jeudi 13 novembre 2014

La parabole des talents Mt 25,14-30 (33ème dimanche)

Nous connaissons cette parabole par cœur (Mt 25,14-30). J’y relève cependant quatre propos très rarement commentés. Si l’on devait nous demander de raconter la parabole, il est probable que nous aurions omis l’un ou l’autre, sans même nous en apercevoir.
-     Lorsqu’il revient de voyage, le maître demande des comptes. La traduction édulcore quelque peu. Il faut traduire : le maître « règle ses comptes avec eux ».
-     Le troisième serviteur nous fait un portrait de son maître, passage important puisque l’évangéliste fait répéter ce portrait par le maître qui cite littéralement le serviteur : « Tu savais que j’étais un homme dur, que je moissonne là où je n’ai pas semé, et ramasse où je n’ai pas répandu. » Bref, le maître apparaît comme un homme sévère, âpre aux gains voire voleur. Ne faut-il pas être voleur pour moissonner dans un champ que l’on n’a pas ensemencé, sans doute le champ du voisin ?
-         La conclusion en forme de sentence, de sentence de mort, est terrible : « Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents ! »
-      Cette conclusion, enfin, est précédée par une sorte de proverbe qui étonne : « Car celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. » Quelle drôle de règle, de justice ? C’est exactement ce qui se passe dans notre monde où les inégalités ne cessent de se creuser. Les riches sont toujours plus riches et les pauvres plus pauvres. On a vu cela encore avec la crise économique que nous traversons.
Le maître donc règle ses comptes, est un voleur implacable, condamne à mort et organise le monde pour être toujours plus riche, favorisant ceux qui ont le plus de moyens, chaque serviteur ayant reçu, ainsi que le précise le texte, « selon ses capacités ».
Or c’est bien évidemment Dieu que le maître de cette parabole représente...
Là, il faut marquer un temps d’arrêt. Que dit Jésus ? Qu’est-ce qu’il raconte ? Il voudrait nous faire détester le Père qu’il ne s’y prendrait pas autrement ! Qui donc peut voir dans la parabole des talents une bonne nouvelle, un évangile, si Dieu est comme ce maître ?
La seule solution que je voie pour que Dieu ne soit pas ainsi défiguré, c’est de lire la parabole comme anti-discours. Ce n’est pas l’avis de Jésus que nous entendons ; il ne fait que répéter ce que partout il entend. Jésus agit comme le maître de la parabole qui répète ce que raconte le serviteur. Rien ne dit ‑ au contraire ! ‑ que le maître de la parabole et Jésus accordent foi à ce qu’ils ne font que répéter. C’est tout à fait explicite chez Luc (19, 12-27).
Qui pense autant de mal de Dieu ? Evidemment ses adversaires ! Mais si l’on en croit l’ouverture de tout ce discours en paraboles, c’est à ses disciples que Jésus s’adresse. Comment les disciples de Jésus peuvent-ils ne pas réagir à pareille parabole ? Comment peuvent-ils, pouvons-nous, ainsi penser ?
Si les athées refusent de mettre leur foi en un tel Dieu, nous ne pouvons que leur donner raison. Mais si les disciples tirent ainsi le portrait de leur Dieu, c’est la fin de l’évangile et il ne reste que les sans-Dieu pour sauver Dieu. C’est un comble !
Comment les disciples peuvent-ils avoir une telle idée de Dieu ? C’est qu’ils croient en la théologie de la rétribution. Ils croient que le salut s’obtient de ce que l’on fait. Alors, voyant le peu qu’ils ont fait, ils ont peur, parce qu’ils savent que Dieu est un maître dur qui récolte là où il n’a pas semé. Quelle horreur !
Dieu, une fois encore, n’est pas ce que nous croyons. Imaginez le troisième serviteur venir avec l’unique talent reçu, courir vers Dieu pour se jeter dans ses bras et lui dire, tout joyeux ou en pleurs, selon son caractère. « Père, Papa, ton absence a été si longue. Sans toi, nous ne pouvons rien faire (Jn 15,5). Sans toi, je suis perdu et stérile. Sans toi, ma vie est mort qui ne produit rien. Alors je te bénis de ce qu’enfin tu reviennes. »
Si ce troisième serviteur s’était ainsi avancé vers le maître, que se serait-il passé ? La parabole ne le dit pas. Elle nous oblige à l’imaginer pour que, une fois au moins, nous disions du bien de notre Dieu, nous soyons convertis au et par le Dieu d’amour.
C’est parce que nous ne croyons pas en Dieu que nous sommes capables de parler de talents à faire fructifier, de faire dire à l’évangile que Dieu attend de nous que nous développions nos talents. Morale de bourgeois qui prie chaque dimanche mais ne s’est jamais laissé évangéliser. Et il y aurait du laxisme ou de l’abandon de la doctrine à changer notre discipline ecclésiale ? Pharisiens hypocrites, qui jugeons autrui au nom d’une doctrine aussi défigurée que le maître de la parabole ! Nous ne croyons pas en Dieu, la preuve, cela ne nous gène pas d’entendre qu’il règle ses comptes, est voleur, accroît les injustices et jette les hommes en enfer. Où est l’amour ? Même les athées n’osent pas penser aussi mal de Dieu…

