samedi 5 juillet 2014

Qui connaît Dieu ? Mt 11,25-30 (14ème dimanche)


Qui sont les sages et les savants dont parle Jésus, privés de la révélation ouverte aux tout petits (Mt 11,25-30) ? Evidemment, pas nous ! On peut penser aux théologiens et autres spécialistes en matière de foi. Mais nous qui n’y connaissons rien, nous avec la foi du charbonnier, c’est évident que nous sommes du bon côté. « Je te rends grâce, Père, parce que ce que tu as caché aux sages et savant, tu l’as révélé aux tout petits ».
Il ne suffit cependant pas de ne pas être un sage et un savant pour faire partie de ceux à qui Dieu ouvre ce qu’il cache aux autres. Une opposition n’est pas forcément exclusive. On peut être ni sage ni tout petit ; on peut être sot ou ignorant. C’est même curieux que Jésus fasse de tout petit l’antonyme de sage et savant. Les petits ne sont pas tous des ignorants, loin s’en faut ! Y a-t-il ici beaucoup de sages et de savant ? Y a-t-il ici beaucoup plus de tout petits ? Peu importe. Nous sommes invités à écouter la parole de Jésus. Elle nous concerne. Serait justement sage et savant celui qui ne se sentirait pas concerné. Imaginer qu’une parole de Jésus ne nous concernerait pas signe que nous sommes des sages et savants, imbus d’eux-mêmes et de leur savoir.
La formule de Jésus est très curieuse qui manie le paradoxe. Est savant celui à qui les choses sont cachées, et tout petit, celui à qui elles sont révélées ! Pour faire partie des tout petits, il faut prendre pour ce qui est dit des sages et savants. En effet, celui qui croirait que la révélation lui est ouverte, qui n’aurait plus besoin d’écouter, celui-là est en fait de ceux auxquels c’est caché, puisqu’il estime ne pas avoir besoin d’écouter cette parole de Jésus. La parole de Jésus ne le concernerait plus puisque déjà… il la connaîtrait, serait sage et savant.
Autrement dit pour suivre Jésus, il faut renoncer à tout savoir, à toute sagesse. Pas seulement de paroles, mais en actes. Nous sommes des ignorants, nous n’avons jamais entendu la parole de Jésus, et c’est pourquoi elle nous est adressée. Nous sommes des ignorants, nous qui prétendons connaître Jésus et sa parole, et ainsi la parole nous est adressée. Penser le contraire, c’est être des sages et des savants, ce qui nous conduit à ne rien savoir puisque tout nous est caché. Jésus est le maître de la parole et du paradoxe !
A lire Platon, le véritable philosophe, et donc tout homme, sait qu’il ne sait pas. Socrate a comme Jésus eu maille à partir avec ceux qui prétendent savoir. Socrate, comme Jésus sait que le véritable savoir est l’ignorance. Ce qui est visé, par l’un comme par l’autre, c’est l’attachement à nos certitudes, nos petites, ou grandes théories. Et comme disait un confrère d’un séminariste, il tient d’autant plus à ses idées qu’il n’en a pas beaucoup. Ce n’était pas très gentil mais pourtant vrai. Nous avions en face de nous un Monsieur je sais tout, sûr de lui, et bien peu cultivé… Il en est d’autres, anguilles, qui revendiquent la foi du charbonnier ; leur ignorance prouve qu’ils ne sont pas savants. Cela ne les empêche pas de se faire donneurs de leçons comme s’ils étaient professeurs patentés.
Il faut se préparer à entendre quelque chose de neuf. Ce n’est pas du connu, même pour nous, la parole de Jésus. Et aujourd’hui, en termes de nouveauté, nous ne serons pas déçus ! Voilà que même les fardeaux peuvent être légers ! Jésus continue dans le paradoxe. Mais n’est-ce pas la seule manière pour parler du Père et de ce qu’il révèle. « Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »
Une révélation, mieux, une transmission, ce que l’on appelle une tradition. Ce que le Fils nous livre, c’est la connaissance du Père. Et vous remarquez que cette connaissance n’est pas explicite dans le texte. Nous voilà refaits. Nous étions enfin disposés à écouter, et il n’y a rien à entendre ! Enfin, pas tout à fait. Il y a le paradoxe, il y a la parabole du fardeau léger et du joug facile.
Parler du Père ne se fait pas en termes descriptifs ou en définitions. Parler du Père met le langage en folie. Le langage de la croix est croix du langage. Parler de Dieu, se fait par l’attestation d’une vie pour laquelle la vie avec Dieu est légèreté et libération. C’est peut-être une évidence pour nous. Ce n’est l’est pas pour tous. Combien pensent que suivre Jésus est une exigence que rejette le laxisme des dilettantes ? Combien craignent Dieu, ont ou ont eu peur de Dieu ?
Il faut être petit, tout petit, pour parler de Dieu. Etre petit signifie tout ignorer, ne plus rien savoir, y compris à propos de Dieu et de nous mêmes. Le fardeau pesant (pléonasme !), ce peut être nos certitudes. Le chameau qui porte et qui dit « je dois », qui serre les fesses ou les dents. Le lion qui dit « je veux » et qui impose à tous son point de vue. Le fardeau léger (paradoxe !) c’est le rejet des savoirs. Reste à devenir l’enfant dont la légèreté et la souplesse lui permettent de danser, de jouir de la vie sans ce préoccuper de demain. Le Royaume est à ceux qui leur ressemble, non qu’ils soient meilleurs que les autres, mais qu’ils osent faire confiance, par exemple au savoir de l’autre, de Jésus. La tradition de Jésus, c’est la libération et la légèreté.



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