jeudi 30 août 2018

Miserando atque eligendo (22ème dimanche du temps)


Le chapitre 7 de Marc renoue avec les controverses avec les pharisiens auxquels sont ajoutés quelques scribes venus de Jérusalem. Il prépare la controverse finale, à Jérusalem, qui conduira Jésus jusqu’à la mort. Au chapitre 2, il y avait eu les propos sur le jeûne et le sabbat qui n’ont pas de sens en soi, mais par rapport à l’homme. « Le fils de l’homme est maître même du sabbat. » A la fin de l’évangile, même le temple sera impur, comme un tombeau. Le voile en est déchiré parce que le lieu de Dieu, c’est là où meurt le fils. L’opération de renversement du religieux sera on ne peut plus radicale.
Ici, avec les règles de pureté, elle prend déjà un tour décidé, tant la séparation du pur et de l’impur détermine l’univers de la religion. Une nouvelle fois, la règle n’a pas de sens en soi mais par rapport à l’homme. Ce n’est pas ce qui entre en lui qui est pur ou impur, qui est susceptible de le garder pur ou de le rendre impur, mais bien plutôt ce qui sort de son cœur.
On retrouve une nouvelle fois Jésus proche de l’enseignement des prophètes. Non seulement, il cite Isaïe, mais plus encore, ce que tu fais de ta vie, voilà ce qui exprime en vérité non ta pureté, mais ta fidélité à l’alliance. Si tu penses être disciple, si tu veux être disciple, regarde ce qu’il en est de ta vie. « Inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure » appartiennent à tes pratiques ? Tu te leurres, tu n’es guère disciple.
Et chacun se sait si peu disciple. Et personne ne peut fanfaronner, personne ne peut se croire pur pour juger les autres. Chez Jean, cela prend la forme de la première pierre. Chez Marc, on le lira un peu plus tard, de l’impossibilité. « Pour les hommes, c’est impossible. » Mais alors, plus personne ne peut se faire le héraut de l’évangile. Tous sont d’abord pardonnés, sont toujours à pardonner, qui annoncent l’évangile. Annoncer l’évangile, c’est d’abord reconnaître la faiblesse de croire, nous le disons à chaque eucharistie : « je ne suis pas digne de te recevoir ». « Miserando atque eligendo. »
Dans ces conditions, il n’y a plus d’un côté le pur et de l’autre l’impur. C’est en chacun que passe le mal et la sainteté. La distinction religieuse, et infantile, du blanc et du noir est récusée. C’est plus compliqué, comme une énigme (et le texte parle de parabole). Il y a des pécheurs pardonnés, c’est-à-dire des pécheurs rendus justes, sanctifiés. Simul pecator et justus. Et attention aux hypocrites, aux comédiens !
Nous n’en sommes pas sortis de nous croire meilleurs parce que chrétiens. Nous n’en sommes pas sortis de croire en cette sorte de paratonnerre qui nous garderait comme des « gens bien » parce que nous allons à la messe. Nous n’en sommes pas sortis de la magie religieuse : il suffirait d’en être pour être des gens bien. L’évangile renverse tout cela. Tu reçois la sainteté du ton Dieu. Contente-toi d’essayer que rien de mauvais ne sorte de toi. Pour le reste, compte sur ton Dieu. C’est, encore, mot pour mot la prédication des prophètes :
« On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu. » (Mi 6, 8)

vendredi 24 août 2018

Las mujeres y el clericalismo ¿por cuándo es la conversión de la Iglesia? (Domingo 21° del tiempo)


