dimanche 12 mai 2013

Une Eglise qui s'auto-agresse


Le conflit à propos du mariage pour tous a ébranlé profondément l’Eglise. Certains se sont serré les coudes pour que l’Eglise se fasse entendre et se sont retrouvés solidarisés par l’engagement, renforcés dans leurs convictions. Pendant ce temps, « on n’entend[ait] pas la minorité qui, presque sans voix, tente de lever le doigt pour faire remarquer qu’il y a peut-être, quand même, un petit quelque chose à faire pour rendre la vie moins clandestine aux couples d’homosexuels. » (B. Frappat)
Nos communautés ont été profondément ébranlées. Lorsque le prêtre milite avec la majorité, la minorité en prend plein la figure, peut claquer la porte, partir sur la pointe des pieds ou souffrir en silence. Lorsque le prêtre prend ses distances par rapport à l’évidence du positionnement des catholiques, c’est plus difficile à gérer, car la majorité se sent agressée, mais forte de ses certitudes, de la parole d’évêques ou des évêques, elles refusent, et à juste titre, de la fermer. Pas sûr qu’elle demeure toujours charitable envers le prêtre !
Ces tensions ne sont pas nées du conflit à propos du mariage pour tous. Elles sont bien plus profondes et n’ont été que clairement manifestées par le conflit. La situation de minorité dans laquelle sont les catholiques exacerbe les positionnements. L’affirmation identitaire, et décomplexée par Jean-Paul auprès de ceux qui se disent eux-mêmes « génération JP II » n’est pas toujours capable de repérer la ligne jaune du catholicisme intransigeant qui a d’ailleurs pignon sur rue, ou plutôt sur cathèdre !
Ce catholicisme intransigeant n’est pas le fait d’une minorité de droite extrême et maurassienne. Il est un piège que la culture contemporaine tend à l’Eglise, bien involontairement ! Lorsque les évêques continuent à parler au nom d’une anthropologie naturelle, c’est-à-dire rationnelle, ils continuent à croire ou à faire croire qu’il existe une anthropologie qui s’impose sur toutes les autres, non parce que chrétienne, mais parce que conforme à la raison. Ils ont ici une conception de la raison plus proche de celle des Lumières et du positivisme comtien que du logos évangélique ! Ils se font les hérauts de la raison plus que de la foi. Je croyais avoir lu, sans que bien sûr il s’agisse d’un anti-intellectualisme ou d’un fidéisme, que « ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages. »
Que cette anthropologie naturelle ne soit pas sans intérêt, point n’est besoin de le démontrer, qu’elle ne soit pas, comme toutes les autres, lestée des préjugés qui, à ne pas être reconnus, empêchent le dialogue, et voilà le cœur de notre problème. Ne pas voir que prétendre être selon la raison alors que, comme tous, on a des préjugés est une posture superbe qui agresse. C’est exactement pourquoi la posture des évêques a été une erreur quelle que soit la validité, ou non, de leur opinion. Drapé de la transparence de la raison et appuyé sur l’indéfectibilité de la foi, le discours des évêques a été intolérant, et ce d’autant plus qu’il prétendait ne pas l’être.
Il n’y a pas relativisation de la raison à reconnaître la contextualisation de la raison. Voilà ce qu’il faut arriver à penser pour la paix dans le monde, la rencontre des cultures et non leur choc, et pour l’évangélisation. Le pluralisme culturel ne saurait limiter la raison, mais ne peut que montrer combien la raison est trop à l’étroit dans l’usage qu’une culture, fut-ce la culture occidentale, en fait.
Le centralisme romain de Jean-Paul II et l’européocentrisme de Benoît XVI comme dénonciation du relativisme n’ont absolument pas aidé les chrétiens à en rabattre sur la superbe occidentale. Leurs positionnements ont décomplexé la certitude d’être dans le vrai par l’affirmation de la vérité catéchétique, alors que la vie avec Jésus est bien autre chose que la répétition d’un catéchisme, chacun en convient.
Le site internet du Vatican cite dans les « textes fondamentaux » après les Ecritures, le Catéchisme de l’Eglise catholique, puis le droit canon, puis enfin le dernier concile. Voilà qui en dit long sur la hiérarchisation usurpée que l’on veut faire prendre pour la vérité. Et on constate tous les jours l’efficacité de la supercherie. Si vous ne dites pas ce que dit le catéchisme, vous êtes convaincus d’être dans l’erreur, si l’on ne cite pas le concile, que personne ne connaît, qui est évidemment si compliqué, personne ne dit rien. Si vous contestez cela, vous n’émettez pas, seulement, une opinion, mais vous agressez une partie des  catholiques qui ne comprend pas que l’on ne pense pas comme elle dès lors que l'on est catholique.
La hiérarchisation des vérités de la foi est tout simplement nivelée par les articles du catéchisme et Unitatis Redintegratio 11 a moins de valeur dogmatique que ce fameux catéchisme ! Cette simple remarque est considérée comme une déclaration de guerre mais l’agressivité vient de ceux qui, refusant de se rendre aux larges espaces de l’évangile, cultivent ce catholicisme qu’ils croient sauver en en faisant le réflexe identitaire du petit troupeau qu’ils rassemblent encore. L’Eglise se sectarise alors que la situation contemporaine lui ouvre les voies d’une universalité qu’elle n’avait jamais pu soupçonner.

