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21/11/2015

Le roi nu (Le Christ roi de l'univers)



Le Christ roi de l’univers, titre aux relents antidémocratiques et monarchistes, expansionnistes aussi comme des prétentions hégémoniques de la culture chrétienne. D’où l’importance de revenir à l’évangile pour convertir la tradition, récente, d’une fête liturgique.
On aurait dû lire aujourd’hui, comme toute cette année, un texte de Marc. Le deuxième évangile est-il trop court pour un lectionnaire d’une bonne cinquantaine de dimanches et fêtes qu’il faille compléter avec Jean (18, 33-37) ? Marc n’est sans doute guère adapté à notre fête ; il ne parle jamais de Jésus comme roi, sauf dans le chapitre de la passion. Mais c’est pire avec Jean qui rapporte que Jésus refuse d’être roi : « Jésus, sachant qu’on allait venir l’enlever pour le faire roi, se retira à nouveau, seul, dans la montagne. » (6, 15)
La royauté de Jésus, c’est sa mort en croix. C’en est fini du pouvoir, de la toute-puissance, de la politique. « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici ». Le Christ ne risque pas d’être un instrument au service d’une soi-disant civilisation chrétienne dont il serait le chef. D’ailleurs, une civilisation ne peut pas être chrétienne. Ce sont les personnes qui sont disciples de Jésus, si c’est ce que signifie être chrétien, pas les cultures, les pays ou les civilisations !
La royauté de Jésus c’est, à en croire Jean, une affaire de témoignage, littéralement de martyre de la vérité. « Je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité. » Deux questions, étroitement liées, celle de la vérité, celle de l’engagement pour la vérité. L’engagement pour la vérité n’est pas sa défense mais le don de sa vie ; on habite la faiblesse, on entre dans l’histoire des victimes. C’est un renversement que notre monde n’a pas encore appris. Même les historiens de métiers écrivent trop souvent l’histoire du côté des vainqueurs.
On est « compromis » pour la vérité ; c’est un engagement, le choix de la faiblesse, une démarche éthique plus qu’une théorie ou une conception du monde. Quant à la vérité elle-même, elle doit être totalement ré-envisagée. En effet, la place des femmes, le pluralisme idéologique et culturel, la nécessité de construire une paix mondiale, la relecture de l’histoire, les contrefaçons chrétiennes de l’évangile, etc., nous obligent à une réinterprétation de l’évangile.
On comprend que cela résiste, chez les cardinaux et évêques notamment, comme on l’a vu lors du dernier synode, comme on le voit dans l’opposition, souvent bien peu loyale, à François. Le Concile Vatican II a été cela, ou plutôt, un essai, un début, un changement de conception de la vérité. On le voit, ce n’est pas une affaire pastorale, mais doctrinale (si jamais on peut contre-distinguer pastorale et doctrine). Notre Eglise n’a pas encore reçu Vatican II. Elle pense encore beaucoup dans un contexte religieux triomphant, celui de la puissance, de Vatican I. C’est un modèle religieux traditionnel. Voilà pourquoi les évêques africains y sont tellement à l’aise. Mais dans le contexte contemporain, ce religieux n’est plus évangélique, tout comme à l’époque de Jésus, la stricte observation de la loi selon les scribes et les pharisiens, n’étaient plus chemin de sainteté.
Le Pape a perdu ses Etats dès la fin du concile, mais nombreux sont ceux qui se s’en sont pas aperçu, qui n’ont pas vu que cela signifiait non le deuil d’une perte territoriale mais un total changement de lecture de l’évangile.
La royauté de Jésus c’est son martyre. Nous sommes convoqués à une conversion, à un changement des manières de vivre. Sommes-nous prêts à ce martyre de la vérité, à ce changement total de paradigme, non pas défendre la foi mais témoigner dans la faiblesse que c’est là que Dieu règne, habite en souverain.
Après les attentats de la semaine dernière, sommes-nous dans la revanche, la vengeance, la guerre, la recherche du bouc-émissaire ? Le Christ, prisonnier devant Pilate n’a pas les moyens de telles réactions. Les auraient-il eut qu’il les aurait considérées comme sacrilège. On le voit, nous avons déjà un peu changé d’idée sur Dieu : aujourd’hui, nous considérons comme sacrilège l’invocation de Dieu comme chef de guerre, Gott mit uns.
Mère Teresa est la parabole de Dieu pour notre temps, quoi qu’il en soit de sa théologie, de son idéologie peut-être. Demeurer dans l’inefficace à côté de celui qui meurt. La dignité témoignée est la venue du règne, c’est participer à sa cour, à son intronisation, comme lorsque l’on n’ignore pas le regard de celui qui mendie, qu’on le reconnaît comme frère, qu’on prend soin de son humanité, la nôtre en partage. Bien sûr, au nom de Jésus, on a souvent été aux côtés des pauvres. Mais aujourd’hui, dans notre monde où il n’y a plus de place pour Dieu, Dieu ne peut plus être puissant, tout-puissant, qui sauve et guérit de la maladie ou de la guerre. Il est le Dieu qui pleure, le Dieu qui souffre, le Dieu sans pouvoir si ce n’est celui de tenir dans l’abject jusqu’au bout, pour accompagner jusqu’au bout, celui qui s’y trouve. Voilà le Christ roi, le roi nu. Voilà en conséquence les chrétiens, « devant et avec Dieu, nous vivons sans Dieu ».

