et dans un vocabulaire technique, scolastique, pas sûr qu’elles aient été très accessibles ! Ce qui est attesté, c’est que ces thèses ont été envoyées à l’université en vue d’une dispute académique entre docteurs en théologie, dont Luther.
Certain aussi, Luther ne pensait nullement occasionner une séparation dans l’Eglise. Il voulait seulement dénoncer le système des indulgences qui lui paraissait, comme à d’autres, particulièrement scandaleux. Dater la naissance de la Réforme du 31 octobre 1517, veille de la Toussaint, est un acte rétrospectif. Une fois la rupture consommée, cette date a été retenue comme l’acte premier de la Réforme. L’excommunication, fulminée par Léon X, date du 3 janvier 1521. « L’intention de Martin Luther, il y a cinq cents ans, était de renouveler l’Église, et non de la diviser », a souligné François ce 19 janvier.
Dans nos paroisses, dans nos vies, nous ne percevons pas forcément l’actualité de la séparation, nous n’en éprouvons pas le drame ; cela demeure fort extérieur, à moins d’avoir dans sa propre famille, des chrétiens de diverses confessions. Pendant des siècles, nos Eglises ont cherché à avoir raison l’une contre l’autre et ont développé une théologie et une catéchèse de polémique. Il fallait bien que tous sachent, quitte à caricaturer les positions, ce qui les distinguait des autres, forcément les méchants, forcément hérétiques. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare de rencontrer des relents anti-protestants ou anti-catholiques.
La prière de Jésus pour l’unité ne semble guère nous préoccuper, qui pourtant dénonce nos fautes : « Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 19-21) On pourrait multiplier les citations : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,35)
L’épitre aux Corinthiens retenue cette année comme thème de la semaine de prière dit l’urgence de l’unité : « L’amour du Christ nous presse. » (2 Co 5, 14) Cinq cents ans plus tard, pouvons-nous continuer à nous ignorer voire à nous opposer alors que le monde est écarté du Christ par nos divisions ? Combien de temps serons-nous ainsi effrontément coupables de la non-foi des autres sous prétexte de défendre la vérité ? N’y a-t-il pas de vérité, d’authenticité dans la foi des Luthériens et Réformés ? N’y aurait-il que vérité dans notre manière de témoigner de l’évangile ? Combien de temps nous priverons nous de boire à la même coupe sous prétexte que nous ne disons pas exactement la même chose ?
L’unité ne se fera pas par un retour au bercail des brebis égarées. Il est désormais évident que si les Protestants sont des brebis égarées, ce n’est pas d’être séparés de l’Eglise romaine, mais, tout comme nous catholiques, d’errer loin de l’amour du Christ qui nous presse. L’unité se fera par la reconnaissance pleine et entière de la légitimité et de la valeur de la compréhension de l’évangile et de la vie chrétienne des uns et des autres. Il y aura encore demain plusieurs églises, non comme une cacophonie, mais comme une symphonie où la richesse de la grâce divine trouve à s’exprimer dans des différences qui s’accordent. Que serait la musique avec une seule note, la peinture avec une seule couleur, la pensée avec une seule idée ? S’il y a quatre évangiles, est-ce pour que tous les chrétiens aient la même théologie ? Nous pouvons parler d’une seule voix bien que ce soit en de nombreuses langues !
Que Luther ait été un chrétien avec son péché et ses limites, il ne le savait que trop lui-même. La hantise du péché l’a habité jusqu’à ce qu’il redécouvre, pour qu’il redécouvre, la puissance de la justice de Dieu, ce Dieu qui nous rend justes par amour. Que Luther ait été et soit encore un authentique guide spirituel, à l’instar des plus grands saints de nos Eglises catholiques et orthodoxes, c’est une évidence, certes tard reconnue, mais reconnue officiellement par Benoît XVI.
Luther redécouvre que la foi est une affaire d’alliance et d’amour. C’est pour nous, pour toi, que le Christ a vécu. C’est pour vivre que nous croyons, que nous prions, non pour remplir je ne sais quelle obligation, non parce qu’il importerait de connaître des choses sur Dieu ou Jésus. Jésus se donne à nous. Qu’attendons-nous pour l’accueillir ? « Tout est à nous ; tout ce qu’a le Christ nous est donné gratuitement, à nous qui sommes indignes, par pure miséricorde […]. Tout ce qu’a fait le Christ, il l’a fait pour nous, il a voulu que ce fût nôtre. Il a dit : "je suis au milieu de vous comme celui qui sert". Et encore : « "Ceci est mon corps qui est livré pour vous". » (Sermon sur la double justice, Gallimard, p. 210)

vendredi 13 janvier 2017

"Je ne le connaissais pas" (2ème dimanche du temps)