22 commentaires:

  1. Bonjour Patrick,

    Ca me gêne d'entendre que Dieu règle ses comptes, est voleur, accroît les injustices et jette les hommes en enfer. La parabole des talents me gêne, elle me révolte: le maître est un salaud, Dieu est présenté comme un salaud.
    Dans ton homélie, tu mets bien cela en évidence. Mais je ne te trouve pas convainquant dans ton interprétation de cette parabole. Tu expliques que Jésus ne fait que renvoyer aux disciples l'image fausse qu'ils ont de Dieu, mais je ne vois rien dans le texte qui aille dans ce sens.
    En fait si, il y a un seul petit point qui va dans ce sens: c'est le 3ème serviteur qui prend l'initiative de décrire le maître comme un salaud. Mais ça me semble trop peu pour retourner le sens de la parabole (même en allant chercher chez Luc 19, qui n'est tout de même pas très favorable au maître).


    A l'inverse, j'avais été convaincu et touché par ton commentaire de la parabole du semeur : le semeur sème, en abondance, sur toutes les parcelles. Je comprenais que tu en fasses le pivot de cette parabole, le message à retenir, qui dévoile Dieu.
    Mais cette fois, j'ai du mal à suivre. Tu as un indice supplémentaire ?

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    1. Tu ne vois pas dans mon texte que Jésus renvoie les disciples à leur fausse image de Dieu ?
      Je vais essayer de te le montrer.
      Comme je le dis, il faut demander à Jésus ce qui lui prend de raconter pareille histoire. C'est le point de départ de ma lecture. Qu'est-ce qui lui prend à parler ainsi de Dieu ? Je fais remarquer que le Dieu voleur revient par deux fois dans le texte, dans la bouche du serviteur et dans celle du maître lui-même qui répète. C'est donc un passage incontournable.
      L'évangile de Luc auquel je renvoie dit : "Serviteur mauvais, je vais te juger selon tes paroles". Cela est pour le moins un indice de ce que ma lecture est justifiable. (OK, on pourra contester que deux synoptiques peuvent avoir grâce à leurs variantes des sens différents, mais on reprendra cette question ailleurs, ici, j'appuie un synoptique sur l'autre.)
      Voilà, le serviteur pour lequel le texte nous avait fait avoir des sentiments d'empathie parle mal de Dieu et nous ne l'avions pas même vu. Plus subtilement, tout depuis le début du texte, parle mal de Dieu (régler ses comptes par exemple). Là non plus, nous n'avions pas vu. Voilà pourquoi je dis que Jésus nous renvoie à la figure la sale image que nous avons, nous disciples, du maître.
      Quand on replace cette parabole dans son contexte, la fin de l'évangile de Mt, assurément, on est dans l'ambiance de la fin des temps. Et la fin des temps est échec pour ce troisième serviteur. Pourquoi ? Où réside sa faute ? A n'avoir rien fait, comme le laisse entendre la mise en scène des deux premiers serviteurs ? C'est très tentant comme explication, mais alors, personne ne sursaute aux quatre points problèmes, hautement problématiques, que je relève au début.
      C'est pour cela que je cherche une autre solution. Evidemment, cela a pour conséquence que j'abandonne la lecture de "faire fructifier ses talents, le don de Dieu en nous". Je prétends même que c'est hors sujet. Je vais jusqu'à dire qu'à assumer pareille lecture, on ratifie le sale portrait fait à Dieu, et que lire la parabole des talents en parlant de faire fructifier ses dons, c'est manifester que nous ne croyons pas en Dieu puisque nous pouvons l'insulter.
      Alors je lis la parabole comme la mise en intrigue d'un échec de la théologie de la rétribution. S'il s'agit d'une parabole de la fin des temps, on est en plein dans le cœur du sujet. Mais la fin des temps n'est pas ce que nous aurons fait, mais le don de Dieu. Et la parabole, en nous menant droit dans le mur, nous oblige à changer notre lecture.
      Elle nous oblige à nous convertir, à faire demi-tour. Pour protester. Non, Dieu n'est pas ainsi. Mais alors, la fin des temps n'est pas affaire de calculs. Mais alors, les trois serviteurs auraient dû crier à Dieu leur joie de son retour, enfin...
      Il manque le quatrième serviteur. Celui qui répondra correctement. Ce quatrième serviteur, c'est chacun de nous. Que diras-tu au père lorsqu'il apparaîtra ? Tu seras content toi ? Tu l'injurieras ? Tu te jetteras dans ses bras, en pleurs ou tout heureux, selon ton caractère ?

