samedi 20 juillet 2013

Quel serviteur es-tu ? Marthe et Marie (Lc 10,38-42) 16ème dimanche

L’évangile de Marthe et Marie (10, 38-42) fait immédiatement suite à celui du bon samaritain (10,25-37). L’éloge du service à l’extrême est suivi par une invitation à la contemplation. Ainsi lit-on ces deux textes, au point d’être gêné par la relativisation du service de Marthe. Comment dire qu’il est mieux de rester assis à écouter le Seigneur qu’à faire le service ? Tant que le modèle du chrétien demeure le moine puis le prêtre pensé comme un religieux, tout va bien. Mais dès lors que l’on se met à penser que la sainteté est pour tous, y compris les plus nombreux, ceux qui sont actifs, au travail, au service des autres, l’évangile de Marthe et Marie passe mal. Il passe d’autant plus mal que l’on adore la parabole du bon samaritain, prétendument consacrée à l’amour du prochain.
Nous pourrions prendre le temps d’analyser ce ressentiment contre Marie que même le compliment du Seigneur n’arrive pas vraiment à nous rendre sympathique, à la différence de Marthe que nous trouvons injustement traitée. Il faudrait s’interroger sur ce qui nous empêche de comprendre le texte. On voit bien que dans un catholicisme qui ne croit pas en Dieu ‑ si, cela existe, par exemple chez Maurras ‑ même s’il va à la messe tous les dimanches, même s’il est évêque ou grand prédicateur, en dehors du faire, on ne sait pas bien ce que c’est que croire. Même la prière est un faire, une activité, comme l’adoration eucharistique. Il faut, c’est bien connu, faire sa prière !
Nous devrions être arrêtés dans notre compréhension de la foi par ce texte qui nous résiste. Voilà au moins une occasion pour l’évangile de nous convertir. Le texte résiste à nos tentatives d’annexion, d’Anschluss, de confiscation. Ecoutons-le plutôt qu’à nous faire maîtres du texte, maîtres du Maître !
Il est évident qu’il y a un problème avec Marthe. C’est elle qui est présentée comme la maîtresse de maison. C’est elle qui accueille Jésus, c’est elle qui parle, c’est elle qui prépare le repas. Marie est dans l’ombre, elle est seulement la sœur de Marthe. Mais enfin, connaissez-vous une maîtresse de maison qui ne viendrait pas faire la conversation et s’enfermerait dans sa cuisine, plutôt qu’à y laisser travailler son personnel ou sa sœur, si effacée, si seconde, si soumise ? Incohérence : la femme maîtresse joue un rôle qui ne lui va pas.
Et rien d’étonnant que cela n’aille pas. On ne peut inviter quelqu’un chez soi et le laisser seul pendant qu’on est ailleurs. Marthe, sous prétexte de servir Jésus, a trouvé la manière de ne pas l’écouter. C’est exactement notre Eglise. C’est exactement le problème du pharisaïsme, c’est exactement l’évangile du bon samaritain. Sous prétexte de servir Dieu, on évite de rencontrer Dieu. Sous prétexte de croire en Dieu, on refuse de se laisser saisir par lui, on ne lui abandonne rien, surtout pas ses certitudes. Traverser la route ou s’afférer dans la cuisine et l’on ne voit pas celui qu’il faut soigner ou accueillir.
Il existe une manière d’être chrétien sans le Christ, jusque dans notre Eglise. Il me semble que François dénonce cela, c’est bien que ça doit exister. Ces chrétiens sans le Christ ne savent sans doute pas qu’ils ne croient pas. Regarder Marthe, elle ne voit pas que le problème vient d’elle et non des multiples occupations et de sa sœur qui ne fait rien. On fait tout, on fait tout comme il faut, mais on se garde bien d’être rencontré par le Christ. J’ai tout fait, j’étouffais, et Marthe crève sans voir qu’elle est sa propre meurtrière ! Et l’Eglise crève sans voir qu’elle est sa propre meurtrière, trop certaine de faire bien, de tout bien faire. La faute est au monde, évidemment mauvais !
J’en étais là de ma lecture de ce texte jusqu’à il y a quelques semaines, lors d’une rencontre caté avec des CM1. Nous lisons le texte. Passionnant, comme toujours, de lire les Ecritures avec d’autres, enfants ou moins jeunes, voire très âgés. Du nouveau sort encore. Je demande à ce que l’on décrive la scène. Que fait Marthe ? Que fait Marie ? Et là, bon sang mais c’est bien sûr, l’évidence. La servante dans ce texte, c’est Marie. Qui donc s’assied aux pieds du maître, si ce n’est la servante ?
Marie n’est pas la contemplative, sous entendu celle qui ne fait rien et profite du Seigneur pour ne pas se remuer. Elle est la véritable servante. Nous avons déjà remarqué que d’elle on ne parle que dans l’ombre de sa sœur, qu’elle, on ne l’entend pas parler.
Aussi, si l’on veut lire cet évangile du point de vue du service, il faut bien reconnaître que Marthe qui prétend servir commande, y compris au Seigneur ! « Dis à ma sœur ». Elle lui fait la leçon ; « Cela ne te fait rien… » Elle est imbue d’elle-même sous des dehors de générosité. Elle est vraiment détestable, cette Marthe. Notre Eglise qui sait, qui fait la leçon, qui apprend au Seigneur lui-même ce qu’il faudrait faire... Elle confisque son petit pouvoir, caporal chef, au lieu d'être au service !
Quel serviteur es-tu ? Le donneur de leçon qui commande même au Maître ? Celui qui annonce la grandeur du Maître mais l’ignore et s’enferme dans ses activités pour surtout ne pas l’entendre ? Le disciple accepte de tout perdre pour être avec son Dieu. Ce qu’il faut est unique. Peut-être ne mangeront-ils pas, mais l’homme ne vit pas que de pain… Inefficace, Marie, figure de l’Eglise, comme dans tout l’évangile, celui de Luc en particulier, a saisi que ce qu’il faut est unique : l’attachement amoureux au Seigneur, à ses pieds, pour les laver de ses larmes, pauvres pieds, pieds des pauvres, pour les essuyer de ces cheveux, pieds de l’amant.

2 commentaires:

  1. Hemos leído y discutido su homilía sentados a la mesa después de cenar. Nos hemos alegrado de ver cómo desde el comienzo plantea el problema de que esta lectura "passe mal" si pensamos en una santidad accesible a todos. Su retrato de Marta como el de una Iglesia farisaica es muy interesante y da mucho que pensar sobre cómo cada uno de nosotros evitamos el encuentro con Cristo refugiándonos en el cumplimiento de las normas. Pero echamos en falta un mensaje para aquellos que andan agobiados sacando adelante sus vidas y las de sus familias

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  2. Très intéressante interprétation, je n'avais jamais vu les choses sous cet angle.

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