El texto de la carta a los Efesios (5, 21-32) que acabamos de leer suena muy machista. “Las mujeres, que se sometan a sus maridos como al Señor; porque el marido es cabeza de la mujer” ya no se puede entender ¡y desde mucho tiempo!
Evidentemente, tenemos que situar este texto en su contexto, el siglo uno, en una sociedad en la cual solamente los varones libres tenían verdaderamente derechos, por lo menos derecho de ser libre, de expresarse como tal. Foucault enseñó en su Historia de la sexualidad que los derechos de las mujeres, incluso libres, eran muy débiles, casi nulos. ¡Se puede imaginar lo que pasó para los esclavos de ambos géneros!
La reciprocidad propuesta por la carta no es única en aquella época, pero suficiente excepcional para subrayarse. “Sed sumisos unos a otros con respeto cristiano.”
Sobre todo, el sentido del texto no tiene que perdernos. ¿Son las relaciones matrimoniales que sirven de comparación para la vida eclesial o, al contrario, la vida cristiana para las familiares? No es muy claro, sino que, al final del texto, citando el libro de Genesis, “el varón abandonará a su padre y a su madre, y se unirá a su mujer y serán los dos una sola carne” precisa que se trata de “un gran misterio”, es decir el misterio de Cristo y de la Iglesia.
Pues, a partir de lo que todos conocen, la vida de los varones y mujeres en la sociedad, la carta enseña los vínculos entre Cristo y la Iglesia. No se trata de hablar de la sumisión de las mujeres, no se trata aquí de una enseñanza de moral (o inmoral) familiar o social. Cristo es la cabeza de la Iglesia, no se puede pensar de otra manera, ella es su sierva ‑ “aquí esta la esclava del Señor”. Ella tiene qui someterse a Cristo. Cada vez que la Iglesia se hace cabeza de Cristo, que se cree capaz de decidir por sí mismo, es una catástrofe. Olvidando a Cristo, sirviéndose de los hombres en vez de servirlos, traiciona a Cristo, a los hombres y a sí mismo.
Pues, el texto no me parece ser inaceptable ¡al contrario! Por lo tanto, lo que se hiso con este tipo de textos, sirvió la cultura machista, falocrática, y ya no se puede soportar, tiene que ser combatido, derrumbado. La tarrea es muy amplia en la sociedad como en la Iglesia.
Se explica a menudo el número de divorcios por la lealtad del compromiso de los novios. Más bien, me parece que ya no es posible que la mujer se calle, soporte las desigualdades, sea la esclava de la casa Las mujeres tienen razón rechazar esto. Somos servidores unos a otros sin distinción de género. La responsabilidad del divorcio es el machismo. La inferioridad social de las mujeres es inaceptable. Los acosos sexuales de los cuales se habla mucho no son aceptables. Ya no es posible que las mujeres sufran esas cosas.
En la Iglesia también la falocracia no sólo es ideológica sino a veces criminal. Vemos a religiosas denunciando su situación de esclavitud de parte de prelados, trabajando sin nomina para servir a estos señores, lavando, cocinando, limpiando, planchando, acogiendo, ocupándose de su secretariado. Primero, trabajo es trabajo y merite un salario. Secundo ¿por qué el oficio de las religiosas tendría que ser asistencia del clero? Que lo hagan ellos o que paguen empleados. Y no voy a hablar de los casos de violencia de género contra ellas de parte de eclesiásticos.
De manera más común, tenemos que hablar del papel de las mujeres en la Iglesia, demasiado a menudo papel subalterno, muy poco de responsabilidad. Aquí tocamos en un punto muy actual de la vida eclesial, una llaga o plaga, el clericalismo, tan denunciado por el Papa desde años, y sobre todo en la crisis de la pedocriminalidad.
En la Iglesia, los varones, el clero, confisca, se reserva el poder, excluyendo a los demás. Es imprescindible que haya en la Iglesia consejos donde los cristianos, incluso las mujeres, puedan decidir de la vida de las comunidades, con el ministro por supuesto. Ya no es posible que los ministros actúen de su lado, sin avisarse de la opinión de los bautizados. Son adultos, responsables, capaces.
Actuar de otra manera, no sólo es el fracaso de la Iglesia, pero es falta de amor mutual, de respecto de cada uno, de reconocimiento de las responsabilidades y derechos de cada uno. La lucha para la igualdad de las mujeres es camino de santidad para la Iglesia. Juan XXIII veía en ella un signo de los tiempos hace más de cincuenta años.
“Amar a su mujer es amarse a sí mismo. Pues nadie jamás ha odiado su propia carne, sino que le da alimento y calor.” Hasta ahora, parece que, incluso en la Iglesia, no se ama a las mujeres, no se ama uno al otro. ¿Por cuándo es nuestra conversión?

jeudi 23 août 2018

Une réponse à Mgr Gobillard

Sur FB, Mgr Gobillard a publié le 22 août le post suivant :
Je comprends qu'on puisse être révolté face à l'horreur des crimes qui ont été commis, par l'indicible souffrance des victimes. Je comprends qu'on veuille que justice soit faite. Justement laissons travailler la justice. A la suite d'une première enquête, pour laquelle le diocèse de Lyon et le cardinal Barbarin ont largement collaboré avec la justice, un magistrat à émis un avis motivé dans lequel il affirmait qu'aucune infraction n'avait été commise. L'affaire a donc été classée sans suite. Une deuxième procédure de citation directe est en cours. Laissons la justice agir. On ne peut déclarer un homme coupable, et donc réclamer sa démission de son propre chef ; c'est la justice qui a les moyens d'enquêter et de prononcer un jugement indépendant. Il faut lui faire confiance.
https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/affaire-barbarin-on-ne-peut-pas-accuser-quelqu-un-avant-que-la-justice-soit-faite-reagit-un-eveque-du-diocese-de-lyon-1096153.html