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  2. Merci pour ta réponse, qui vise peut-être un peu à côté à cause d'une ambiguité dans mon commentaire précédent. Quand j'écrivais "je ne vois rien dans le texte qui aille dans ce sens", je désignais la parabole, et non ton homélie.
    Je pense que j'ai bien compris ton homélie, même si la clarification que tu viens d'apporter me précise encore les choses. Mais l'impression que j'en ai, c'est que tu vois dans la parabole ce que tu veux y voir et non pas ce qui y est (désolé si ça paraît un peu agressif comme formulation).

    Pour essayer d'être clair: Oui, la parabole désigne Dieu comme abject. Mais Non, la parabole ne disqualifie pas cette image de Dieu. Certes, c'est le serviteur le premier qui dit que le maître est un voleur. Mais dès le début de la parabole, c'est le maître qui donne à chacun selon ses capacités, puis qui vient régler ses comptes. Donc ce n'est pas à cause de l'initiative du serviteur que le maître se conçoit comme voleur. Il est déjà abject, dès le début de la parabole.

    La théologie de la rétribution est certes disqualifiée par cette Parabole, ce qui me semble être en phase avec la foi de l'Eglise (seule la grâce nous sauve !)
    Mais pour autant, ton commentaire ne me convainc pas vraiment. Je trouve ça un peu facile de dire: le maître ne correspond pas à ce que je crois de Dieu, donc je dis que le maître est une contre-image de Dieu.
    Comment commenter l'Ecriture sans fondamentalisme, mais sans non plus y lire ce qu'on veut lire ? C'est le questionnement qui me vient, en lisant ton homélie.

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    1. Quand tu lis un texte et qu'il te mène dans le mur, quand tu sais par ailleurs que ce texte est fait pour t'aider à découvrir Dieu, tu fais quoi ?
      La même chose que lorsque tu ne comprends pas ce que te disent ceux que tu aimes. Tu cherches. Tu ne remets pas en cause leur propos, tu ne remets pas en cause leur amour, alors tu es obligé d’interpréter.
      Et le texte ici réserve une quatrième place, certes non explicite dans la parabole, mais tout a fait explicite dans l'ensemble de ces chapitres où Jésus parlent aux disciples. On ne peut pas les oublier, ceux-là. Pas plus qu'on ne peut oublier Jésus.
      Un discours, c'est toujours quelqu'un qui dit quelque chose à quelqu'un sur quelque chose. Le quadrilatère du langage. Je propose juste qu'on n'oublie pas le "à quelqu'un".
      Après ou avant, peut se poser la question de la légitimité de l'interprétation. En ce qui concerne les Ecritures, je cite Augustin :
      "Quiconque donc, s’imagine qu’il a compris les divines Ecritures ou telle partie d’entre elles, sans édifier, par l’intelligence qu’il en a, l’amour de Dieu et du prochain, ne les a pas comprises. Quiconque, en revanche, tire de son étude une idée capable d’édifier l’amour dont je parle, sans rendre pourtant la pensée exacte de l’auteur dans le texte qu’il lit, ne fait pas d’erreur dangereuse, ni ne commet le moindre mensonge."
      Tu trouveras peut-être que c'est une invitation à lire ce qu'on veut. Pas si sûr...

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    2. Merci pour ta réponse, qui m'éclaire bien au-delà de la parabole des talents.

      On aurait pu aussi avoir une autre interprétation de la parabole, qui ne soit pas une théologie de la rétribution: Le don des talents, c'est le don de Dieu. Celui qui accepte de recevoir ce don en profite en abondance. Celui qui refuse ce don et l'enterre, s'entraîne lui-même dans sa perte.
      Bien entendu, cette interprétation butte sur d'autres points. Notamment que le maître donne à chacun selon ses capacités. Mais chez Luc, le maître donne 1 mine à chacun: il donne tout à chacun ??

