vendredi 21 août 2015

A qui irions-nous ? (21ème dimanche)



« “Il y en a parmi vous qui ne croient pas”. » À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. »
Au terme du discours sur le pain de vie, la tension est telle que certains disciples arrêtent d’accompagner Jésus. Qui sont les disciples de Jésus, qui étaient-ils à l’origine, qui sont-ils aujourd’hui ? Il y en a parmi eux qui ne croient pas. C’est incroyable ce truc là, mais il y a des disciples de Jésus qui ne croient pas. « “Il y en a parmi vous qui ne croient pas.” Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait. »
Nous ne sommes pas Jésus, et nous ne savons pas, nous, qui est croyant ou non. Chacun peut s’interroger. Sait-on soi-même si l’on est croyant. On peut penser que les disciples qui ont arrêté de suivre Jésus n’étaient pas de plus mauvais bougres que la moyenne. On ne peut identifier le non croyant au seul salaud et traitre. Il y a même des traites parmi ceux qui restent avec Jésus, comme Pierre… comme nous !
Nous ne savons pas si nous croyons. Jésus le sait, lui. Restons à cette forme d’ignorance, parce, peut-être, être croyant, ce soit justement ne plus rien savoir en dehors de l’amour des frères. Etre croyant, c’est ne plus rien savoir. Voilà ce que j’entends dans la réponse de Pierre, du moins la première partie : « « Seigneur, à qui irions-nous ? » En termes de motivation, ce n’est pas terrible ! Faute de mieux, nous te suivons, à qui veux-tu que nous allions ? A qui irions-nous ? (La suite de la réponse, qui répète les propos de Jésus, comme un catéchisme sagement, puérilement, appris, paraît en fort décalage avec cette sorte d’ignorance poussée comme un cri, presque désespéré.)
Que savons-nous de notre Dieu ? Si peu ! En cela rien d’anormal. Que pourrions-nous savoir de Dieu ? Il faut absolument considérer comme idole tout ce que nous en disons, en pensons, précisément pour tâcher de se garder de l’idolâtrie. Nous affirmons, confessons qu’à condition de barrer. Nous affirmons parce qu’il faut bien parler, mais à une condition, de nous déprendre. Dieu n’est pas même l’autre, ni le plus grand autre, mais toujours autre.
Quand je dis ne plus rien savoir, il s’agit d’autre chose. La foi nous fait-elle vivre ? Vivrions-nous autrement sans elle ? Nous n’en savons rien. Mais comme tout ce qui n’a pas d’utilité ne saurait importer, ne vaut rien, sommes-nous bien croyants ? Tant qu’on peut voir la présence et l’efficacité de la Providence, on a de quoi être croyant, mais notre monde et la nature, avec leurs lois, n’ont pas besoin de Dieu, hypothèse inutile. Alors, il devient plus difficile de croire. Croire alors qu’il n’y a plus rien à voir, pas même le moindre petit signe.
A qui irions-nous ? Pourquoi pas à ce Jésus. Mais pourquoi ?
Si nous ne savons pas même si nous croyons, ce n’est pas anti-intellectualisme, mais comme condition de la foi. La foi est affaire de confiance. Certes, elle est bien intelligente, là n’est pas la question. Mais si nous ne faisons pas confiance, quelle foi avons-nous ? Pierre n’a pas suivi Jésus parce qu’il avait les paroles de la vie, quand bien même cela ne gâte rien. Il a suivi Jésus, faute de mieux, à qui irions-nous ? Ou du moins, sans savoir dire pourquoi : A qui irions-nous ?
Il faut vider toutes les raisons, les bonnes et les mauvaises raisons de croire. On ne croit pas parce que. On croit, on fait confiance à Jésus. C’est tout, à tous les sens de l’expression. Mais lui faire confiance laisse bien seul ; beaucoup sont partis. Et c’est ce que nous vivons.
On croit, c’est tout. Ici comme dans l’amitié, dans l’amour conjugal, paternel ou filial : parce que c’est lui, parce que c’est moi. On ne choisit pas d’aimer ses enfants, ses parents, ses frères et sœurs. On les aime, cela s’impose. Et si on ne les aime pas, comment n’être pas coupable ? C’est charnel. Et si avec Dieu c’était cela, aimer sans rien d’autre, sans rien savoir. C’est charnel.
C’est curieux que ce pur amour soit charnel, je veux dire corporel, que ça prenne aux tripes. Que cela s’impose non comme une idée, mais comme l’amour des siens (et l’on peut découvrir que nous sommes destinés à faire de tous des siens !)
Alors que je ne sais plus rien, il ne reste peut-être plus que cela. Une sorte de constat qui s’impose, comme tout constat, a posteriori, surnageant de l’ignorance : je l’aime ; je suis croyant. C’est primaire. Cela vient de très loin. Un cri que rien ne parvient à couvrir. A qui irions-nous ?

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