samedi 13 août 2011

Impression, mitigée, des JMJ

J’ai retrouvé la délégation lyonnaise aux JMJ lors de son passage, mercredi soir, à Barcelone. Nous avons célébré l’eucharistie, présidée par le Cardinal Barbarin. La soirée s’est poursuivie par la visite de la Sagrada Familia.

Je suis bien triste de ce que j’ai vu. Non, c’est exagéré. Il y avait la bonne humeur, même la joie d’un millier de jeunes. Il y avait l’engagement de certains au service de tous. Il y avait des personnes à retrouver, certaines pas croisées depuis des années. Il y avait de nouvelles rencontres, éphémères, mais bien sympathiques.

Cependant trois détails que je ne sais pas maintenir à leur place. Une liturgie prise en charge par des gens bien sûrs de leur science en la matière, mais peu compétents. Passe que l’on oublie le gloria. Ce n’est pas grave, sauf quand on prétend savoir. Mais que la prière universelle ne soit pas un moment suffisamment important pour que l’on ne fasse rien d’autre que de prier, là, non. Et que faisait-on pendant ce temps ? Deux servants d’autel disposaient les nappes sur l’autel, en plein centre du champ de vision, juste sous le nez du président. Comme si ces petits préparatifs de l’autel valaient plus que la prière des fidèles. Comme si, histoire de leur laisser le bénéfice du doute, ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient.

Deuxième détail. Les chants. Il me semble que tous appartenaient au répertoire des communautés nouvelles. Rien des paroisses, rien des mouvements. On impose un répertoire et l’on s’étonne ensuite que les jeunes ne se retrouvent pas dans la pastorale ordinaire, à moins que l’on ne veuille forcer cette dernière à se ranger derrière les communautés nouvelles. Ce serait donc cela la nouvelle évangélisation. On instille de la division dans l’Eglise, par la pratique. Il a fallu que ce soit des Scouts d’Europe qui chantent des refrains de Taizé à la Sagrada Familia !

Troisième détail. Le mot de l’archevêque à la Sagrada familia. De la piété, oui. De la foi, je n’oserais trancher. Quant à répondre à des interrogations, certes non. Asséner des vérités totalement déconnectées de nos vies, oui. Que voulez-vous, il faut remercier St Joseph. Et c’est avec ça que l’on annonce l’évangile ! Pas une phrase de l’évangile ne pourrait être avancée pour supporter cette dévotion. Le 19ème siècle triomphe, retour tridentin ; retour de la gloire tridentine. Plutôt que d’ouvrir à un chemin de spiritualité qui est combat de la foi, on a des trucs à faire, remercier St Joseph, en l’espèce, et nous voilà chrétiens.

Découvrir et rendre grâce pour sa famille. Oui, c’est bien joli. Mais est-ce si évident ? Toutes les familles de tous ces jeunes sont-elles des milieux à propos desquels il s’impose que l’on rende grâce ? Est-ce seulement possible. La deuxième famille, l’Eglise. Oui, pour la découvrir, s’en vouloir membre. Mais là encore, pas un mot, du moins si j’ai bien entendu, sur une famille un peu moins idéale que prévue. A dire le bien sans le mal, on fait de l’idéologie, pas de l’évangélisation. Le mot d’accueil de la messe se défendait lui déjà en matière de discours idéologique ! On galvanise les foules sur des certitudes d’autant plus assénées que l’on évite toute réflexion, que l’on occulte la complexité de nos existences. Tous ces jeunes, évidement, ne sont pas comme ceux qui n’ont pas de valeurs. Dans l’Eglise, on sait le chemin. (On aurait juste pu se demander combien de tous ces jeunes, majoritairement célibataires, vivaient effectivement leur sexualité dans la continence, selon que le requiert l’idéologie officielle. On aurait vu le grand écart. Mais on ne veut pas le voir.)

Quant à la troisième famille, la famille humaine, je ne peux rien dire, j’ai été entrepris par quelqu’un et n’ai pas pu entendre. J’avais osé souffler que la Sagrada Familia, ce n’était pas tant la famille de Jésus, Marie, Joseph, dont on ne sait pour ainsi dire rien, qu’elle est principalement notre idéal de la famille projeté dans le ciel, selon le modèle décrit par Feuerbach. La Sagrada Familia c’est surtout la vocation de l’humanité.

Le travail apostolique ressemble à travers ces trois ou quatre détails au trois D du Cardinal Dias : Disciple, Dévotion, Doctrine. Où sont la liberté et la responsabilité ? Où est l’aventure spirituelle, aventure dans ou de, ou avec l’Esprit ? Où est la foi ? Tout cela n’importe pas. C’est juste la fin de l’évangile au nom de l’évangile. Le grand Inquisiteur de Dostoïevski n’est pas mort. Il étend ses méthodes. Certes la violence est moindre, et ce n’est pas rien. On prend juste le soin d’ignorer ceux qui ne pense pas comme nous. C’est une violence bien cinglante tout de même.

A quoi bon ce coup de gueule, sa publication ? Peut-être pour faire entendre une autre musique, pas forcément meilleure, mais qui ne peut au moins pas prétendre être la seule. Et c’est sans doute nécessaire pour ceux qui n’aiment pas les fanfares qui font que l’on n’entend plus rien. Et c’est sans doute nécessaire pour casser le silence respectueux et complaisant des courtisans. Et c’est sans doute nécessaire pour ne pas se décourager totalement de la capacité de l’Eglise à annoncer l’Evangile.

