samedi 29 juin 2013

Peut-on condamner l'erreur au nom de la vérité ? (13ème dimanche)

Exclu parce qu’il n’est pas du même bord. Lui-même d’ailleurs n’a rien dit, mais, solidaire de son peuple, ou plutôt attaché à son peuple par les samaritains, Jésus est interdit de séjour (Lc 9,51-62). On ne prend pas même la peine de le rencontrer. Exclusion raciste, ou exclusion religieuse.
Cela continue aujourd’hui, le racisme et l’ostracisme religieux. Et ce n’est pas que dans des pays lointains, souvent en guerre, souvent non-démocratiques. Ce n’est pas que dans les pays arabes. C’est chez nous aussi ; il y a une laïcité obtuse qui confond la neutralité républicaine avec une interdiction des religions qui ne devraient ni se montrer ni s’exprimer. La non reconnaissance des cultes qui signifie leur non-financement dans l’article 2 de la loi de séparations des Eglises et de l’Etat a juste occulté l’article 1 : « la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. »
Ce n’est pas que dans la société laïcarde ou parmi les partisans de la Libre Pensée, que l’on rencontre chez nous l’exclusion et l’ostracisme religieux. Les événements de ces derniers mois à propos du mariage pour tous ont montré que jusque dans notre Eglise, il avait été difficile (euphémisme !) de s’écouter, de se parler, de s’accueillir.
Jésus se tait, déjà. Il aura cette même attitude lors de la passion. Peut-être d’autres le recevront-ils même s’il faut marcher encore, même si la fatigue se fait sentir. Peut-être passera-t-il la nuit dehors, sans endroit où poser la tête, peut-être la nuit sera blanche. Il faut aller plus loin, même si c’est injuste ou indigne, parce que surtout il ne faut pas faire tomber le feu du ciel ou la colère des hommes sur des frères.
Avant même ce refus, il y avait eu la délicatesse de Jésus qui ne prend pas à l’improviste ceux qui auraient pu être ses hôtes. Il avait envoyé des messagers devant lui.
Jésus est peut-être l’ennemi des samaritains, mais les samaritains ne sont pas les ennemis de Jésus. Jésus est le frère qui vient révéler, toujours, à tous, la fraternité. Un homme de la rencontre avec les musulmans, Charles de Foucault, s’est voulu à cause de Jésus le frère universel. Et si l’on refuse le frère, le frère ne peut s’emporter ; il irait à l’encontre de ce qu’il est chargé d’annoncer, à l’encontre de ce qu’il est, le frère.
On pourra reprocher à Jésus de donner raison à l’exclusion en s’y soumettant. De toute façon, les samaritains ne lui laissent pas bien le choix. Mais plus encore, il est pris dans une impossibilité : ou bien il refuse que le feu du ciel manifeste l’injustice et court le risque de la cautionner l’injustice ; ou bien il donne raison à l’erreur par la violence du feu, prolongement de la violence de l’exclusion. A appeler le feu du ciel sur ses frères, il aurait fait le contraire de son évangile ; il aurait dû, pour montrer son bon droit, pour avoir raison, user de la violence qui tue la fraternité. La vérité et la justice ne peuvent recourir à la force sans se perdre elle-même. Ou bien « justice et vérité s’embrassent », ou bien ce monde n’est ni juste ni vrai. La justice des pharisiens, la logique des hommes de bien, des hommes de loi mène à la violence et à l’exclusion. On ne cesse de le voir.
C’est justement à cause de ce raisonnement que Jésus dénonce la logique de la loi et outrepasse la justice, bonne, des pharisiens. Sans la miséricorde, la justice est une impasse, aussi utile et indispensable qu’elle soit. Sans la miséricorde, la vérité se mutile, parce que le frère ne peut la reconnaître qu’à être aimé.
Toute la vie de Jésus réside ici. Il est exclu, il souffre, il est mis à mort, non parce que tout les hommes seraient en soi mauvais, parce que, on ne sait par quelle astuce diabolique, la souffrance serait salvifique ! Il est exclu, il souffre, il est mis à mort parce qu’il refuse la logique de la justice de la loi et de la vérité imposée dans la puissance. Il sait que seul l’amour sauve le frère. Mieux vaut mourir que faire mourir quand on prétend aimer comme Dieu lui-même. Mieux vaut risquer d’être compté parmi les pécheurs que de se défendre par la violence, fût-elle celle du ciel. C’est la seule manière de manifester la vérité.
On comprend que notre texte commence par ces mots : il prit avec courage la route de Jérusalem. On aurait aimé que, nous tous, disciples de Jésus, ayons eu le même courage dans la manière de défendre la vérité dans l’affaire de la loi dite du mariage pour tous. Et lorsque le texte se poursuit par quelques exemples d’appel ou de velléité à être disciples de Jésus, on aimerait, chacun, être capable d’aimer avant que d’être juste, d’aimer pour être juste, pour être justice, justification de frère, salut du frère au lieu même de son péché, quand il exclut. On aimerait, chacun, être juste, justifié, rendu juste par l’amour plus fort que nos principes, que notre justice.

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