Voilà ma réponse :

Monseigneur, cher Emmanuel,

La culpabilité du Cardinal n’est pas discutée puisque lui-même a fini par la reconnaître. (Il a mis le temps !) La question ne consiste donc pas à juger ses actes par une sorte de tribunal populaire ; lui-même l’a fait, ni à obtenir réparation, cela, la justice s’en chargera, si du moins elle n’est pas empêchée par la prescription. Car, que je me souvienne, la première sentence ne s’était pas prononcée sur l’absence de faute mais sur l’impossibilité de les prendre en compte compte-tenu de la prescription. Il semblerait donc qu’en appeler à la justice pour régler le problème soit un joli sophisme, puisque la justice se reconnaît incompétente alors que l’accusé lui-même reconnaît les faits. Imaginez que le Cardinal soit reconnu coupable par ce second procès, considéreriez-vous l’affaire de la pédocriminalité dans l’Eglise de Lyon comme réglée ?

La question consiste en un bouleversement social. Dans toujours plus de pays, de façons certes distinctes, devient impossible ce qui longtemps ne posait pas de problème, le viol des enfants. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Le fait que l’Eglise compte en ses ministres un nombre significatif de pédocriminels pose un certain nombre de questions, dont celle de la responsabilité hiérarchique des évêques. Il est établi, et le Pape le reconnaît explicitement, qu’une protection de ces criminels existe dans l’Eglise. Voilà qui, de surcroît pour une institution qui prêche et la morale et le respect des petits, inocule un venin mortel à l’Eglise elle-même. C’est la faute de nombreux évêques si l’Eglise va si mal. Ce n’est certes pas la première fois dans ses deux mille ans d’histoire ! Aujourd’hui, sur ce point, c’est intolérable.

Si je comprends bien, depuis le Cardinal Decourtray, il y eut un deal avec Preynat : la prochaine fois on te lâche. Les mesures prises par Decourtray étaient pour l’époque, sévères. Le deal semble avoir fonctionné. Il n’y avait donc pas de raison de dénoncer Preynat pour le Cardinal Barbarin, arrivant à Lyon ; il suffisait de veiller, comme ses prédécesseurs l'ont fait, à ce que le deal continue à être respecté. Il semble d’ailleurs que Preynat reproche au Cardinal d’avoir rompu le pacte en finissant par lui retirer toutes ses fonctions. Sauf que…
- La société a changé, c’est ce que j’ai appelé un bouleversement social. Le Cardinal ne l'a pas apprécié à juste mesure, alors même qu'Isabelle de Gaulmyn l'avait informé.
- Le Cardinal Barbarin est avisé par des victimes de qui est Prenat. Bien sûr, il le savait. Mais le Cardinal s’est moqué des victimes. Oui, c’est terrible, oui, je vais agir. Et il n’a rien fait. Le Cardinal a baladé les victimes de façon honteuse et scandaleuse, pleine de mépris (qui s’entend par exemple dans le message téléphonique laissé à une victime pour la prévenir des sanctions enfin prises). A bien des égards, la Parole Liberté existe à cause du Cardinal ou grâce à lui. Preynat aurait été démissionné rapidement (pas besoin de beaucoup de temps puisque le dossier était connu et que le coupable avait avoué) et signalé à la justice, jamais la Parole libéré n’aurait existé.
- La séance avec Régine Maire est un naufrage pastoral et psychologique indépendamment des qualités de cette dame par ailleurs. Avec qui cela a-t-il été décidé ? Pourquoi en une affaire si grave, c’est un fusible qui est envoyé faire le travail ?
- Le déni du Cardinal jusqu’à ce qu’il finisse par reconnaître ses torts l’a posé devant la France entière comme un menteur qui cherche à se protéger en dissimulant ses erreurs, éventuellement à protéger le criminel (suffisamment de témoignage montre l’estime qu’il avait pour lui, y compris les dernières nominations qui lui ont été proposées).
- Le positionnement du Cardinal peu de temps avant dans une croisade morale pour la défense de la famille et des enfants paraît alors n’être que de peu de vérité, puisque les enfants dans la pédophilie peuvent être écrasés ; ce qui est tout de même sans commune mesure avec les risques qu’ils courraient dans le cadre d’unions homosexuelles. La parole du Cardinal est prise en pleine contradiction, mensongère, opportuniste.
- Le terrible « Grâce à Dieu, c’est prescrit », au moins comme un lapsus, au pire comme fond de sa pensée, témoigne de quel côté se situe le Cardinal. Jamais une victime n’aurait pu penser ni s’exprimer ainsi.
- Le Cardinal devant la situation où l’affaire Preynat et la façon dont il la gère met le diocèse, loin de faire fonctionner institutionnellement l’Eglise, continue, comme depuis son arrivée à Lyon, à ne pas se servir des conseils prévus par le Code de droit canonique. Il décide seul, souvent contre tous, va jusqu’à se réfugier dans les bras d’une agence de conseil (dont personne ne sait qui a payé, encore un manque de transparence dans le gouvernement) plutôt qu’avec l’ensemble des baptisés dans un Conseil Diocésain de Pastorale qu’il a supprimé, ou le conseil du Presbyterium, dont il s’amuse.

