vendredi 5 septembre 2014

Un seul mot d'ordre pour la rentrée : charité. (23ème dimanche)


En quinze jours, nous lisons les deux seules mentions du mot Eglise dans l’évangile de Matthieu. Sur le roc, Jésus bâtit son Eglise, comme celui qui écoute la parole et la met en pratique, et non comme un fou, sur le sable.
Malgré cela la communauté de l’Eglise est traversée par des dissensions. C’est prévu semble-t-il depuis le début, au moins depuis les années de rédaction de l’évangile, vers 80, si l’on refuse de faire remonter ces propos à Jésus lui-même.
On aurait pu rêver mieux comme texte (Mt 18,15-20) pour nos retrouvailles après la dispersion de l’été que ces conseils, quasi réglementaires. Mais il faut être réaliste. Même avec les meilleures bonnes intentions, on n’est pas à l’abri des conflits. L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit la sagesse populaire.
Rien de mieux alors que de l’humilité, loin de l’enthousiasme naïf et de l’envie de propos qui réchauffe le coeur, pour la reprise de notre vie de communauté, les petits moyens qui ne ressemblent à rien, et qui pourtant garantissent le respect des personnes et la charité.
Un problème ? C’est inévitable. On en parle, premièrement. On ne garde pas cela comme un poids sur l’estomac. Mais on en parle, deuxièmement, à la personne concernée ou à deux ou trois, pas plus. Tout le reste ne serait que rumeur, médisance, commérage.
« L’expérience nous dit qu’il y a tant de péchés contre l’unité. Et nous ne pensons pas seulement aux schismes, nous pensons aux fautes très communes dans nos communautés, aux péchés "paroissiaux", à ces péchés dans les paroisses. Parfois, en effet, nos paroisses, appelées à être des lieux de partage et de communion, sont tristement marquées par les convoitises, les jalousies, les antipathies... Et les commérages sont à la portée de tous. Combien y a-t-il de commérages dans les paroisses ! Cela n’est pas bon. […] Cela, ce n’est pas l'Eglise. Cela ne doit pas se faire, nous ne devons pas le faire ! Il faut demander au Seigneur la grâce de ne pas le faire. Cela a lieu […] lorsque nous plaçons au centre nous-mêmes, avec nos ambitions personnelles et nos façons de voir les choses, et que nous jugeons les autres ; lorsque nous regardons les défauts des frères, plutôt que leurs qualités ; lorsque nous donnons davantage d’importance à ce qui nous divise, qu’à ce qui nous unit...
« Face à tout cela, nous devons faire sérieusement un examen de conscience. Dans une communauté chrétienne, la division est l’un des péchés les plus graves, car il fait d’elle le signe non de l’œuvre de Dieu, mais de l’œuvre du diable, qui est par définition celui qui sépare, qui détruit les relations, qui insinue les préjugés... La division dans une communauté chrétienne, que ce soit une école, une paroisse, ou une association, est un très grave péché, car elle est l’œuvre du Diable. Dieu, en revanche, veut que nous grandissions dans la capacité à nous accueillir, à nous pardonner et à nous aimer, pour ressembler toujours plus à Lui qui est communion et amour. C'est en cela que réside la sainteté de l’Eglise : dans le fait de se reconnaître à l'image de Dieu, comblée de sa miséricorde et de sa grâce. » (François, Audience du mercredi 27 août 2014)
Il ne s’agit pas de faire une leçon de morale, même en citant le Pape. Il s’agit de l’identité même de l’Eglise. Comment pourrions-nous confesser, comme nous allons le faire dans un instant, la sainteté de l’Eglise et ne pas pratiquer l’ascèse qui mène à la sainteté ? Non pas les jeûnes, les prières ou autres actes de dévotion, mais l’ascèse de la langue et du regard sur l’autre, l’ascèse de la lutte contre le mal. Délivre-nous du mal ne peut être notre prière qu’à nous avoir déjà convaincus de la nécessité de lutter contre le mal.
Les Pères du désert savaient cela, il y a seize siècles. N’importent pas les grands signes de dévotions, prières prolongées, jeûnes, veilles et sacrifices, si la charité n’irrigue pas notre vie. C’est l’hymne à la charité de Paul. J’aurais beau avoir la foi jusqu’à transporter les montagnes, j’aurais beau donner tous mes biens aux pauvres, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. La source de tout cela, c’est bien sûr le commandement du Seigneur, de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés.
Tant qu’on est d’accord entre nous, tout va bien. Mais nous ne sommes pas toujours d’accord. Alors on se le dit, Il faut le dire avec tact et discrétion. Discrétion ne veut pas dire secret, ragot ou commérage, mais respect les uns des autres. Si la charité ne nous habite pas, mieux vaut se taire, entrer bègue ou aveugle dans le Royaume qu’avec une langue aiguisée ou un œil perçant dans la géhenne.
Alors, un seul mot pour cette rentrée, pour la sainteté de l’Eglise, la vie de notre communauté et l’annonce de l’évangile : Charité. C’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres que nous serons reconnus comme ses disciples, son Eglise.

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