samedi 1 septembre 2012

L'atavisme hypocrite des religions (22ème dimanche)


C’est sale, c’est caca, c’est impur. Expressions du rejet, du dégoût, apprises dès le plus jeune âge et que les religions transmettent. Les tabous alimentaires, les règles de pureté et les rituels de purification ne se distinguent pas des impératifs hygiéniques. Si les préceptes religieux ont aussi un sens second, ce n’est jamais par opposition aux exigences de l’hygiène mais au contraire par leur sacralisation.
Ainsi se définissent un jeu de catégories parmi lesquelles : pur-impur, sacré-profane, tabou-permis, péché-purification, tache ou souillure-propreté ou bain rituel. On ne sort jamais de l’espace organisé par ces quelques axes. Il y a de l’archaïque en chaque nouvelle existence ; à l’ère de la modernité la plus grande demeure une répartition bipolaire de l’existence, spatiale, mais tout autant morale.
Au pays de Candy, il y a des méchants et des gentils. Ainsi pense le petit d’homme. Ceux qui ne sont pas comme lui, qu’ils le contraignent ou soient différents ne peuvent qu’être les méchants. La crise de l’adolescence exacerbe la dichotomie. Le monde est en noir et blanc et, confronté à la nécessité de faire des compromis, y compris parce que l’on perçoit que l’on n’est pas soi-même tout entier du côté du bien, on crie à la compromission pour mieux se dédouaner. Le sens de la justice si implacable se mue rapidement en intolérance.
C’est que justement, le monde n’est pas en noir et blanc, que l’intelligence humaine, pour le pire, certes, mais aussi pour le meilleur, connaît la concession, la demi-mesure, la justice non pas d’égalité mais de proportion. Aussi performante qu’elle soit, la logique informatique qui ne connaît que le zéro et le un ‑ le courant passe ou ne passe pas ‑ ne permet pas de construire un monde humain, tel qu’il peut s’exprimer dans l’amour de ceux qui ont raté, dans l’art qui cherche à dire, à laisser advenir, ce qui est, avant même que de juger.
Certains textes des Ecritures paraissent naïfs à distinguer deux chemins. Soit vous mettez en pratique les commandements et vous vivrez, soit vous ne le faites pas et vous mourrez. Ou encore, il y a le large chemin de la perdition et le chemin escarpé, la porte étroite du salut. Certains textes devraient nous paraître naïfs dans leur opposition bipolaire. Il n’y a pas d’un côté les croyants, et de l’autre les idolâtres, païens ou athées. Il n’y a pas d’un côté les saints et vertueux et de l’autre la massa damnata.
(Souvent les oppositions bipolaires des Ecritures doivent être comprises non dans une logique exclusive, mais comme l’expression d’une totalité. Ainsi, le jour et la nuit ne désignent pas deux moments de la journée, mais la totalité de la journée , les bons et les méchants ne désignent pas les deux seuls groupes de personnes, bien clairement distinguées et opposées, mais la totalité de l’humanité.)
Le texte d’évangile de ce jour (Mc 7,1-23) vient briser l’évidence de la bipolarité morale, rituelle et religieuse. Le pur et l’impur ne sont pas affaire de spatialisation selon les coordonnées de l’extérieur et de l’intérieur. C’est l’intention qui qualifie l’acte, de sorte que l’on pourra souvent dire qu’il n’y a pas de bien ou de mal en soi, qu’il n’y a pas d’actes intrinsèquement pervers ; une action est définie moralement par l’intention qui la porte.
Est introduit dans prétendue objectivité extérieure et extrinséciste du bien et du mal, le sens de l’action humaine. Ce qui pousse Jésus à faire exploser le cadre du pur et de l’impur, du sacré et du profane, c’est, au moins dans notre texte, l’hypocrisie religieuse, ce que l’on appelle le pharisaïsme, la tartufferie. Le religieux sacralise l’objectivité d’un pur et d’un impur basée sur la spatialisation, un intérieur et un extérieur, un espace sacré et un espace profane avec ces propres lois, par exemple l’économie ou la vie privée. Or ce religieux doit être converti, évangélisé sous peine de mensonge qui s’exprime comme hypocrisie, pharisaïsme.
C’est qu’avec Jésus s’évanouit le sacré et le profane, le pur et l’impur, car l’homme, icône du Dieu à l’image duquel il a été créé, est appelé à la sainteté. Avec l’homme, tout est profane, au sens où il n’y a plus de lieux réservés, sacrés ; Il est possible de prier dans sur un tas d’immondices, autant que dans une église, une maison de personnes âgées dont la vie s’achève dans la faiblesse, une maternité qui voit tant de bébés venir au jour. Mais on peut, on doit aussi dire que tout est sacré, ou plutôt, tout est destiné à la sainteté de l’homme. Rien, pas même le péché, n’échappe au mouvement de la vocation de l’homme qui consiste à tout ramener à Dieu.
Seul l’évangile, semble-t-il, désacralise toute chose, annonçant un Dieu qui n’est pas séparé de l’homme, mais un Dieu qui se fait homme pour que l’homme soit Dieu. Si l’on ne peut certes pas confondre Dieu et l’homme, on ne saurait pas non plus les distinguer, les séparer, les opposer.
Evangéliser le sacré c’est sans cesse faire reculer l’archaïque du sacré en nous pour reconnaître que ce monde, que l’homme, vit très bien sans Dieu, qu’il est autonome, et en même temps, que le monde et l’homme existent en recevant la sainteté du créateur et sauveur. Evangéliser le sacré c’est faire de chaque action une liturgie, un service à la gloire de Dieu, qu’il s’agisse du culte bien sûr, mais aussi du travail, du repos, des amours et des arts, et par-dessus tout du service du frère.

1 commentaire:

  1. οὐ νοεῖτε ὅτι πᾶν τὸ ἕξοθεν εἰσπορευόμενον εἰς τὸν ἄνθρωπον οὐ δύναται αὐτὸν κοινῶσαι, ὅτι οὐκ εἰσπορεύται αὐτοῦ εἰς τὴν καρδίαν ἀλλ'εἰς τὴν κοιλίαν;
    Ne comprenez-vous pas que les choses extérieurs qui entrent dans l'homme ne peuvent le souiller, puisqu'elles ne vont pas dans son cœur mais dans son ventre?

    Ces paroles sont magnifiques.

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