      Mais bref. En tout cas merci

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    3. La parabole de Luc est encore plus terrible. Mais comme la lecture morale est moins aisée, ne serait-ce que parce que l'on ne parle pas de talent, on ne la lit jamais. Elle embarrasse nettement plus.
      Je ne suis pas convaincu par la lecture de l'autofermeture à la grâce, qui est encore une forme de rétribution. Dieu est seulement disculpé. Mais c'est le pauvre type, celui qui n'a pas de moyen, qui se ferme comme par hasard ! Non, je n'en veux pas non plus. C'est d'une part encore trop moral, et ce que je n'aime pas dans le texte de Balmary, et d'autre part, l'image encore bien injuste du Dieu juste.
      Merci à toi.

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  3. Je recopie quelques réponses à des remarques faites sur FB
    Je demeure peu convaincu par la traduction de Balmary « il lève ensemble le logon avec eux ».
    OK, le maître donne la parole à chacun, OK chacun fait un compte-rendu. Mais cette prise de parole n’en est pas une. Aucun n’entre en dialogue avec le maître ou lui dit merci. Aucune parole du genre : « Seigneur, nous ne t’attendions plus. Ton départ était départ et quelle bonne nouvelle que ton retour. Regarde ce que nous avons fait. Nous avons grâce à ton don réussi à vivre de toi, même absent. Merci pour tout ce que tu nous avais laissé. » Ou au contraire, « heureusement que tu es revenu, nous n’y arrivions qu’avec tant de peines. »
    Non, rien de tout cela, mais seulement le compte-rendu, les comptes rendus.
    C’est seulement le 3ème serviteur qui ose une autre parole. Bon, ce n’est pas la bonne. C’est sa peur qui explose. Mais lui au moins s’empare de la parole qu’ils avaient ensemble. Ce n’est pas un béni-oui-oui.
    Je ne crois pas que l’on puisse sortir le texte de son atmosphère négative par une affaire de traduction. Mais nous butons avec M. Balmary sur les mêmes choses. Et là est l’important. Le texte est composé et lu en forme d’énigme ; je ne la résous pas comme Balmary.
    Là où je suis plus circonspect, c’est sur la lecture qu’elle fait du 3ème serviteur (Nous irons tous au paradis, 184 ss.), c’est-à-dire sur la lecture théologique. En accréditant que les deux premiers sont bons serviteurs, on entre dans une logique morale, celle du jugement et de la rétribution. C’est encore trop catholique ! C’est encore trop bourgeois ! C’est ce que j’avais reproché à ce livre. Il parle du jugement et du mal du côté du bourreau, jamais du côté de la victime. On met le doigt sur ce que l’on a fait ou non, pas sur ce que l’on a subi. On parle du don à accueillir, toujours des choses à faire.
    Je crois que la logique parabolique n’est pas d’opposer deux attitudes, celle des bons serviteurs et celle du mauvais (ce serait encore trop allégorique), mais elle fait monter la tension de l’histoire. Elle la fait déraper. Les deux « bons » ne sont pas là pour montrer le bon chemin, mais pour mettre en évidence ce qui se joue dans la parabole et que le 3ème serviteur seul manifeste, ou que les trois manifestent par le crescendo qui aboutit au 3ème.
    La réflexion sur le huitième jour, ou sur le un qui est plus que cinq, je trouve cela très intéressant, mais un peu compliqué. Qui plus est pour finir sur une pirouette : les grincements de dents et les pleurs ne sont pas l’enfer, ils sont seulement la vie loin de la présence, lorsque le don a été refusé. Que la vie soit cela, c’est vrai, mais pour tous alors. Entrer dans la joie du maître ne fait pas échapper à la vallée de larmes. Ou, pour le dire autrement, suffirait-il de changer d’image de Dieu pour que tout aille très bien, pour que l’on vive dans la joie ?
    Les gens qui ont accepté de vivre du don seraient-ils dans la joie du maître et les autres dans l’enfer de leur enfermement. C’est vrai psychologiquement. Mais cela ne dit pas encore la miséricorde divine.
    Il faut encore et toujours parler du seul qui est à l’œuvre, Dieu. Ce que ne fait aucun des serviteurs. Les deux premiers serviteurs parlent de leur œuvre ; le troisième laisse deviner en négatif la seule solution. Ce n’est pas nous qui nous donnons la vie et la joie en changeant de manière de voir, de concevoir Dieu, c’est lui qui nous la donne.