Comment le Cardinal peut-il encore gouverner un diocèse dans ces conditions ? Auprès de qui sa parole est-elle encore crédible ? Qui peut se fier soit à un homme au jugement si mal affuté, soit à un menteur, selon que vous apprécierez l’incohérence de ses faits et paroles ? Que les ministres soient tous des pécheurs suppose qu’ils soient tout de même en paix avec l’Eglise et que, s’ils ont erré, elle les réconcilie. Loin de tout cela, le Cardinal préside lui-même la célébration de sa demande de pardon, dans une forme incroyable d’auto-absolution. Non content de n’avoir fait que si peu de cas des victimes, c’est maintenant de son Eglise et de ses rites sacrés qu’il se sert à son avantage et contre le sens élémentaire de la foi. Mais en fait, nous le savons, le mépris des victimes est mépris du troupeau du Seigneur. Le Cardinal lui-même l’a dit, c’est une même profanation. Tout cela dessine, avec une précision dont on se serait bien passé, le type de système que le Pape fustige comme cléricalisme.

La demande de démission est certes un acte que l’on peut apprécier ou non. En aucun cas, compte-tenu de ce que je viens d’écrire trop rapidement, alors que j’ai déjà été trop long, on ne peut la considérer comme un empêchement d’agir de la justice, ni juger que l’action de la justice suffise à régler le problème dramatique de la pédocriminalité tel qu’il se pose à Lyon. Dès lors que le Pape demande aux chrétiens de se sentir responsables de ce qui advient à l’Eglise dans ces affaires, passant par-dessus la tête des évêques – il ne faudrait pas l’oublier – qui ne semblent pas capables de voir les choses de façon impartiale – et il se pourrait que votre post en soit l’illustration – la demande de démission est une action possible. Il y en a sans doute d’autres mais celle-ci est tout compte-fait assez obéissante au Pape. Qui voudrait lui désobéir ?

lundi 20 août 2018

Suite à la lettre du Pape au Peuple de Dieu à propos de la pédocriminalité

Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? C'est la question qui m'était posée suite aux affaires de pédocriminalité.
Le Pape vient d'écrire à ce sujet à l'ensemble du peuple de Dieu. Il ne s’adresse pas à ses confrères dans l’épiscopat spécifiquement, comme on aurait pu s’y attendre en pareille circonstance. Je ne sais s’il imagine ne plus pouvoir attendre d’eux une aide quelconque. Rien n’interdit de le penser quand on voit comment il a été floué par les évêques du Chili.

Du coup, chaque baptisé et ensemble de baptisés est légitime -il l'était déjà mais voilà que le Pape le lui rappelle - à agir. Exiger de chaque évêque qu'il y ait un conseil diocésain de pastorale me paraît un premier point. Exiger que ce conseil mette à l'ordre du jour, la question de ce que fait chaque diocèse face à l'ampleur de révélations, c'est-à-dire des crimes, un deuxième point autant qu'une urgence. Outre ce qui est institutionnellement déjà en place, que disent les diocèses pour essayer de restaurer la confiance ? Quel soutien apportent-ils au Pape ? De quels évêques demandent-ils la démission ? etc.

« Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu. Plus encore, chaque fois que nous avons tenté de supplanter, de faire taire, d’ignorer, de réduire le peuple de Dieu à de petites élites, nous avons construit des communautés, des projets, des choix théologiques, des spiritualités et des structures sans racine, sans mémoire, sans visage, sans corps et, en définitive, sans vie. Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise – si commune dans nombre de communautés dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience – comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui "annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple". Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme. »
Ce texte est cependant trop peu, venant du Pape. Il faut exiger des démissions de toute personne impliquée dans des affaires non seulement de pédocriminalité, mais de non dénonciation.

samedi 18 août 2018

La pédophilie des clercs encore...

Je recopie ici trois petites réflexions postées par ailleurs

Je reçois un courrier me demandant ce que l’on fait face aux scandales à répétition de pédophilie dans l’Eglise.
D’un certain point de vue, on vient trop tard. Les abus commis qui sont révélés et seront encore révélés, il est trop tard pour agir. Le mal est fait. Restent les victimes et ce que l’on pourra faire pour les entourer. Mais pour ce qui est des crimes, c’est trop tard.

Il faudra à chaque fois accuser le coup, faire savoir l’horreur, la dénoncer et avec elle le système qui la rend (en partie) possible. C’est une manière d’être responsables en Eglise, parce que la prise de conscience n’est pas encore achevée, parce que le mal ne passe pas entre l’Eglise Catholique et le reste, mais au sein de l’Eglise Catholique aussi. Histoire de couper l’herbe sous le pied à « on part ». Non, on reste, ne serait-ce que pour ne pas laisser les criminels prospérer tranquillement derrière les remparts de l’omerta catholique.

Bien sûr, il y a la formation des futurs prêtres. Mais je pense qu’il est vain d’en parler si l’on ne réforme pas le type de pouvoir dans l’Eglise et ce qui va avec, le cléricalisme. La question est politique, sociologique (elle concerne l’Eglise comme société ou corps social), mais encore théologique. On confond encore sacré et sainteté. Or le sacré est dangereux, on le sait depuis toujours ! Or Jésus parle de sainteté et démystifie le sacré.

Quand on voit les évêques courtisans, comment s’étonner que les jeunes prêtres se fassent lénifiants ? Avoir un chapeau, puis un diocèse plus grand, puis une influence plus grande, etc. Quand on les voit sûrs d’eux sous prétexte de magistère, comment les jeunes pourraient-ils ne pas être autoritaires. Quand avec le funeste JP II ils se font les tenants du Catéchisme plus que de la réflexion, remplaçant l’initiation à la théologie dans les séminaires par des cours sur le fameux Catéchisme, comment s’étonner de l’intransigeance pseudo-doctrinale des prêtres ?
Où est l’éducation à la liberté, y compris dans l’obéissance, quand ce qui importe c’est de ne pas contrarier le chef. Et vous le contrariez que vous le payez cher.

Je note que ces messieurs qui ont abusé et plus encore ceux qui ont couvert les abus sont des donneurs de leçons morales, mais s’accommodent facilement des violations de la loi morale. Quelle est leur conscience de la gravité des faits, du principe de réalité, de l'interdit, de l’acceptation de la non toute-puissance, etc. ? Sans rien oblitérer de leur responsabilité et donc de leur culpabilité, on peut dire que c’est maladif cette forme de toute-puissance, cette manière de penser que rien de la réalité ne peut leur résister. Le cas des évêques mis en cause pour non-dénonciation qui se sont obstinés à nier les faits ou à revendiquer de leur devoir, de leur conscience même de n’avoir pas dénoncé, ou qui refusent de démissionner, est curieusement le cas de personnages pleins d’eux-mêmes, qui ont toujours raison, ne supportent pas d’être contredits, ne mettent aucune limite à leur puissance. C’est le péché de l’Eden ! C’est cela le péché originel, aucune limite à la toute-puissance.

(Je ne puis citer tous ceux auxquels je pense. Mais tout de même l’attitude de Pican est sidérante dans l’affaire Bisset. Et que dire de l’archevêque australien qui refuse de démissionner malgré une condamnation en justice, qui plaide ses limites à cause d’une maladie de dégénérescence cérébrale, mais ne pense pas qu’une telle maladie l’empêche de gouverner son diocèse ? Rien ne les arrête.)

Je crois que François doit démissionner un bon nombre de cardinaux. Ce n’est pas encore assez ce qu’il a fait, et bien sûr d’évêques. Et nous Catholiques devons prendre la parole pour réclamer ces démissions.