13/11/2015

L'apocalypse est une fête (33ème dimanche)


La fin du monde. Forcément, cela sent le désastre. Comment penser la disparition de la vie, des cultures et de la nature autrement que comme une catastrophe, une apocalypse. Le sommet sur le climat, dans quelques semaines à Paris, montre le souci qui s’impose peu à peu, trop lentement, de protéger la planète. La destruction de Palmyre suscite une horreur, celle de voir disparaître une culture ou plutôt ses restes. Imaginons l’horreur de voir disparaître notre culture.
On pourra dire que l’on s’alarme moins du sort de ces vies humaines quotidiennement broyées par les guerres, la faim, l’immigration, les frontières qui se hérissent de barbelés et de grillages. On pourra dire que l’on s’alarme moins du sort de cultures que la colonisation a détruites. Palmyre et les vestiges d’une culture morte depuis des siècles semble préoccuper davantage que la protection de cultures menacées aujourd’hui, que l’égalité et la fraternité dans nos banlieues et nos sociétés.
La fin du monde, pour ceux qui crèvent, qui n’en peuvent plus, c’est au contraire une bonne nouvelle. Parole d’évangile !
Que la fin du monde soit catastrophe ou fin de la souffrance, dans tous les cas, elle est renversement ; elle est jugement qui révèle ceux qui abusent des frères ; ils peuvent se faire du souci, parce que c’en est fini de leur position de force ; est dénoncé au grand jour le poids de souffrance qu’ils imposent. Ils mangeaient bien et buvaient tout autant, mais c’est trop tard, leur monde est fini. On comprend qu’ils soient pris de terreur. Pour ceux qui pleurent, c’est la fête ; leur corvée a pris fin comme un air d’exode ou de retour d’exil. « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés. »
Dans l’évangile de ce jour (Mc 13, 24-42), on ne considère la fin du monde que positivement. C’est le ciel qui est ébranlé, pas la terre. C’est lui qui semble devoir être bouleversé, et, même si, sans doute, la lumière des astres ne pourra plus éclairer la terre, rien n’en est dit. La parabole du figuier annonce l’été et sa fertilité, non l’hiver et l’absence de récoltes. On rassemble les élus des quatre coins du monde, de l’extrémité de la terre à celle du ciel ; on ne parle pas de damnés.
Pour Marc, le dévoilement, la révélation – c’est le sens du mot apocalypse ‑ est une bonne nouvelle. Il s’est manifestement situé du côté des opprimés pour voir ainsi les choses, du côté de Dieu, du côté des réfugiés d’aujourd’hui. L’apocalypse est une fête. Comme en été « la terre a donné son fruit » : « le Fils de l’homme est proche, à votre porte ».
Le monde est en feu, violence apocalyptique, la fin est déjà là. Elle n’est pas pour dans plusieurs générations lorsque le niveau des mers aura englouti tant de villes côtières, détruit l’habitat de millions de personnes, notamment parmi les plus pauvres. Ce n’est pas pour dans quelques siècles ou millénaires, lorsque le soleil se sera totalement consumé. C’est pour maintenant. Un solennel « Amen, je vous le dis » introduit une déclaration sans équivoque : « cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive ».
Qu’est-ce que cela signifie ? Premièrement, qu’il n’y a pas besoin d’attendre pour juger, pour dévoiler la vérité de nos vies. Le jugement est déjà prononcé, on sait qui opprime et qui souffre. Deuxièmement, il n’y a pas besoin d’attendre pour voir le Fils de l’homme. Il est déjà là.
Nous ne le voyons pas ? Il y a fort à parier que nous ne sommes pas du bon côté, de son côté, du côté des humiliés. Si nous voulons le voir, il faut virer de bord, changer de camp : « il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. » Pour voir Dieu, il faut cesser d’opprimer, même indirectement, à travers la défense de nos sociétés riches qui refusent de partager ; il n’y a qu’à voir les réfugiés et les mendiants, dans nos rues ou aux portes de l’Europe ou des Etats-Unis. Et si, aux côtés des pauvres nous ne voyions, au moins nous serions tout près de lui, car c’est là qu’il se trouve ; j’étais nu, j’avais soin et soif, j’étais malade ou prisonnier et vous m’avez vêtu, donné à manger, visité.
Nous ne pouvons attendre plus longtemps, en profitez encore un peu, même si tarde la justice. Le ciel et la terre auraient beau passer, ses « paroles ne passeront pas » : « Il disperse les superbes, renverse les puissants de leurs trônes, renvoie les riches les mains vides. »