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  4. Je suis d'accord avec toi, il faut essayer de savoir ce qu'un mot voulait dire à l'époque, en l'espèce "régler ses comptes". C'est ce qu'essaie de faire Balmary, mais aussi tous les traducteurs. Traduire n'est pas transcrire. Mais traduire c'est toujours risquer de trahir...
    De façon générale, je fais confiance aux traducteurs et je pense que le texte que nous lisons est compréhensible. Du coup, quand quelque chose résiste, ça devient intéressant.
    Je ne crois pas à la théorie de l'inflation. Pour le coup, elle me semble anachronique. Je ne crois pas davantage, et pour les mêmes raisons, à la lecture morale. Le talent a pris son sens moral grâce à cette parabole. Mais quand Jésus ou l'évangéliste l'emploient, on ne parle pas de morale.
    Quand on replace cette parabole dans son contexte, la fin de l'évangile de Mt, assurément, on est dans l'ambiance de la fin des temps, du jugement.
    Et voilà que le jugement est échec pour ce troisième serviteur. Pourquoi ? C'est ce que j'ai essayé d'expliquer. Où réside sa faute ? A n'avoir rien fait, comme le laisse entendre la mise en scène des deux premiers serviteurs ? C'est très tentant comme explication, mais alors, personne ne sursaute aux quatre points problématiques, hautement problématiques, que je relève au début.
    C'est pour cela que je cherche une autre solution. Evidemment, cela a pour conséquence que j'abandonne la lecture de "faire fructifier ses talents, le don de Dieu en nous". Je prétends même que c'est hors sujet. Je vais jusqu'à dire qu'à assumer pareille lecture, on ratifie le sale portrait fait à Dieu, et que lire la parabole des talents en parlant de faire fructifier ses dons, c'est manifester que nous ne croyons pas en Dieu puisque nous pouvons l'insulter.
    Est-ce moi qui déconne ? Est-ce le texte ? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on devrait au moins demander à Jésus ce qu'il fait en parlant ainsi de Dieu dans son histoire.
    Alors je lis la parabole comme la mise en intrigue d'un échec de la théologie de la rétribution. S'il s'agit d'une parabole de la fin des temps, on est en plein dans le cœur du sujet. Mais la fin des temps n'est pas ce que nous aurons fait, mais le don de Dieu. Et la parabole, en nous menant droit dans le mur, nous oblige à changer notre lecture.
    Elle nous oblige à nous convertir, à faire demi-tour. Pour protester. Non, Dieu n'est pas ainsi. Mais alors, la fin des temps n'est pas affaire de calculs. Mais alors, les trois serviteurs auraient dû crier à Dieu leur joie de son retour, enfin...

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  5. dominique bargiarelli19 novembre 2014 à 14:46

    Vous rejetez la rétribution,et vous avez bien raison puisqu'en aucune façon nous n'achetons notre salut.Cependant votre constance à tenter de faire dire aux textes ce qu'ils ne disent pas vous vconduit à nier l'évidence car enfin lorsque le Christ prononçait ses paraboles il s'adressait à des gens simples sans aucun rapport avec des Bac+5 voire+La fin des temps n'est pas ce que nous aurons fait.La fin des temps c'est Dieu qui estimera si oui ou non nous aurons manifesté suffisamment d'amour dans notre vie,mais ce n'est pas une rétribution, absolument pas

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    1. Faut arrêter avec vos affaire de Bac + 5. Cela vire à l'obsession. Il faudrait plutôt se demander pourquoi des gens qui n'ont pas fait d'études peuvent comprendre ce que vous ne voulez pas voir dans le texte.
      C'est toujours la même opération. Toutes les raisons, et surtout les meilleures, sont bonnes pour ne pas changer d'un iota votre manière de voir. Or le texte traite justement de ceux qui ne veulent pas se convertir...
      Normal que ça ne puisse pas passer pour vous.

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    2. dominique bargiarelli20 novembre 2014 à 11:56

      Comme ses propos pleins d'indulgence et de charité vous ressemblent...
      Mais il est parfaitement établi que vous et vous seul (enfin avec ceux qui sont de votre avis bien sûr) cherchent à se convertir,les autres évidemment non ,et moi ...encore moins bien sûr.
      Pauvre homme!

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    3. dominique bargiarelli21 novembre 2014 à 09:08

      Oh que si je cherche à me convertir ,mais au Christ et certainement pas à vous, ne vous en déplaise. er voilà qu'à vous lire ,ô miracle absolu on aurait enfin le seul ,le vrai, l'excellent éclairage sur cette parabole ;Vraiment???
      Bien sûr que le portrait du Père tel qu'il est rapporté peut -être la traduction de ce que pensait de Dieu les disciples, pourquoi pas,et que la fin de cette parabole ne cadre décidément pas avec le Dieu d'amour et de miséricorde,mais ce Dieu est-il tellement plus choquant que celui des ouvriers de la onzième heure?
      Je suis bien entendu horrifié par la fin de cette parabole ce qui ,ne m'empêche pas de continuer de croire au Dieu d'amour et de miséricorde pour autant dont le Christ nous parle sans cesse par ailleurs.
      Le Christ ne nous demande-t-il pas sans cesse de tenir notre lampe allumée,et tenir notre lampe allumée n'est-ce pas agir pour nos frrères gratuitement sans espoir d'une quelconque rétribution?

