jeudi 3 juillet 2014

Se marier pour suivre Jésus



L’enseignement du dernier concile, particulièrement dans Gaudium et spes, résonne comme quelque chose de proprement surprenant, comme une bonne nouvelle. Avec la défense des valeurs familiales, on l’avait presque oublié ! Le mariage n’est pas tant la source d’un modèle familial que le chemin certains d’entre nous choisissent pour vivre en disciples[1].
Non seulement, on pourrait être disciples de Jésus en étant mariés, mais plus encore, on trouverait dans le mariage un chemin privilégié pour être disciples de Jésus, un moyen privilégié vers la sainteté. Cela n’ajoute rien à la grandeur de l’amour humain, mais en dit de façon peut-être inattendue, au moins pour nombre de ceux qui préparent leur mariage, la dimension proprement chrétienne. Non pas un petit coup de badigeon religieux sur une réalité humaine, mais l’évangile qui pénètre au plus profond nos conditions de vie. Il s’agit d’un acte de foi. Nous croyons que la vie à deux et en famille est un chemin de conversion, de sainteté.
Le mariage c’est, comme toute vie, un chemin de décentrement, de mort à soi. Celui qui ne prend pas sa croix ne peut pas être mon disciple (Lc 14,27). Tout ne tourne pas autour de moi ; mon vouloir et mon pouvoir sont bien limités. Le vœu d’obéissance des religieux dit la même chose autrement. Et dès qu’on a des enfants, on sait bien que l’on ne fait plus ce que l’on veut. Un autre te mettra ta ceinture et tu iras là où tu ne voulais pas aller (Jn 21,18). Le chemin du serviteur passe bien souvent par de banals trajets en voiture !
Evidemment, ce n’est pas très romantique et moins jubilatoire que la naissance des enfants. Il ne s’agit pas de mépriser la jubilation des corps, de leur fécondité, des enfants qu’on voit grandir. Mais le mariage conduit sur un chemin de déprise. Je ne me possède pas, c’est des autres que je reçois la joie et la vie. Le vœu de pauvreté des religieux dit-il autre chose ? J’ai en outre la responsabilité d’offrir à chacun le cadre où il peut recevoir la joie.
Reste la chasteté ? Et là encore, il s’agit d’une mort. Sans mort qui ressusciterait ? Les autres ne sont pas à ma disposition. Mon conjoint doit-il s’adapter à mon rythme, celui de mes désirs, fringale ou petit appétit ? Mes enfants doivent-ils penser comme moi, partager nos valeurs ? Laisser les autres exister pour eux-mêmes, jusqu’à penser qu’ils n’ont pas besoin de nous pour faire leur vie, ou du moins, que je dois les respecter jusqu’à me retirer peu à peu pour qu’ils aient l’opportunité d’inventer les chemins périlleux de leur bonheur.
Le mariage célébré par le sacrement est un chemin de dénuement où l’on reçoit de Dieu d’être saints comme il l’est, d’être ses disciples. Autrement dit, il est un chemin privilégié pour vivre le commandement du Seigneur : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés[2].


[1] Tant que la sexualité est regardée comme peccamineuse, tant que l’état de vie seul digne de l’évangile est celui des consacrés, il est difficile à l’Eglise de ne pas considérer le mariage que comme ce qui rend licites les paraît-il incontournables pulsions sexuelles en offrant à la procréation un cadre stable.
[2] Pour ne pas commencer ce texte sur une partie qui aurait pu apparaître trop négative, je rapporte, en note seulement et pour finir, les objections aux raisons souvent avancées pour justifier le mariage à l’Eglise.
Serait-ce une évidence qui s’impose ? Il y a rien de moins évident à se marier, même à l’Eglise, lorsque près d’un couple sur deux divorce. Il n’est pas prouvé que les mariages célébrés religieusement tiennent plus que les autres. Et que l’on veuille bien croire que la quasi-totalité de ceux qui se marient le font honnêtement. S’il n’y avait que les gens pas sérieux pour divorcer, quelle sécurité ce serait pour les autres !
Serait-ce par tradition ? Reconnaissons que la tradition, on en prend et on en laisse ; pourquoi maintenir celle-ci et en abandonner d’autre ?
Serait-ce alors les valeurs ? Mais y a-t-il des valeurs spécifiquement chrétiennes ? Lesquelles ?
S’agirait-il alors de demander la protection de Dieu ? Ne fait-il pas lever son soleil sur les bons comme sur les méchants (Mt 5,45). L’amour de Dieu est assuré à tous quels que soient leurs choix.