4 commentaires:

  1. Remarquable ! Une fois de plus. Ce que vous écrivez met des mots justes sur ma profonde conviction que j'ai essayé de défendre. Les réactions que cette position a suscitées sont très révélatrices de ce que vous écrivez.

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  2. Je n'ai vu aucun amour chez les catholiques anti mariage pour tous.
    Je n'ai vu aucun amour dans les terribles déclarations des évêques.
    Je n'ai vu aucun amour dans le sectarisme d'une religion devenue minoritaire et obsolète.
    Je n'ai vu aucun amour de soi-même chez ceux qui préfèrent la parole fielleuse, faute d'accéder à leur propre humanité, et certainement pas à celle de leur filiation divine, qui devrait leur ouvrir sur l'universalité et la complémentarité heureuse des différences.
    Je n'ai vu aucun amour envers les personnes homosexuelles.
    Je n'ai vu aucun amour respectueux de leur projet de vie.

    Autrement dit, pas grand-chose de changé par rapport à ce que j'ai pu connaître personnellement dans mon histoire.
    Je n'avais vu aucun amour de respect de ma petite expérience spirituelle d'enfant(mieux valait connaître par coeur le catéchisme ce que je n'arrive pas à faire…).
    Je n'avais vu aucun amour d'être « proche de Jésus », dans la manière dont on me refusa d'être "enfant de coeur" (c'est comme cela que je comprenais "choeur", vu que je ne savais pas par coeur toutes les répliques en latin…
    Je n'avais vu aucun amour d'être plusieurs fois giflé, à l'hôpital catholique, par une religieuse soeur de la charité, lorsque je souffrais terriblement dans mon corps à 11 ans.
    Je n'avais vu aucun amour dans les propos de ce prêtre qui m'invitait à me réjouir de souffrir, en tant qu'enfant innocent, qui ainsi rachetait des âmes du purgatoire… Merci mon Dieu pour ton machiavélisme… Tu devrais consulter en psychiatrie…

    Je n'avais vu aucun amour dans la décision de ce chanoine, patron de la paroisse, qui, après avoir donné son accord plusieurs semaines à l'avance, a, le matin de mon mariage, déposé un mot dans la boîte aux lettres (même pas le courage de sonner…), pour indiquer qu'il interdisait absolument à des laïques de prendre la parole lors de la célébration du mariage. Il avait consulté l'évêque qui avait fait état de je ne sais trop quel article du droit canon. Il est vrai que les laïcs n'ont qu'à fermer leur gueule. Et les 3 personnes qui devait témoigner sur l'amour, le couple, la famille… Je n'ai même pas eu le temps de les prévenir… sauf un seul… mon père…. qui a remballé ses propos, lesquels étaient sans doute les plus beaux qu'il avait jamais écrits…

    Alors… Après tous ces constants… Et bien d'autres que je n'énumère pas.
    Vous comprendrez que je me suis enfui…
    Jésus, le message évangélique, c'était ailleurs…

    Et aujourd'hui… Au final… Rien de changé !
    La minorité catholique continue à vomir le monde et ceux qui ne pensent pas comme elle…

    J'ajouterai à la vérité que trois prêtres m'ont beaucoup marqué, aidé, et il me semble compris dans mon aventure intime et spirituelle. Sauf que, ils étaient en rupture de ban avec leur hiérarchie et que ceci était de notoriété publique.

    Désolé de faire état de ma petite personne… mais je crois plus à ce qui rend témoignage qu'aux beaux discours, fussent-il pétris d'intelligence de reflexion.

    Cela dit, je vous remercie pour ce texte qui me permet de garder quelques timides espoirs….

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    1. Je me pose toujours la question: est-ce volontairement ou non que l'on a confondu le terme "nature" et le terme "essence" ?

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    2. Je ne vois pas exactement à quoi vous faites allusion. Mais l'histoire de ces mots est liée aux vicissitudes des langues, des époques qui emploient un même vocabulaire mais pensent autre chose, etc.
      Et encore, quand on passe directement du grec au latin, ce n'est pas le plus délicat. Quand le passage se fait via l'arabe, c'est encore plus intéressant, mais dénouer le fil des métamorphoses conceptuelles est un casse-tête qui requiert que l'on parle un peu trop de langues et que l'on sache, si c'est possible, repérer ce que ce mot signifie à telle époque ou chez tel auteur...
      Bon travail...

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