24/04/2026

Le beau berger est vivant (4ème dimanche de Pâques)

L’évangile de Jean ne rapporte pas de paraboles, si typiques de Jésus. Cependant, les images y sont nombreuses, les comparaisons. Le début du chapitre 10 se construit autour de la métaphore du berger, de ses brebis et de la porte de la bergerie. Manifestement, deux discours ont été cousus ensemble. En effet Jésus dit passer par la porte ‑ à la différence des voleurs qui entrent par infraction par la fenêtre ‑ puis être lui-même la porte par laquelle il faut passer.

Depuis au moins Rabelais et les moutons de Panurge, il n’est pas très flatteur d’être comparé à un troupeau de moutons, des suiveurs sans la moindre réflexion, qui peuvent se jeter à la mer et s’y noyer, simplement, parce qu’ils font comme ceux qui précèdent.

Dans le Premier Testament, la brebis est la richesse du pauvre, comme sa fille. Plus encore, c’est Dieu lui-même qui se fait pasteur tant ceux qui sont chargés du troupeau sont incapables ou manquent de sérieux voire d’honnêteté, cherchant leurs intérêts au détriment du bien commun. Dieu révoque prêtres et rois, juges et gouverneurs qui, au lieu de paitre le troupeau, s’en repaissent ; ils n’en prennent aucun soin et le dévorent, s’en repaissent. « Quand ils mangent leur pain, ils mangent mon peuple. » Faute de trouver à qui confier ce qu’il a de plus cher, son peuple, Dieu se fait lui-même pasteur.

On lit au chapitre 34 d’Ezechiel des mots que Jean semble se contenter de recopier, mais aussi Luc, avec la parabole de la brebis perdue. « Ainsi parle le Seigneur Dieu. Voici, je me déclare contre les pasteurs. Je leur reprendrai mon troupeau et désormais, je les empêcherai de paître mon troupeau. […] J’arracherai mes brebis de leur bouche et elles ne seront plus pour eux une proie. Car ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que j’aurai soin moi-même de mon troupeau et je m’en occuperai. […] C’est moi qui ferai paître mes brebis et c’est moi qui les ferai reposer, oracle du Seigneur Dieu. Je chercherai celle qui est perdue, je ramènerai celle qui est égarée, je panserai celle qui est blessée, je fortifierai celle qui est malade. Celle qui est grasse et bien portante, je veillerai sur elle. Je les ferai paître avec justice. » L’injustice est ce qui tue ; c’est le festin des puissants et des violents.

Le psaume a bien entendu l’évangile, la bonne nouvelle du psaume : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. Tu prépares la table pour moi. Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie. J’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours. »

Mettre sur les lèvres de Jésus les propos de Dieu, pasteur de son peuple, c’est ranger Jésus du côté de Dieu. En recopiant Ezéchiel, Jean et Luc ne parlent pas seulement de soin et de salut, mais de l’identité de Jésus. Dire le salut, c’est dire Jésus et réciproquement. En termes abstraits, on dira que christologie et sotériologie coïncident de sorte qu’il est impossible de parler de Jésus autrement que comme sauveur et de parler du salut sans Jésus.

Le salut, dans l’évangile, notamment celui de Paul, n’est pas pour demain. C’est aujourd’hui la vie, le passage par une porte. « C’est maintenant le jour du salut. » Le renvoyer post-mortem, c’est non seulement le vider de sens, mais, pire, justifier qu’il n’y ait rien à faire contre le mal et la mort. Quel chrétien, quel humain, pourrait tranquillement penser cela ?

Comment être vivants les uns pour les autres, comment permettre à Jésus, à travers son corps ‑ Ecclesia ab Abel ‑ de secourir ceux qui ploient sous le poids du fardeau ? On sait qu’il est possible aux pasteurs, les puissants, d’écraser les autres, spécialement ceux qui n’ont pas plus de force qu’un agneau. Il ne devrait pas être impossible de savoir, à l’inverse, rendre la vie à ceux que menace le ravin de la mort.

La christologie et l’ecclésiologie et la sotériologie, c’est la même chose. Impossible de parler de l’Eglise autrement que comme celle qui vient au secours et rend la vie – l’hôpital de campagne de François ‑, autrement que comme le vrai corps du Christ ressuscité par l’Esprit, vivificans. Se dire membre de l’Eglise et ne pas secourir, c’est trahir. Cela n’a aucun sens d’être chrétien si cela n’importe pas d’abord de secourir, non parce que ce serait un acte de charité, mais parce qu’ainsi Jésus est en notre temps le beau pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Ainsi, il est le beau pasteur ressuscité, vivant en sa chair. Son corps n’est pas mort.

 

Tombe chrétienne du IIIᵉ siècle, Nécropole de Hisardere, à Iznik (Turquie), découverte en 2025

 

 

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