4 commentaires:

  1. Se marier et "vivre le commandement du Seigneur, 'Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés ' ", OUI! Pourtant, tant pis, j'ose le dire, je n'ai jamais compris pourquoi le mariage devait être un sacrement. Sans vouloir projeter mes propres questionnements sur les autres, il me semble que nombreux sont les mariés qui ne saisissent pas vraiment le sens du mot sacrement. Et quand nous nous sommes mariés, j'étais en catéchuménat, j'ai "accompagné mon mari à l' église ", selon ce que m'a dit le prêtre et j'ai reçu le sacrement de baptême après le mariage. Concernant notre mariage, au vu des lois en vigueur dans l'Eglise, je ne sais pas "ce que "vaut" notre mariage...Cecit dit, depuis plus de trente ans, cela ne m'a pas vraiment tourmentée. ( je suis devenue très pratiquante mais hélas, mon mari qui l' était qd je l'ai connu a pratiquement "tout" délaissé...)

    RépondreSupprimer
  2. La sacramentalité du mariage est une drôle d'affaire historiquement. Je ne sais pas jusqu'où j'irais pour la défendre, et pas seulement pour des rasions œcuméniques.
    Mais enfin, vivre l'aventure de la responsabilité d'une famille comme suite du Christ, ce n'est sans doute pas banal, ni parmi ceux qui se marient, ni parmi les chrétiens.
    Signe visible de l'amour de Dieu, efficace même si l'on veut reprendre les termes de la vulgate catéchétique, puisque vivre cette aventure peut être un chemin de configuration dans la foulée du baptême et de la confirmation...
    Il ne s'agit pas dans ces lignes de répondre à vos questions,voire de prétendre y apporter une solution. Seulement quelques pistes...

    RépondreSupprimer
  3. J'aime bien le titre de votre billet, sans doute parce qu'il rejoint l'expérience de couple qui est la mienne, la nôtre. Pour prolonger la célèbre phrase d'Aragon « que serais-je sans toi », je peux écrire : que serait ma relation à Jésus sans elle… Que serait l'expérience de l'amour intime et profond qui débouche bien plus grand que soi-même.
    La vie sexuelle du couple est une des composantes parmi d'autres. D'où vient donc que l'église ait accordé tant de place à cet aspect-là, la plupart du temps pour le vilipender si ce n'est le dénigrer, et même tenté de le « réglementer » (perversion quand tu nous tiens !), alors que pour importante qu'elle puisse être comme manifestation d'amour, l'activité sexuelle n'en est pas la composante la plus essentielle.

    Sur l'aspect « sacrement » je suis un peu comme Else (le 1° commentaire), cela ne fait pas vraiment sens pour moi. Autant je garde en moi la valeur d'engagement de ce qui s'appelle « l'échange des consentements », autant j'ai eu le sentiment d'un Dieu qui s'engageait à nos côtés, mais, je dirais, parce que c'est sa raison d'être ! Quand on est Amour… Pourrait-on faire autre chose ?… Et en même temps… Je ne lui demande rien, en termes d'accord/désaccord… J'engage, nous engageons, nos libertés avec l'espoir « que ça dure… ».
    Ceci amène forcément la problématique divorce. Je ne m'engagerai pas dans ce débat à l'occasion de votre billet si juste, et qui mérite tout son intérêt par ses aspects inspirés, mais qui écarte la question…
    Juste une remarque : je suis dans la totale incompréhension (avant j'étais dans la révolte à ce sujet… ) de la dureté de l'église sur ces questions. Je n'y retrouve en rien le Jésus que je connais (croit connaître). D'autant que l'église, en matière de moeurs, a beaucoup à balayer encore devant sa porte… Mais, sur le fond des choses, c'est bien au-delà de ça !

    Quand Jésus dit : "Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni", il répond à ceux qui tendent de l'enfermer dans un débat juridique, alors que c'est un autre niveau. J'entends cette phrase comme une exhortation, comme un désir intense pour l'homme et la femme et la beauté de l'amour conjugal. Pas comme une condamnation avec châtiment à l'appui. Pour qui se prennent les têtes pensantes et dirigeantes de votre église pour condamner ceux qui n'y sont pas arrivés à faire durer et magnifier leur amour et qui en souffrent, parfois si cruellement, pour en plus charger leurs épaules d'horribles condamnations…!
    Que d'errances selon moi !

    RépondreSupprimer