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    4. Vous allez me faire croire au miracle !
      Pourquoi une deuxième réponse de suite ? Un repentir ?
      Bon, la première ligne de votre deuxième réponse persiste dans la même veine qu'à l'accoutumée. Qui vous a dit que je proposais "La" bonne interprétation ? Que j'étais le seul à proposer "l'excellent éclairage" ? Jamais je n'ai écrit quoi que ce soit de ce genre. D'ailleurs, lus en négatif, vos propos relèvent de la dithyrambe. J'en suis presque flatté.
      Je ne fais qu'essayer de lire. Ce qui veut dire que j'écarte parfois certaines lectures, c'est vrai. Que je m'appuie sur d'autres, les discutent, c'est vrai aussi.
      Quant à se convertir à moi, on est dans la folie douce. Qu'est-ce que vous allez chercher ?
      Mais la suite de votre "repentir" entre (enfin) dans la discussion. Et même ratifie ma lecture, du moins en partie. Miracle, disais-je... Je n'en demandais pas tant.
      Vous avez raison, c'est la même question que les ouvriers de la Onzième heure. Et j'ai fait le même type de lecture. http://royannais.blogspot.com.es/2014/09/juste-une-question-damour-mt-201-16.html et http://royannais.blogspot.com.es/2012/07/les-ouvriers-de-la-onzieme-heure-mt-201.html
      Continuons à lire, à nous laisser déloger de nos lectures qui sans cesse doivent être remises sur le métier. Lisons avec les autres, on ne cesse d'y entendre ce que l'on n'avait encore jamais entendu. (Je fais cette expérience sans cesse, au caté comme avec les groupes de lecture biblique, préparation baptême, mariage, etc.)

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    5. dominique bargiarelli21 novembre 2014 à 11:30

      Un repentir?Je n'irai pas jusque-là, mais enfin vos questions m'interpellent,j'y réagis avec mon caractère et mes maladresses,mais malheureusement le style de vos réponses me donnent l'impression constante que vous me traitez en demeuré irrècupérable,et puis, honnêtement n'est-ce pas vous qui m'avez balancé que je refusais de me convertir

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    6. Merci.
      N'allez pas jusque là, si vous voulez. Mais allez.
      Allez notamment jusqu'à bien vouloir croire que je ne vous juge pas. Je dis quand je ne suis pas d'accord, je dénonce les faux arguments, je souligne les propos d'exclusion. Le reste n'est pas dans mon intention.

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  6. Nous venons de lire la version de Luc à la messe de ce jour (mercredi 33ème semaine). Elle est vraiment terrible. Il est encore plus évident qu'elle ne peut pas être anti-miséricordieuse. Tout Luc est évangile de miséricorde, et la parabole fait suite immédiatement à Zachée.
    La succession Zachée et sa conclusion (le fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu) / parabole met en crise la question du jugement. C'est vraiment tellement clair chez Luc.

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  7. Merci pour ces commentaires, ils éclairent d'une manière nouvelle un texte pollué par des décennies (siècles ?) de morale bien pensante. Cette parabole me gênait aussi par cette idée d'un dieu qui donne à chacun selon ses mérites. Comme si on pouvait aimer quelqu'un plus ou moins, selon ses mérites ou ses capacités ! Dieu donne tout à tous, n'est-ce pas, c'est même à cela qu'on le reconnaît.

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  8. C'est avec intérêt que j'ai lu votre texte et votre « interprétation ». C'est avec le même intérêt que j'ai lu les propos de David et sa/ses propres « interprétations ».
    Je ne vais pas entrer dans la ronde interprétative, car ce n'est pas ainsi que je lis l'Évangile.
    Je relève les propos suivants :
    DAVID
    Comment commenter l'Ecriture sans fondamentalisme, mais sans non plus y lire ce qu'on veut lire ? C'est le questionnement qui me vient, en lisant ton homélie.