"Le cléricalisme commence lorsque cette culture cléricale dérive en corporatisme : lorsque les prêtres s’accordent des privilèges, et lorsque la protection des intérêts de leur groupe prend le pas sur celle de l’intégrité physique et psychologique des enfants." (Stéphane Joulain, La Croix 17 08 18)
Il faut ajouter pour généraliser, l'intégrité personnelle de quiconque.
Ce cléricalisme se repère dans un sentiment de supériorité qui se greffe sur ce que les clercs ont et que les autres n'ont pas, la consécration. (Et ce n'est pas un hasard si ce ne sont que des hommes ; eux ils en ont !)
Au nom de cette supériorité, on sait. On n'a même plus besoin de travailler pour être performant puisqu'on a la consécration.
Je suis frappé par exemple par le nombre d"homélies sans intérêt. Mais comme les gens n'y connaissent rien, cela ira toujours. On fait du religieux, là où est manifesté qu'on est différent, adoration eucharistique, en tête. Est-ce que l'on prie ? On fait du culte oui. (Il n'y a qu'à voir comment les "paroles de la consécration" sont mises en scène, courbés, les coudes sur l'autel, etc. pour repérer cette nécessité de montrer son pouvoir de consacrer l'hostie, alors que bien sûr, c'est l'assemblée qui célèbre l'eucharistie et que le ministre n'est que le serviteur de celle-ci.)
Or pour nourrir sa réflexion, le culte ne sert de rien. Il faut lire, prendre le temps de se renouveler pour ne pas répéter la même chose pendant cinquante ans de ministère. Combien sont-ils les clercs qui ne lisent pas ?
On peut aussi s'engager caritativement. Mais combien sont-ils les clercs qui sont bénévoles dans une association, comme tant de ceux qu'ils prétendent instruire ? Combien sont-ils dans les institutions ecclésiales mêmes à mettre la main à la pâte ?
Ce qui sauve nombre d'entre eux, c'est la rencontre avec les gens. Elle peut aussi nourrir, pour peu qu'elle ne se réduise pas à un petit cercle uniforme.
Sans aller jusqu'aux privilèges qu'ils s'accordent, cette forme d'oisiveté surplombante, pourquoi pas dissimulée sous des agendas de folie (la distraction pascalienne), est la forme ordinaire du cléricalisme.
Cela concerne mutatis muntandis les évêques comme les prêtres.





Il y a un changement à opérer de la théologie des ministères. Pas sûr que cela passe par la présence de plus de femmes et de laïcs en poste de responsabilité. Le cléricalisme et le culte du silence, l'omerta, peuvent les concerner tout autant. (Ce n'est pas une hypothèse gratuite, c'est un constat dans nombre des scandales qui éclatent.)
Le rôle des laïcs n'est pas motivé par la carence (ou la pénurie) des clercs mais par la consécration baptismale. C'est l'ecclésiologie qui est à revoir.
Il importe en revanche d'inscrire dans le droit l'obligation de contre-pouvoirs aux évêques et aux prêtres.
Il importe de condamner le retour en arrière en quoi a consisté la lecture conciliaire par JPII et surtout BXVI. C'est une mauvaise lecture de Vatican II qui canonise ce que le texte a voulu recadrer sans pouvoir, ou sans oser l'écarter d'un coup.
Je discutais encore récemment avec un vicaire général d'un gros diocèse. Il est convaincu d'avoir quelque chose de plus par la consécration de l'ordination. La théologie du sacrement de l'ordre s'impose pour lui, bien plus qu'une théologie des ministères. On est en pleine mythologie, mais c'est ainsi que fonctionnent de très nombreux catholiques, prêtres, évêques, ou laïcs.
Quitter cette mythologie catholique, c'est encore plus radical comme relecture évangélique que les changements ecclésiologiques.
En théologie fondamentale, il s'agit d'apprendre, à la suite de Jésus, la distance qui sépare évangile et religion. Je suis frappé de voir comment, dès le chapitre 2 de Marc, Jésus prend ses distances par rapport à la religion. C'est là que réside, notamment, sa "Bonne Nouvelle". Il évoque tout spécialement le jeune et le sabbat, mais aussi le nouveau et l'ancien, la possibilité d'exister de plusieurs perspectives et non pas une seule qui s'imposerait, parce que la vérité qui est une, ne pourrait que s'articuler unairement.