dimanche 29 juillet 2018

Pourquoi célébrer un mariage à l'église

Pour un mariage


Gn 1, 26-18 – Ps 62 – Mt 25, 31-40



Pourquoi donc célébrer votre mariage à l’église, sacramentellement ? La coutume et la tradition sur ce point ont de moins en moins de poids. « Parce que nous avons la foi », répondriez-vous, parce que l’un d’entre nous se dit chrétien et entraine l’autre dans sa recherche de Dieu, ou, plus justement, relance par sa quête, celle de l’autre.
C’est déjà beaucoup dire. Devant tous, dire « je suis chrétien, je suis disciple de Jésus », ce n’est pas une mince affaire. Avons-nous bien entendu, nous autres ? La joie et la fête à laquelle vous nous associez ne pourront pas faire passer au second plan le cran, humble et déterminé, de dire : « je suis disciple de Jésus ».
Dans sa brièveté, cette confession de foi risque cependant de ne pas dire grand-chose. Qu’est-ce que cela signifie, « je suis chrétien, je suis disciple de Jésus » ? Il ne faudrait pas que l’on s’imagine qu’être chrétien soit une identité, un repère identitaire, un héritage familial ou social, des racines. « On ne naît pas chrétien, on le devient. » Nous risquerions sinon d’être des chrétiens athées, je veux dire des gens qui se disent chrétiens, mais pour lesquels, la suite du Christ, la quête du Christ, ne signifierait concrètement rien du tout. Pouvons-nous nous dire chrétiens si notre vie en rien ne se distingue de celles de nos amis, qui ne professent pas la foi ou en professent une autre ?
La question est difficile. Et l’évangile que vous nous avez proposé d’entendre à l’instant pourrait bien nous inviter à répondre que non, rien ne distingue le chrétien d’un autre, puisque, pour être disciples de Jésus, n’importe pas de le connaître mais de toujours – chaque fois, dit le texte – voir, ne pas détourner le regard, secourir « ces plus petits », « affamés ou assoiffés, étrangers ou nus, malades ou prisonniers ».

Il semble que ce qui fait de nous des personnes connues de Jésus, c’est notre attitude envers les autres, à commencer par les plus petits. Et le texte demeure actuel, car on n’en a toujours pas fini ; quel scandale qu’il y ait encore des affamés ou assoiffés, étrangers ou nus, malades ou prisonniers. Les migrations actuelles manifestent que « beaucoup sont dedans qui sont dehors », comme disait saint Augustin, et « beaucoup dehors qui sont dedans ». Si les chrétiens sont souvent en première ligne dans la défense des droits des migrants, ils sont loin d’être unanimes sur l’accueil qu’on doit leur réserver, quoi que dise le Pape.
Ainsi donc, être du Christ est affaire de fraternité. Comment pourrions-nous être à lui, « le frère universel », qui révèle pour tous les hommes un seul Père, si nous méprisons un seul de ces petits qui sont les siens, si nous excluons, tuons, laissons mourir le frère ?
Mais alors, il ne vaudrait pas de connaître Jésus, seulement d’être connu de lui ? Croire ne servirait à rien ? Peut-être faut-il s’interroger sur ce qu’est connaître Jésus, ce que l’on appelle précisément croire. Non pas savoir des trucs sur lui, mais le chercher, le quêter. « Je te cherche dès l’aube, mon âme à soif de toi, après toi languit ma chair, altérée, sans eau. » Nous autres disciples, sommes ceux qui essayons de faire de tout notre vie, en chacun de ses instants, une quête du Dieu vivant. Et c’est à le quêter que nous le découvrons. Jamais nous ne le connaissons parce que jamais nous n’avons fini de le connaître, de le chercher, de le découvrir.
Croire ne sert à rien, au sens d’une utilité. Croire relève de la gratuité, comme l’amour, de la grâce. Qui prétend connaître son conjoint, son ami, ses enfants, les menace : « Toi, je te connais ! » Nous sommes toujours en quête de ceux que nous aimons. Nous n’en avons jamais fini de les découvrir et c’est à les aimer qu’on les connaît. Dans la vie, on commence toujours par aimer, ensuite on connaît, ou alors on prend l’autre, les autres, pour un objet d’étude, algorithme, atome et matière, histoire, etc. On ne pourra alors s’étonner de ne savoir reconnaître en l’autre un frère à vêtir, nourrir, visiter.
C’est une seule et même histoire que celles de votre mariage, de votre amour, de la foi, des textes que vous nous avez fait entendre, de l’invitation que vous nous avez adressée, de nos vies. Une histoire commencée par, avec et dans l’amour de Dieu. Ce commencement pour les disciples de Jésus n’est pas une histoire ancienne, il y a si longtemps, ni une légende, quand bien même le texte est un mythe. C’est aujourd’hui que cela commence. « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il les créa, il les créa homme et femme. Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait. C’était très bon. »

vendredi 20 juillet 2018

« En sa personne, il a tué la haine » Ep 2, 13-18 (16ème dimanche)