    On aurait pu aussi avoir une autre interprétation de la parabole,
    Bien entendu, cette interprétation butte sur d'autres points

    PR
    Après ou avant, peut se poser la question de la légitimité de l'interprétation.


    je vois derrière cela des propos de spécialistes, de gens qui s'y connaissent en matière d'écriture, et peuvent ainsi confronter à l'infini leurs points de vue, durant des pages et des pages, des années et des années, à coups d'arguments, sans doute tout aussi valables les uns que les autres, et qui, forcément, à force finissent par se contredire entre eux…
    . Mais, est-ce que cela change concrètement la vie personnelle de celui qui s'exprime ? Discourir ainsi est-ce que cela amène une conversion au jour le jour ?
    N'est-on pas là dans une démarche strictement intellectuelle à la recherche de « l'interprétation définitive », qui enfin, dira la vérité, toute la vérité, rien que la vérité sur Dieu, Jésus, et le monde divin en général.
    Cela m'étonne profondément, et je ne m'y retrouve pas du tout.
    Alors certes, lire toutes ces interprétations flatte mon intelligence, me remplit la tête de concepts diversifiés, nourrit mon intellect. En ce domaine j'ai pu constater l'extraordinaire délectation gourmande de certains spécialistes des écritures à ergoter sur les virgules, les point et les points-virgules… Ils peuvent y consacrer toute leur vie. Mais qu'est-ce que cela change à leur coeur ?
    La parole de Jésus n'est-elle pas là pour interpeller le fond des coeurs et des âmes ? En ce sens, elle se doit d'être une nourriture personnelle, et non pas le sujet de discussions sans fin et qui d'ailleurs ne convainquent personne et génèrent le plus souvent la division, chacun ayant son idée à faire prévaloir sur Dieu ! laquelle est nécessairement la meilleure ! Surtout si on est curé !

    Le risque "d'y lire ce qu'on veut lire" ? souligne David, et alors ? C'est un crime ?
    En réalité le risque est dans l'intellectualisation, dans le vouloir faire dire ce qui n'est pas forcément dit… Le risque est dans la personne bornée ou bardée de ses convictions immuables…. Et dans ce cas mieux vaut ranger le bouquin dans sa biblio, ou ne faire une cale pour table branlante !
    Le risque n'est pas dans la personne dite "de bonne volonté".
    La parole de Jésus s'adresse d'abord à la personne qui lit, pour lui apporter quelque chose à elle-même, différent à chaque lecture, selon la nécessité de l'heure et du besoin de celui qui lit. Quelque chose qui transforme vraiment peu à peu. Appelez cela méditation si vous voulez. Moi je dis plutôt interpellation intérieure et profonde. Et là, je ne vois pas où serait un quelconque risque… Et s'il en est un… Tant mieux ! Vivre l'aventure avec Jésus est un risque permanent.

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    1. Au moins trois choses.
      1. Un débat de spécialistes.
      Non, je ne crois pas. Si Jésus parle en paraboles, on sait que dès le début, cela laisse les interlocuteurs dans l'interrogation. Les quatre évangiles, fait assez rare, rapportent le propos d'Isaïe "pour que ceux qui ont des oreilles n'entendent pas".
      Ce sont des paroles qui obligent à chercher. Rien qu'en cela elles sont invitation à la conversion. Personne ne peut dire "je sais", tout le monde devient mendiant de sens. S'opère déjà une conversion. Ce n'est pas un exercice pour intello, c'est un chemin de retournement.
      Sans parler que l'étude peut être aussi un chemin de conversion. S'il est un lieu où l'on est invité à reléguer les idoles, les vérités toutes faites qu'on prend pour "la" vérité", n'est-ce pas justement l'étude ? Les Juifs ne cessent de le vivre, et avec déférence, nous leur emboîtons le pas.
      Vous savez comme moi qu'il ne suffit pas de lire pour lire, de voir pour voir, d'entendre pour écouter... Vous savez comme moi le travail que suppose l'écoute, la conversion qu'elle suppose.
      Il est de bon ton de taper sur les intellos, surtout pour se justifier de ne pas se casser la tête avec les dénonciations de tous les simplismes. Si l'intello est déjà l'anti-populisme, c'est pas mal. On n'en a jamais fini d'écouter le texte. Si l'effort d'écoute ne mérite pas la sueur versée, passons notre chemin... mais aussi le plus important sans doute.
      2. Dénoncer le Dieu pervers, on n'en a jamais fini. Et lire le texte en ce sens m'apparaît comme une nécessité autant qu'une conversion.
      3. Il n'y a pas d'interprétation définitive. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas continuer à lire et à interpréter. Au contraire. Je ne cherche pas l'interprétation qui clôt la béance du sens, mais celle qui l'ouvrira, la renouvellera.