Je trouve dans La Croix du 12 août ces lignes : « Mgr Georg Austen, qui fut de 2002 à 2006 secrétaire des JMJ de la Conférence épiscopale allemande, prolonge la réflexion : ″Je crains que les JMJ ne deviennent un instrument qui utilise les jeunes, surtout dans une période où l’Église est en difficulté. Il est important que ces jeunes puissent arriver avec leurs questions, et pas seulement rejoindre une structure préexistante.″ »

6 commentaires:

  1. Le Cardinal Billé disait :"Si nous voulons offrir des réponses, il faut écouter les questions, et nous ne pouvons pas écouter seulement les questions pour lesquelles nous avons des réponses". C'était sage

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  2. je trouve les remarques intéressantes ...la foi est une expérience à vivre , elle déplace (l'expérience)! Je trouve ces jeunes et ceux à leur service (dont notre cardinal) plein d'audace et d'espérance ! Merci à eux de nous ouvrir des chemins ! Décidément, de voir un verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide est un bonne exercice ! Bon été Antoine

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  3. Votre "tristesse liturgique" pour des détails de rituel réifié à de quoi étonner le béotien que je suis...
    Nous voici bien loin de Jésus et de son souffle humain pour l'Humanité, si ce n'est divin, pour qui y croit....

    Galvaniser les foules permet de mieux les contrôler.... Le procédé est banal. Des dictateurs aux gens d'église, il fleurit chaque jour...

    L'Aventure spirituelle est nécessairement intime et personnelle, loin des foules, (ce qui ne veut pas dire sans reliance - ou communion comme disent les chrétiens), dans le secret du soi-même. Au désert en quelque sorte, là où Jésus "se recevait d'un Autre".

    Les JMJ ne sont qu'un banale opération de propagande destinée à donner le change, à occulter, pour quelques années encore, la perte irrémédiable d'audience et d'influence de la chrétienté.

    Un cataplasme sur une jambe morte en quelque sorte...

    Comment disait-Il déjà ?
    Ah oui... Jeter au feu les sarments morts.....
    Revenir à la vraie vigne.....

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  4. à AlainX
    C'est justement pour tenir le coeur de la foi et ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain que je ne peux pas vous rejoindre dans la réduction de la célébration chrétienne, dont les JMJ, à de la propagande. Je ne veux pas qu'il en soit ainsi et pense que c'est possible. Vous semblez comme moi ne pas en vouloir mais penser qu'il ne peut en aller autrement.
    Même en communauté, nous ne sommes pas une sommes d'individus, avec une vie spirituelle intime et personnelle, comme vous dites. Cela sonne trop individu, ce qui n'est jamais très loin de l'individualisme. Contrairement, même l'altruisme peut être bien individualiste. La communauté est autre chose. J'ose penser que la vie de l'Eglise est autre chose. J'ose croire que c'est cette Eglise qui croit et pas nous, ainsi que l'on implore "regarde la foi de ton Eglise".
    Et c'est pourquoi le déploiement de tout ce qui ressemble de trop à l'idéologie ou à la propagande me contrarie tant. J'y vois une attaque de la foi par ceux-mêmes qui s'emploient à la défendre.

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  5. L'aventure spirituelle dont je parle, si elle comporte le risque que vous soulignez, n'est pas destinée à déboucher sur l'individualisme. Sauf à taxer ainsi le moine ou la moniale cloîtré(e), ainsi que l'ermite.

    Cette aventure-là, dont j'essaye de faire une infinitésimale expérience, débouche nécessairement sur les profondeurs humaines, leur mystères, leurs origines, ainsi que la racine communautaire et universelle de l'être humain. Autrement dit, elle "ouvre" sur l'autre et sur une fraternité active. Sinon, en effet, elle n'est que repli et désengagement.
    Au terme d'une longue vie professionnelle consacrée à l'aide à la personne, je ne me retrouve guère dans votre définition.

    On l'aura compris, je ne suis pas chrétien. Je vous lis pour tenter de comprendre comment on peut être attaché à une religion, face à un Jésus qui vilipendait celle de son époque, ce qui n'est pas aisé lorsqu'on se trouve en face d'une érudition et d'une culture telle que la vôtre.

    Si je puis me permettre : .... j'y perds mon latin !!! :-))

    Cependant, vous avez au moins le mérite de ne pas sombrer dans le discours convenu et stéréotypé que l'on rencontre habituellement chez les prêtres,évêques, et autres papes…

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  6. AlainX,
    Que Jésus prenne ses distances par rapport à la religion, c'est évident. On ne le voit par exemple jamais offrir le moindre sacrifice alors qu'on sait qu'il fréquente le temple. L'épisode des marchands du temple est plus violent encore. De même, les premiers chrétiens n'ont pas de prêtres (hiereus en grec ou sacerdotes en latin), mais par exemple des anciens (presbyteros en grec, qui donnera prêtre !). Il s'inscrit dans la lignée des prophètes qui relativisent le culte par rapport au service du frère, qui dénoncent l'hypocrisie possible du culte. Tartufe était déjà né !
    Cependant, malgré ces réserves, on ne voit jamais Jésus condamner la religion. Du coup, la ligne d'équilibre est comme toujours instable.
    Ceci dit, je suis prêt à contester que le christianisme soit une religion. Je ne le fais pas trop parce que je ne suis pas certain qu'à se désolidariser des autres religions on fasse avancer les choses.
    Individualisme, je me fais mal comprendre. Je suis très réservé par rapport à l'émergence de l'individu avec la culture de la Renaissance, dans et hors de l'Eglise ; d'ailleurs, à l'époque, presque toujours dans l'Eglise. Peut-être à mal la connaître, la spiritualité ignacienne me paraît marquer par ce que je dénonce comme cet individualisme. Je privilégie une spiritualité comme celle des Pères du désert (ermites) ou celle de Saint Benoît.

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