« Moi, je ne le connaissais pas. » Par deux fois dans ce court extrait de l’évangile (Jn 1,29-34), le Baptiste déclare ne pas connaître Jésus. Au cinquième siècle déjà, Augustin s’étonnait de cette dénégation. Elle contredit la version lucanienne du cousinage entre Jésus et Jean et de leurs relations manifestement proches pour que Marie visite Elisabeth. La tradition picturale représente si souvent les deux enfants ensemble que l’évangile de Jean en est à peine audible.
Plus important, comment le Baptiste peut-il baptiser et reconnaître celui qu’il ne connaît pas ? Cette question mérite que l’on s’y arrête, parce qu’en ouvrant l’évangile, elle expose notre propre situation. Nous ne connaissons pas Jésus, nous ne l’avons jamais vu et pourtant, nous le reconnaissons comme celui qui baptise dans l’Esprit saint.
Connaître Jésus n’est manifestement pas une question de repérage, par ADN, carte d’identité voire pour le Baptiste d’appartenance familiale ou d’identité religieuse ou ethnique. Connaître Jésus c’est reconnaître sa mission. L’identité de Jésus n’est pas ce qui le caractériserait en lui-même, mais sa relation aux autres.
Qu’est-ce que connaître Jésus, pour nous ? N’est-ce pas précisément la reconnaissance de la présence de l’Esprit en lui, sur lui ? « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. » Ce qui fait reconnaître Jésus, c’est la présence de l’Esprit, je veux dire, ce qui donne la vie, ce qui fait vivre. L’Esprit est le principe de vie, ainsi que le dit notre profession de foi : « il est seigneur et donne la vie, Dominum et vivificantem ».
Ce qui fait reconnaître Jésus, c’est sa puissance de vie pour les autres. Il reçoit l’Esprit pour baptiser dans l’Esprit, ainsi que le dit notre texte. La reconnaissance de Jésus, pour nous autres disciples, est la reconnaissance de l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, justement parce que la puissance de vie qui repose sur lui est plus forte que la mort et le mal.
La puissance de libération de Jésus, sa puissance de vie qui redresse maladies, infirmités, possessions et morts, sa mission comme libérateur à l’instar du Dieu de la libération d’Egypte et du retour d’exil, sa mission de salut, voilà qui donne de le reconnaître.
Homme comme tous les autres, il n’est pas connu, nous ne le connaissons pas, nous ne l’avons jamais vu. Homme du premier siècle, enfoui sans l’anonymat des siècles, nous ne le connaissons pas. Mais nous le reconnaissons aujourd’hui, dans la vie de ce monde, comme celui sur qui repose la puissance de vie de l’Esprit.
Nous sommes disciples de Jésus comme Jean, parce que nous sommes les témoins, nous rendons témoignage, de la puissance de vie, ici et maintenant, de l’homme sur qui repose l’Esprit qui donne la vie. Notre mission, en ce monde, consiste précisément en cela, désigner celui sur qui repose l’Esprit qui donne la vie, désigner en ce monde, la puissance de vie, qui ne peut être que celle de l’Esprit. Et où est-il cet homme, si ce n’est où il y a libération ? Où le reconnaîtrons-nous, lui que nous ne connaissons pas, si ce n’est là où il y a vie ?
Notre profession de foi ne consiste pas en la promotion de valeurs ou l’adhésion à un credo, aussi pertinent soit-il. Elle est toute entière un repérage de la vie, de la vie libérée, sauvée, une désignation de la libération, du salut. Où la vie prend-elle ? Où l’Esprit trouve-t-il à donner vie ? Où la vie est-elle empêchée pour que nous dépêchions à y porter l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, pour que nous dépêchions par notre prière, nos cris pour dénoncer, et nos bras pour soigner, l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ?
Reconnaître Jésus, comme le Baptiste, paraîtra peut-être alors à certains comme une œuvre seulement humanitaire, bien loin d’une explicite confession de foi. Ne nous laissons pas abuser. Reconnaître la puissance de vie du Sauveur, c’est considérer chacun en ce monde comme frère. Mais si tous sont frères, c’est qu’il n’y a qu’un seul Père, et si tous sont fils de cet unique Père, c’est parce que celui sur qui repose l’Esprit-qui-donne-la-vie est le fils. Non pas le fils en soi, mais le fils pour nous, celui que nous confessons comme l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
Reconnaître celui sur qui repose l’Esprit, la puissance de vie, c’est bien reconnaître le Fils de Dieu, comme le dit le Baptiste, mais cela n’est pas un savoir, une connaissance (je ne le connaissais pas), mais l’engagement, comme le Baptiste, à être témoin de sa puissance de vie, de libération, de salut.