The end of the world. Inevitably, it smells like disaster. How can one think of the loss of life, of culture and of nature as anything other than a disaster, an Apocalypse, a day of reckoning? The World Climate Summit to be held in Paris in a few weeks shows the concern that imposes itself, little by little, to urgently protect our ecosystem from man-made self-destruction. The destruction of Palmyra arouses horror, that of losing a culture or, rather, its remains. Imagine the horror of losing our own culture.
We may deplore that we are insufficiently alarmed by the fate of foreign lives crushed by war, hunger, forced emigration, borders that bristle with barbed wire and fences, etc. We may deplore that we are insufficiently alarmed by the fate of cultures that colonization destroyed. We may even deplore that our concern for the fate of Palmyra and the remains of a culture dead for centuries seem to preoccupy us more than the protection of cultures threatened by us today, or than the search for equality and fraternity within our own ghettoes and society at large.
Yet for all those who suffer and can’t stand it any longer, the end of the world is a rather good news. Gospel truth!
In any event, whether the end of the world is apprehended as a disaster or as the end of suffering, it consists in a turn around, a revolution, a metanoia of the world itself; it is a judgment that reveals the reality of those who abuse their brethren. It is them who may have cause to worry since the end of the world will mark the end of their position of strength. Then will be openly denounced the weight of suffering they had imposed on others. They ate well and drank as much, but it's too late, their world is over. We understand why they could be in terror at the possibility of the world coming to an end. For those who mourn, on the other hand, it might very well be a party; their chore will be completed and a zeitgeist of Exodus or of return from exile will be all around them. "Blessed are those who mourn, for they shall be comforted", says the Gospel.
In today’s Gospel (Mk 13: 24-42), we consider the end of the world only in a positive light. It is the heavens that are shaken in this story, not the earth (Mk 13: 24-25). It is the heavens which seem to be turned upside down, and although the light of the stars will no longer shine on the earth, nothing is said of what that could mean for earthly life. The parable of the fig tree is meant to announce Summer and fertility, not Winter and lack of harvest. The story is that of gathering all the blessed from all parts of the world, from the most far away parts of the earth straight onto heaven. There is no talk of damnation nowhere in this passage.
For Mark, the unveiling, the revelation –this is the meaning of the word Apocalypse— is good news. Mark clearly speaks from the point of view to see things thus, i.e.: from the point of view of God, on the side of all of today’s refugees. The Apocalypse is a party. It’s a celebration. As in Summer "the earth has yielded its fruit": "The Son of Man is near, he’s at your very door!"
The world is on fire, apocalyptic violence is all around us, the end is already near. It won’t occur several generations from us, when sea levels will have engulfed so many coastal cities that the habitat of millions of people will have been destroyed, especially that of the poorest amongst us. It is not to be expected in a few centuries or millennia, when the sun will be totally consumed. It is happening now! A solemn "Amen, I say to you" introduces an unequivocal statement by Christ: "This generation will not pass until all these things have taken place."
What does that mean? It means first that there is no need to wait before passing judgment and ripping away the sad truth of our worldly lives. The judgment has already been stated, we know very well who are oppressed and who are suffering. And it means second that there is no need to wait to see the Son of man before doing anything about it. He is already here.
We don’t see him? It might be safe to assume that this is because we are not on the right side of things, i.e.: on His side, the side of the humiliated. If we want to see Him, we must turn around (con-vert), switch sides: "He scatters the proud-hearted. He casts the mighty from their thrones and raises the lowly. He fills the starving with good things, and sends the rich away empty." To see God, one must stop oppressing the oppressed, even indirectly, through the defense of our rich societies that refuse to share. One just need to look at the refugees and the beggars in our streets or at the doors of Europe or the United States. And if, even while with the poor we don’t see Him, at least we would be close to Him because it is there that He has said that He would be: I was naked, I was careful and thirsty, I was sick and in prison and you clothed me, gave room, visited.
We can no longer wait any longer. We can no longer take a little longer, even if justice seems to be slow coming. Even if heaven and earth were to pass, His "words will not": "He scatters the proud-hearted. He casts the mighty from their thrones and sends the rich away empty."
Translated by Jean-François Garneau