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    2. Quelques lignes reprises d'une discussion ailleurs
      Première remarque. Oui, tous les textes demandent interprétation. Si nous ne sommes pas sans critères pour les lire, nous n'avons pas non plus "la" vérité du texte, parce que le texte n'est pas d'abord message, chose à savoir, mais déclaration d'amour. Le texte oblige à ce que l'on se situe par rapport à cette déclaration. L'entendons-nous comme telle ? Et que répondons-nous ? Comment ?
      Deuxième remarque. J'étais assez d'accord avec toi jusqu'à ce que tu formules tes hypothèses. Jésus attend-il quelque chose de moi ? Oui, sans aucun doute, mais cela ne signifie pas que pour autant nous en serions capables. "Sans moi, vous ne pouvez rien faire" est-il dit en st Jean.
      L'enjeu consiste justement à articuler ce qui t'apparait comme une contradiction. La question est bien plus profonde que celle de la liberté. Dans l'amour, ne donne-t-on pas ce que l'on n'a pas mais ce que l'on reçoit ? Je sais que les marchands et autres économistes ne peuvent convenir de cette règle (encore que !), mais en amour, je crois qu'il en va ainsi. C'est fou ce que l'amour libère en nous de possibilités !
      Troisième remarque. Ta logique t'amène à poser finalement la question qui est la mienne. Pourquoi Jésus parie-t-il sur Pierre ? Mais je préfère poser cette question indépendamment du péché par la réflexion sur l’impossibilité. Pour les hommes, c'est impossible. Ce n'est pas seulement une affaire de péché. C'est que sans l'amour, les possibilités sont empêchées.
      Nous n'inventons rien dans ce texte. Nous y trouvons l'impossibilité, alors il faut chercher quelle place tenir. Ni celle des deux premiers, sans intérêts et présents pour faire monter l'intrigue ; ni celle du troisième que insulte le maître. Renoncer à ces deux possibilités et crier vers Dieu que nous sommes si heureux de son retour qui nous féconde, voilà l'expérience, plus que le message, de la conversion.

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    3. Il est de bon ton de taper sur les intellos, surtout pour se justifier de ne pas se casser la tête avec les dénonciations de tous les simplismes
      je ne le crois pas entrer dans cette catégorie de personnes. Et si mon commentaire vous l'a fait supposer, c'est une erreur. Simplement, les débats de spécialistes qui ont cours parfois ici, freinent probablement l'audience de votre blog, qui mériterait plus large. Il me semblait « qu'évangéliser », (qui fait partie de votre mission), commençait par parler simplement, ce qui ne veut pas dire de manière populiste, au lecteur. Comment un jeune d'aujourd'hui, non issu d'une tradition catholique qui se perd largement, peut appréhender vos propos et percevoir l'intérêt qu'il y aurait à « s'intéresser » à Jésus ?
      Maintenant, j'ai peut-être tort de penser que ce blog est « pour tout homme », puisqu'il semble réservé aux chrétiens convaincus. Mais a qui vous revient-il de vous adresser en priorité ? (Je parle ici de votre mission de prêtre).

      Ce que je cherche je ne le trouve pas, ou très partiellement, ici. Je suis plus intéressé par l'impact personnel que l'Évangile peux avoir sur vous-même, votre personne, que par le "sermon" assez ex-cathédra, destiné à l'édification des foules et à faire passer votre point de vue avant tout.
      Car sinon, pourquoi vouloir le défendre à tout prix ?
      Si vous dites, voilà comment aujourd'hui cet évangile me parle, interpelle ma vie, et je vous livre cela. Est-ce que cela n'aurait-il pas plus d'impact et intérêt ?
      Ensuite, d'autres, peuvent réagir, à partir de leur propre interpellation personnelle, de la manière dont cela leur « parle ».
      Mais on dirait que pour vous, la manière de voir de l'autre n'a que peu de poids.

      Souvent je me dis, (cela n'engage que moi), que Jésus a dû certainement écouter ÉNORMÉMENT ceux et celles qui étaient autour de lui, et que sa question « qui dites-vous que je suis ? » Il a dû la poser à bien des personnes.
      C'est alors, et alors seulement, que ses propres propos peuvent avoir un impact sur l'ouverture qu'il a ainsi suscitée dans le coeur de l'autre.
      Mais sans doute trouvez-vous que cela est de la psychologie simpliste et populiste…
      Pardon de ne pas être élitiste….

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  9. dominique bargiarelli21 novembre 2014 à 18:02

    "il ne suffit pas de dire Seigneur, Seigneur pour entrer dans le royaume,il faut mettre en pratique le "commandement" d'amour me semble-t-il,non?

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