vendredi 6 janvier 2017

Regarde, tous, ils se rassemblent (Epiphanie)



J’ai été étonné de lire qu’un exégète, historien sérieux du texte biblique, reconnaissait un fondement historique à l’épisode des mages. J’avoue ne pas bien comprendre comment la discrétion absolue de notre Dieu, qui naît comme la majorité des hommes, aujourd’hui encore, dans l’anonymat le plus complet, parce qu’il n’est pas fils de roi à la manière des hommes, parce qu’il n’est pas le prince héritier ou le rejeton d’une star, est compatible avec l’apparition d’une étoile ou l’alignement d’une constellation. Si Dieu entre dans le monde par la porte commune de l’anonymat, ce n’est pas en dérangeant le cours des astres !
Mais si vous tenez à ce que l’événement soit historique, prenez garde de ne pas en rester au fait. A quoi sert ce genre d’infos si elles ne nous aident pas à adorer à notre tour, à être croyants. Si être croyant, ce n’est pas savoir des trucs sur Jésus, mais suivre Jésus sur son chemin de vie qui passe par la croix, sur son chemin de croix qui ouvre à la vie, il convient que l’épisode des mages aussi nous indique comment aller jusqu’à Jésus.
Matthieu est le seul à le raconter. Il prend place au cœur de ce que l’on appelle évangile de l’enfance, les deux premiers chapitres. Ces chapitres sont moins connus que ceux de Luc, parce qu’ils ne racontent pas la naissance de Jésus, et que nous ne les lisons donc pas à Noël.
Oui, c’est curieux, Matthieu ne raconte pas la naissance de Jésus alors qu’il consacre deux chapitres à sa naissance ! Il y a d’abord une généalogie de trois fois quatorze générations, d’Abraham à Joseph. Ce dernier, dans un songe, est invité à accueillir sa promise et l’enfant qu’elle porte, dont il n’est pas le père. Annonce faite à Joseph, qui remplace, si l’on peut dire, celle que Luc réserve à Marie par la visite de Gabriel. Ni magnificat, ni cousinage avec Elisabeth, ni bergers ou anges, mais au tournant du chapitre, laconiquement, on apprend que Marie enfante et Joseph nomme, de façon inattendue, ce fils Jésus (et non Emmanuel comme indiqué dans le songe).
Suit immédiatement l’épisode des mages. Alors que Joseph avait été le fil rouge des lignes précédentes, il disparaît ici : les mages ne voient que l’enfant et sa mère. Il réapparaît dès la sortie des mages, encore avec des songes, pour fuir en Egypte et échapper au massacre des innocents, revenir en Terre Sainte, puis préférer bifurquer vers la Galilée.
C’est curieux, mais Matthieu ne raconte pas la naissance de Jésus. Il raconte l’enracinement de Jésus dans le peuple d’Abraham, dans la lignée de David, dans le peuple de l’exode et de l’exil. Pour en finir avec cette vie de réfugiés, « Dieu sauve », Jésus, est annoncé. Mais c’est encore le malheur qui frappe la terre et Rachel ne cesse de pleurer ses enfants qui ne sont plus, victimes de la faim, de l’exil, de la guerre et des violences, des trafics et des abus sexuels, comme vient de le rappeler le Pape.
La seule lumière, si l’on peut dire, la seule étoile, dans ces deux chapitres, c’est celle qui met les mages en route. Ils se réjouissent à sa lumière lorsqu’ils la voient se poser à l’endroit où était l’enfant. Alors que l’enracinement juif fait l’ouverture de l’évangile et que la violence se déchaîne, des hommes de l’Orient, des hommes du matin, des hommes du soleil levant, ouvrent la promesse de vie et de paix à l’univers entiers. « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. »
Peu d’entre nous, sans doute, ont du sang juif dans les veines, peu sont de la même race que Jésus. Et pourtant, la libération de toutes les Egypte d’hier et d’aujourd’hui, la Pâque qui fait traverser la mer où le péché est englouti, ne cessent de se renouveler pour nous tous, puisque Jésus, « Dieu sauve » est manifesté à la terre entière, aux païens que nous sommes, depuis que trois hommes venus d’Orient ont ouvert la route qui mène à lui.
Dès les premières lignes, l’évangile de Matthieu annonce que le salut promis à Israël n’a de sens qu’à valoir pour toutes les nations, ainsi que les prophètes l’avaient déjà perçu. La paix est pour tous ou pour personne. Qu’un seul soit en guerre et la terre entière est dévastée. Que la paix germe, que l’on soit sauvé de la mort, et Jésus, « Dieu sauve » ; toute l’humanité est fraternité radieuse ; son cœur frémit et se dilate.
« Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais…
Mais  sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. »