05/11/2015

Tartuffe et la veuve indigente (32ème dimanche)


L’hypocrisie en matière de religion est une maladie congénitale. Après les prophètes, Jésus la dénonce ; on sait que ses seules invectives sont à destination des pharisiens et scribes hypocrites. Les scandales à répétition au Vatican, y compris crapuleux, nourrissent cette impression d’hypocrisie de la part de prélats donneurs de leçons. Dans nos communautés, les étroitesses, les mesquineries ne sont pas toujours absentes ! Outre la malhonnêteté de ceux qui cherchent à dissimuler leurs forfaits, il faut comprendre pourquoi l’hypocrisie habite l’Eglise de façon endémique.
Il y a un décalage entre ce que nous annonçons et ce que nous vivons. Nous portons l’évangile de Dieu dans de viles poteries (2 Co 4, 7), mais nous ne sommes pas prêts à nous reconnaître tels. L’hypocrisie commence quand nous n’acceptons pas d’être reconnus pour ce que nous sommes, quand nous voulons le pouvoir ou la notoriété, la respectabilité de ceux qui savent le vrai. Parfois aussi l’humilité est la stratégie de l’hypocrisie ; Molière et son Tartuffe l’ont suffisamment montré.
Bien sûr, nous pourrions ne prêcher que ce que nous vivons, mais alors, combien nous aurions réduit l’évangile à notre taille, à notre petite échelle ! Ce ne serait plus l’évangile. Autre solution, parler au nom de l’Eglise. C’est elle qui, quelque soit notre indignité, justifie que nous disions haut et fort la vérité ; il n’y aurait pas hypocrisie à dire l’exigence du Royaume et à ne pas la vivre, puisque nous serions autorisés à prêcher par la mission de l’Eglise de révéler à tous qui est Dieu. L’Eglise, elle, est à la hauteur de l’évangile. Mais peut-on se dévouer à l’Eglise autrement qu’à se convertir ? L’Eglise peut-elle annoncer l’évangile malgré l’hypocrisie où nous place la démesure de l’exigence évangélique ?
L’Eglise, certes, est sainte. Il y a encore quelques dogmatiques pour faire la distinction entre cette sainteté et les nombreux péchés de ses membres, y compris des responsables les plus éminents. Ce n’est plus tenable ! La sainteté de l’Eglise que nous confessons dans le credo est celle qu’elle reçoit de Dieu ; cela ne signifie pas que l’Eglise ne soit pas pécheresse ! Il nous faut penser ensemble la sainteté et le péché pour l’Eglise comme pour chacun de nous, simul justus et peccator. Une même attitude pour l’Eglise et pour chacun s’impose, que Jésus indique dans la louange de la veuve indigente (Mc 12,38-44). Le deuil de cette femme est une parabole du péché et sa contagion mortelle.
La veuve du trésor, après son mari, se défait de tout, risque tout. Elle se met en situation de précarité absolue. Ne lui importe plus son pouvoir ou sa respectabilité, de savoir si elle fait bien ou pas. Elle ne cherche aucune fierté, aucun regard. Personne ne la regarde d’ailleurs, si ce n’est Jésus. L’admiration de Jésus située par l’évangéliste de suite après sa dénonciation des scribes hypocrites vaut comme remède à l’hypocrisie religieuse. Il ne s’agirait alors pas tant de voir en cette veuve l’idéal d’une vie suspendue à la Providence au point d’être irresponsable, que le chemin pour sortir de l’hypocrisie dénoncée juste avant.