Dans l’histoire de l’humanité, il semble qu’il y ait toujours eu « nous » et « les autres ». Chez les Inuits, homme se dit inuit, et peut-être pareillement chez d’autres peuples ; inuit signifie personne, humain. Exemple de ce que l’humanité, c’est « nous ». Semblablement, les grecs se comprennent comme le « nous » qui comprend la langue, les autres parlant un charabia, un bla-bla, une langue de barbares. Il y a les grecs et les barbares. Avec les Romains, il y a ceux de l’Empire et ceux de l’autre côté des frontières, les barbares.
Il y a aussi les Juifs et les païens, entendons les gens. Paul fait partie de ce « nous » des Juifs. La lettre aux Ephésiens (2, 13-18) s’adresse aux païens – juste deux versets avant notre texte ‑ : « Souvenez-vous donc qu'autrefois, vous qui portiez le signe du paganisme dans votre chair… » Et comme le peuple, ce n’est pas séparable, au moins jusqu’à fort récemment, de la culture, de la terre et de la religion, païen est un mot impossible à traduire.
Le grec porte ethnè, les nations, qui donne ethnique en français. Il est traduit en latin par paganus, étymologiquement, ceux du village. Il faudrait sans doute traduire ceux du bled, je veux dire du coin perdu, pas cultivé, à la différence des gens de la ville. Ce n’est pas nouveau le regard supérieur des urbains ! Paganus ne prend le sens de païen, qui n’a pas de religion, ou plutôt qui n’a pas la vraie religion, qui a une religion ancienne, dépassée, que bien plus tard, quand les chrétiens deviennent majoritaires et que s’éteint le paganisme...
Ainsi donc, le monde se comprend séparé en deux, nous et eux. Mais « nous » est toujours emphatique et « eux » dépréciatif et péjoratif. Cela est vrai dans toutes les cultures, les civilisations, religions, le moindre des villages comme le plus grand empire.
Or, « des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine […]. A partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix ; en sa personne, il a tué la haine. »
Il n’y a plus qu’un seul « nous ». Le texte, parle à des païens « vous qui étiez loin » de « ceux qui étaient proches », les Juifs, pour finir par un nous ; « Par Jésus, en effet, les uns et les autres, nous avons, dans un seul Esprit, accès auprès du Père ».
La déflagration de cette révolution n’est pas encore parvenue jusqu’à nous. L’Evangile n’est pas encore parvenu jusqu’à nous. L’humanité est un seul « nous ». Il n’y a plus « eux » qui sont chez nous ou chez eux, et nous. « Il n'y a ni Juif ni Grec, il n'y a ni esclave ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus. » (Ga 3, 28). Cela devrait au moins être vrai des baptisés, ou au moins, entre baptisés !
L’équipe de France gagne la finale ; le « nous » accueille spontanément la diversité ethnique. Le « nous » ne se définit plus par l’origine, plus ou moins lointaine, mais par ce que nous faisons et réussissons ensemble, plus justement, par ce qu’ils ont fait ensemble avec et pour « nous ». Lorsqu’on parle d’immigration, celle des pauvres – l’immigration des riches ne fait jamais problème, seulement leur émigration ! ‑ alors « ils » sont « chez nous » …
Cependant l’annulation des oppositions telle que Paul et ses disciples la prêchent n’est pas une uniformisation à la manière du marché qui vend la même chose aux quatre coins du monde au mépris des cultures, qui vend, surtout, pour que les plus puissants le soient encore davantage, colonialisme économique.
Les Juifs resteront à jamais l’autre, l’altérité inassimilable pour les disciples de Jésus. « Ils sont, selon l'élection, chéris à cause de leurs pères. Car les dons et l'appel de Dieu sont sans repentance. » (Rm 11, 28) L’universalisme chrétien ne devrait jamais pouvoir être hégémonique. Si des Juifs deviennent disciples de Jésus, comme les premiers chrétiens, comme Paul, comme nombre d’entre eux à travers les siècles, se manifeste que le mur de la haine est tombé. Cependant, les promesses de Dieu étant irrévocables, le peuple élu subsiste comme celui par qui se dit la bénédiction de Dieu pour tous les peuples.
La mission d’Israël d’être bénédiction pour tous les peuples, l’Eglise ne peut ni l’annuler ni se l’accaparer. En aimant les Juifs, Dieu dit qu’il aime tous les hommes. Israël est le chiffre de la différence, ce qui interdit au « nous » de se prendre pour le centre, de condamner les autres à être des barbares, des païens, des incultes, des sous-hommes.
L’Evangile n’est jamais simplisme populiste. La seule humanité réconciliée par le Christ n’est pas l’écrasement des différences ‑ bien sûr, celles des plus faibles ‑, mais l’égalité et la fraternité. Le Christ Jésus « est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches » Le Christ Jésus est notre paix. « En sa personne, il a tué la haine ».



- Père, nous remettons entre tes mains la mission de l’Eglise. Qu’elle soit toujours plus l’humble servante de ton amour et qu’elle rejette ce qui est indigne du nom de chrétien.
- Père, nous remettons le monde entre tes mains. Qu’il soit le lieu de la réconciliation obtenue en ton Fils pour que la paix de ton Esprit soit la vie pour tous.
- Père, nous remettons entre tes mains nos soucis et nos détresses. Quand tout devient trop lourd, nous ne pouvons plus que nous en remettre à toi, le seul et unique berger, qui en ton Fils porte notre fardeau et le rend léger.