samedi 21 janvier 2012

L'unité des chrétiens comme fraternité

Jésus passe et tous les hommes sont frères.
Statistiquement, lorsque vous vous promenez le long d’un lac ou en quelque lieu que ce soit, vous avez peu de chances de tomber coup sur coup sur des frères. Jésus passe le long du lac, et il rencontre Simon et André, un peu plus loin Jacques et Jean. Non seulement Jésus croise des frères, mais il ne croise personne d’autre. Au bord de ce lac, il n’y a que des frères !
Certains font de ce texte un récit de vocation. Mais il suffit de lire l’appel d’Isaïe ou la rencontre de Zachée, pour se convaincre qu’il s’agit ici d’autre chose. Pas la moindre parole de Simon et André, de Jacques et Jean. Jamais on ne voit une vocation qui ne s’adresse à la liberté de celui qui est appelé. Et d’ailleurs nos quatre hommes ne pourraient pas dire grand-chose. Il n’y a qu’une quinzaine de versets que l’évangile a commencé, il n’y a qu’une quinzaine de versets que l’on parle de Jésus, et encore, durant ces versets a-t-on davantage parlé du Baptiste. Simon, André, Jacques et Jean ne savent rien de Jésus. Comment pourraient-ils le suivre ? Comment cela pourrait-il s’appeler une vocation, si la vocation une détermination réfléchie à suivre le maître ?
L’Evangile a d’abord appelé à la conversion comme nous l’avons entendu. Non pas d’abord une histoire de pénitence, mais une histoire de demi-tour, de réorientation de la vie. Non que la vie était mauvaise. Des hommes allaient à la pèche par exemple. Mais il y a maintenant autre chose à faire.
Quoi donc ? Entrer dans la fraternité. Jésus passe et tous les hommes sont frères. Notre texte est christologique et non pas vocationnel. Notre texte, quinze versets après le début de l’Evangile fait ce qu’il devait faire, présenter Jésus. Qui est Jésus ? Jésus est l’homme dont le passage sur terre institue, suscite la fraternité. Jésus est l’homme qui indique le sens de la conversion, vers où se retourner ? Jésus est l’homme qui met les choses à leur juste place. Qu’est-ce qui importe la pèche ou la suite ? Prendre ou se laisser conduire ?
En outre, c’est Jésus lui-même qui est montré comme frère. Jésus, on ne le voit pas un instant seul. De même qu’il n’existe que des frères quand Jésus passe, de même Jésus ne peut passer seul. Faites une photo de Jésus, impossible de l’y voir seul. Il est toujours avec les autres. On découvrira bientôt, dès les versets suivants, qu’il est pour les autres.
Car si le passage, la pâque de Jésus, est source de fraternité, c’est qu’il est lui, le frère. On ne saurait oublier, ainsi que le montrait dans un article qui fait date le théologien Ratzinger, que la fraternité est le nom de l’Eglise. La fraternité n’est pas un sentiment ou une qualité morale. La fraternité est l’assemblée de ceux qui suivent Jésus, la fraternité c’est ce que constitue le passage de Jésus dans le monde.
Parler de vocation occulte le plus important du texte, le renversement, le retournement, la conversion que le passage de Jésus institue, la constitution d’une fraternité. L’humanité n’est pas l’humanité, il faut changer non seulement d’avis, mais de style de vie, de comportement, de sens ; l’humanité n’est pas l’humanité, elle est fraternité. Ce qui définit l’humain ce n’est pas, contrairement au sens obvie, le fait d’être homme. Ce sens premier est trompeur. Ce qui définit l’humain, c’est la fraternité.
Au cœur de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, l’évangile de ce jour ne pouvait mieux tomber (même si tout texte d’évangile tombe toujours bien). Comment nos Eglises laissent-elles passer Jésus de sorte que la fraternité ne soit pas empêchée ?
L’idéal de la fraternité n’est pas l’uniformité. L’idéal de la fraternité n’est pas la paternité, je veux dire, le rangement de tous sous l’autorité d’un seul. L’idéal de la fraternité est la communion, le culte de la différence et de l’accueil de ces différences. La fraternité est jouissance du différent. Sans unité, pas de fraternité certes, mais sans diversités, pas de fraternité non plus.
Prier pour l’unité des chrétiens, c’est prier pour que soient reconnues et appréciées les différences, c’est prier pour que l’on sache apprécier des différences. Que l’on ne vienne pas arguer l’unité de la vérité. L’unité, l’unicité de la vérité, n’existe qu’à travers sa diffraction dans l’éclat multiforme des différences. Quand Dieu dit une chose, on en entend forcément plusieurs, non d’abord que comprendrions mal, mais que la richesse de cette parole divine n’existe que dans l’éclat de sa lumière. Le psaume le confesse : Dieu a dit une chose, deux choses que j’ai entendues.
Deux choses, deux frères. Quand Jésus passe rien n’est détruit des spécificités, tout est engagé à la fraternité. C’est encore le psaume. Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent.







Seigneur, nous te prions pour l’unité de toutes les Eglises. Baptisés dans la mort et la résurrection de ton fils, les chrétiens sont le sacrement de la fraternité, ils annoncent et vivent déjà la vocation de l’humanité. Que leur témoignage ne soit plus empêché par leurs divisions.

Seigneur, nous te prions pour notre Eglise catholique. Qu’elle s’engage sans crainte sur la route de l’unité. Qu’elle se fasse conversation, comme le demandait Paul VI. Qu’elle reconnaisse la richesse de la diversité ; qu’elle quitte sa peur du relativisme et reçoive avec les autres Eglises l’unité que tu veux.

Seigneur, nous te prions pour ceux d’entre nous qui rencontrent chaque jour, dans leur couple, dans leur famille, dans leur quartier, la division des chrétiens héritée de l’histoire. Qu’ils sachent voir la richesse de la diversité des traditions dans leur quête du Christ.

Seigneur, nous te prions pour le monde. Que l’évangile lui soit audible. Que lui parvienne l’annonce d’une fraternité universelle. Que dès maintenant, il consente à être une fraternité de paix et de justice.

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