Jésus n’est pas en effet un professeur de morale. Les prostituées et les collabos sont donnés en exemple mais ceux qui, au nom de la vérité, et aussi de la vérité religieuse, donnent des leçons qu’ils ne pratiquent pas eux-mêmes, faux-monnayeurs de l’évangile, échappent à la miséricorde, sans appel. C’est peut-être cela le péché contre l’Esprit, irrémissible, contre-témoignage, falsification de l’évangile.
Nous sommes invités à n’avoir, comme la veuve, rien à défendre, rien à protéger, surtout pas nous-mêmes, pas même l’Eglise. Nous n’avons rien à défendre parce que la défense, comme le dit si bien le ministère éponyme, c’est avec des armes, c’est choisir la lutte armée, ou du moins le chemin de la force. Tout le contraire de Jésus, tout le contraire de cette veuve en laquelle Jésus découvre son propre chemin. Il offrira comme elle toute sa vie.
L’hypocrite est toujours du côté de la force, de la puissance, du bien paraître. Et même le Tartuffe qui feint la faiblesse est dans la force. Cette veuve se range du côté des martyrs, des témoins, des faibles. Ils demeurent désarmés devant leurs bourreaux. Nous ne dirons l’évangile, l’amour de Dieu, que les mains vides et enduites de l’amour et du pardon. Pour que l’annonce de l’évangile ne sonne pas faux, ne soit pas hypocrisie, pas d’autre solution que de ne plus rien revendiquer, pas même deux piécettes dont il faut se dessaisir. L’évangile ne s’annonce pas autrement.


Depuis l’accord luthéro-catholique sur la justification (1999), après de nombreux travaux théologiques ces cinquante dernières années, la formule simul justus et peccator (juste et pécheur en même temps) ne fait plus problème en catholicisme.
Le concile Vatican II dit l’Eglise sainte et toujours à réformer. La Commission Théologique Internationale et le Cardinal Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi écrivaient en 2000 que l’on pouvait dire l’Eglise pécheresse ; Jean-Paul II l’avait d’ailleurs fait en 1982.




- Encore une semaine de scandales au Vatican. Que les faits soient avérés ou non, que les journalistes souhaitent le bien de l’Eglise ou lui nuire, nous souffrons Seigneur. Nous te confions l’urgence de la réforme qui est autant affaire de changement des structures que de conversion. Nous te confions François.
- Encore une semaine de violences, d’attentats, de drame des réfugiés, de guerres. Comme si jamais nous n’en sortirons. Nous te confions Seigneur ce monde que nous aimons, qui a tout pour être heureux, et qui gît dans sa propre haine.
- « Encore une », disait à la sortie de la messe un résident de la maison de personnes âgées, comme s’il venait de réussir une journée de plus en ta présence. Nous te confions Seigneur, tous ceux qui cherchent à vivre, heure après heure, en ta présence.
- Encore un dimanche où nous nous sommes rassemblés pour vivre de ta mort et de ta résurrection, Seigneur. Nous te confions notre communauté. Garde-là dans la fidélité à ton alliance ; donne-lui d’aimer recevoir ton corps pour être, avec d’autres, au cœur de notre société, ton corps, fraternité réconciliée à laquelle tu appelles tous les hommes.