dimanche 24 août 2014

Je te donnerai les clefs du Royaume (Mt 16,19) 21ème dimanche



Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. (Mt 16,19)
Je ne sais pas si pour vous ces propos sont clairs, mais pour moi, ils demeurent une énigme. Bien sûr, je connais comme vous l’interprétation pétrinienne du verset, papiste pour dire les choses plus communément et de façon assez péjorative. Mais il fallu des siècles pour que l’évêque de Rome comprenne ces mots comme lui étant destinés et les confisque pour fonder son pouvoir. Ma question, mon étonnement, mon embarras portent sur le sens que Jésus a bien pu donner à de ses propos.
Ils semblent s’éclairer si on les place dans un contexte de fin des temps, d’apocalypse. La tension entre le ciel et la terre, l’usage du futur, l’expression clefs du royaume, tout cela nous y invite. Aussi, Pierre reçoit-il un rôle eschatologique. L’iconographie le montre, mais ne nous explique encore rien.
Que veulent dire lier et délier ? Comment quelque chose de lier dans l’histoire pourrait-il le demeurer dans le Royaume ? Quelle est la mission de Pierre de lier et délier ? On peut sans doute dire, quelle est la mission de l’Eglise pour lier et délier, puisque Pierre ici, ne semble faire qu’un avec l’Eglise de Jésus, son Eglise. L’Eglise n’existe pas, c’est toujours l’Eglise de Jésus, ecclesiam suam. L’Eglise, dès lors qu’elle ne serait pas liée à Jésus, ne serait plus l’Eglise.
Tiens ! Qu’est-ce que je viens de dire ? L’Eglise est attachée à Jésus ou n’est pas. Si ce qui était déjà ou d’abord attaché, ou ce qui devrait l’être, c’était l’Eglise. Ainsi, Pierre et l’Eglise attacheraient ou non l’Eglise à Jésus, et cela durerait jusque dans le Royaume. Mais alors, la promesse eschatologique ne parle pas du pouvoir de l’Eglise sur les autres, mais de sa fidélité à elle, comme étant ou non du Christ, comme étant ou non elle-même.
Pierre n’est pas un vis-à-vis de l’Eglise, mais il la représente, la condense. Chaque fois que la communauté des Douze, pour prendre une autre expression eschatologique, celle du peuple de Dieu rassemblé, lie ou délie, elle se lie ou se délie de son Seigneur.
Ainsi, Pierre, l’Eglise, se lie bien sûr aux Juifs qui ont reconnu Jésus, comme Pierre-même, et se détache des autres. Ainsi, Pierre, l’Eglise, se lie aux païens qui reconnaissent Jésus et secoue de ses sandales la poussière ramassée chez ceux qui ne veulent rien entendre de Jésus. Question d’amour et de liberté, tout à la fois, se lier et se délier, s’attacher et être libre.
Vous direz peut-être que délier, c’est ce que fait Jésus dans les miracles d’exorcisme. Et la version johannique va dans ce sens. Délier, c’est libérer de ce qui attache au mal. On comprend alors que toutes les victoires des disciples de Jésus, de son Eglise, pour détacher ceux qui sont la proie du mal et les en délier, délivrer, cela ait un sens non seulement pour aujourd’hui, mais aussi dans la logique du dernier jour. Une victoire de la liberté du Royaume est expression de la résurrection de Jésus, et vaut aujourd’hui et demain.
Mais qui l’Eglise pourrait-elle bien lier, puisque Jésus semble lui-même n’avoir attaché personne, pas même ses ennemis, qui eux, l’ont attaché ?
Notre texte liturgique tel qu’il est coupé ne permet pas de répondre. Mais nous aurons la réponse la semaine prochaine. Nous l’avons déjà cependant ; c’est elle-même qui se délie de Jésus, qui est l’Eglise et non son Eglise, lorsque ses pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celle des hommes : Passe derrière-moi, Satan !
Jésus s’en remet à son Eglise. Il va disparaître, parce qu’il comprend qu’il va être tué, que tout cela finira mal. Il faut que son Eglise soit construite sur le roc, qu’elle ne s’effondre pas à la moindre bourrasque, comme ceux qui écoutent la parole sans la mettre en pratique. Jésus s’en remet à la confiance qu’il a en ses disciples, Jésus se lie à eux jusqu’à l’extrême. Ce qu’ils feront aura sens dans le Royaume. Ce que fera l’Eglise a sens pour le Royaume. Qu’elle soit liée à son Seigneur et délie les enchaînés, qu’elle écoute la parole et la mette en pratique. Elle aura permis que l’on construise sa vie sur du solide.





-En cette fête de saint Barthélémy, nous te prions pour ton Eglise, Seigneur. Que les chrétiens des différentes confessions cherchent sans relâche la paix entre eux et entre tous les hommes. Nous sommes perdus, délie-nous de la haine !
-Nous te prions, Seigneur, pour notre monde qui continue de se déchirer. Chaque jour, c’est comme si l’on découvrait un degré supérieur dans l’horreur dont nous sommes capables… Nous sommes perdus, attache-nous à toi !
-Nous te prions pour les malades, ceux qui souffrent et n’en peuvent plus. Viens les sauver, détache-les de ce qui les entrave dans leur désir de vivre !
-Demain, la fête de saint Louis nous donne l’occasion de prier pour notre paroisse en cette année du 800ème anniversaire de sa naissance. Donne-nous, Seigneur, de reprendre nos activités ordinaires dans la fidélité à notre vocation. Viens nous sauver, nous lier à toi pour toujours !

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