mercredi 26 novembre 2014

Qui criera à Dieu le désespoir des hommes ? (1er dim de l'Avent)



Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes fondraient devant toi (Is 64,15). Ne faut-il pas dire et redire ce cri déchirant ? N’est-ce pas notre devoir de crier vers Dieu le scandale de la mort, du mal, de la souffrance ? N’est-il pas le seul à pouvoir instaurer un nouveau monde s’il est rédempteur, sans parler de sa responsabilité quant à cette souffrance s’il est créateur ?

Dès lors que nous confessons un Dieu bon, tout puissant et créateur ne sommes-nous pas contraints de voir le mal l’accuser ou… provenir de notre seule responsabilité ? Le péché originel serait ici la solution pour éviter d’accuser Dieu du mal. Déjà le vieux Platon prenait soin d’avertir : il vaut mieux dire que Dieu est bon plutôt que tout-puissant.

Mais laissons la question de l’origine du mal et contentons-nous de celle de l’espérance d’en être enfin délivré. Certes, nous pouvons dresser quelques digues contre le mal. Certes, nous pouvons tenter de faire gagner un peu plus le bien. D’une part c’est sans fin, d’autre part, c’est impossible. Comme lors d’inondations, les digues du bien si difficilement dressées sont renversées en un clin d’œil, ici par une guerre, là par une catastrophe naturelle, ailleurs par une épidémie.

Ainsi donc, notre capacité à faire le bien semble si limitée par rapport à ce qu’il y aurait à faire. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras, certes, mais nous n’y arriverons jamais. Voilà pourquoi nous crions avec le prophète : Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes fondraient devant toi.

Ce cri n’est pas tant celui du mal-croyant qui tenterait Dieu et ne verrait pas son action dans le monde, comme au pied de la croix : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » (Lc 23,37) C’est le cri du croyant, assuré de ce que pour l’homme c’est impossible, comme dit l’évangile. L’homme ne se donne pas son salut, non seulement parce que c’est au-delà de ses possibilités, mais surtout en raison de la nature du salut qui ne peut être que reçu. Voilà pourquoi pour les hommes c’est impossible. Le paradis sur terre, l’utopie marxiste, tous les fascismes qui prétendent apporter les solutions, d’abord de façon populiste, puis par la violence, sont condamnés d’avance quand bien même ils commencent par condamner beaucoup d’innocents. Les paradis terrestres ne sont pas notre avenir quand bien même ils ont un bel avenir.

Peut-être, notre responsabilité de chrétiens commence ici. Ne pas refuser de crier vers Dieu et ainsi confesser que nous ne pouvons attendre que de lui le salut. Qui criera à Dieu l’exaspération, la fatigue, le désespoir des hommes si nous ne le faisons pas ? Notre responsabilité, en la matière, n’est-elle pas d’être auprès de Dieu la voix de tous ceux qui ne savent pas à qui crier leur attente d’un nouveau monde ? Ne nous a-t-il pas assurés que son fardeau à lui est léger et que c’est auprès de lui qu’il nous faut chercher le repos ?

Faire monter vers Dieu le cri et l’attente des hommes, n’est-ce pas notre devoir à nous qui avons reconnu que le Dieu qui vient est l’avenir de l’humanité ?

Mais que signifie cette attente de Dieu par l’homme si Dieu ne vient pas ? Que signifie l’espérance mise en ce Dieu pour nous sauver s’il n’y a pas de Dieu ou un Dieu qui reste enfermé dans son silence ? Et de fait, n’est-ce pas ce que nous constatons, l’inaction de Dieu ? Certains répondront qu’il vient consoler tel ou tel, voire le convertir. Mais qu’est-ce que cela à côté de tout ce qu’il faudrait faire de façon si urgente pour sauver tant et tant d’enfants qui meurent de faim ? Ne s’agit-il pas de guilis spirituels bien dérisoires qui ne font qu’accuser un peu plus Dieu ? Il pourrait agir pour convertir, mais pas pour sauver les enfants qui crèvent ! D’autres diront que Dieu nous laisse libres ! Mais qu’est-ce que la liberté quand des enfants meurent ? Aussi ambigus que soient nos engagements, c’est justement pour défendre l’innocent que nous nous opposons à la liberté des barbares. Bref, qu’est-ce qui permet d’espérer pour tous lorsque nous faisons monter vers Dieu la fatigue des hommes ?

A écouter le Christ et son Evangile, à écouter le Christ, lui, l’évangile de Dieu, quelle bonne nouvelle ! Dieu vient. Quand Dieu vient, cela fait tellement longtemps qu’on l’attend, que ce ne peut être qu’à l’improviste.

Alors, il faut veiller. Et notre cri : Ah ! Si tu déchirais les cieux n’est plus seulement notre responsabilité mais un commandement de Dieu lui-même, veillez ! (Mc 13,37) C’est notre mission. Comment ne serons-nous pas endormis si nous ne déchirons pas les cieux de nos cris devant tant de souffrances ? Il faut bien être endormi par le confort et le repli sur notre petit univers pour ne pas crier.

Nous ne nous préparons pas en cet avent à la naissance de Jésus. C’est fait il y a belle lurette et cela ne se reproduira plus. Nous nous préparons à veiller parce qu’il n’y a pas d’autre manière d’être chrétiens. C’est l’avent, c’est le moment de faire résonner le cri des désespérés, des souffrants, de tous ceux qui sont morts et n’ont plus de cri.


4 commentaires:

  1. Crier? Oui, mais comment?
    Quand je suis en présence , ici, en France ou ailleurs, à l'étranger ( j'ai des images, là, qui me viennent de souvenirs en Chine) de personnes en souffrance, la seule manière que j'ai pour pallier mon impuissance est de les confier à la Vierge. ( Et si je suis membre de l' Acat, c'est en partie "à cause" de la prière.)

    RépondreSupprimer
  2. dominique bargiarelli28 novembre 2014 à 17:47

    Crier pour les autres?Qui serait contre,mais le cri ne peut-il donc pas s'exprimer aussi dans la prière? et puis pour moi c'est chaque année que Jésus nait, meurt et ressuscite et je dirais même à chaque Eucharistie.Nous n'évoquons pas simplement des évènements du passé.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ps 39,13 : Écoute ma prière, Yahvé, prête l'oreille à mon cri
      Ps 102,2 : Seigneur, entends ma prière, que mon cri vienne jusqu'à toi
      Ps 116 1 : J'aime, lorsque le Seigneur entend le cri de ma prière
      Ps 140, 7 : J'ai dit au Seigneur : C'est toi mon Dieu, entends, Seigneur, le cri de ma prière.

      Supprimer
    2. dominique bargiarelli30 novembre 2014 à 18:40

      Mais Patrick Royannais ai-je dit que le cri n'existait pas dans la Bible ou éait condamné par elle?
      Je dis seulement que ce cri n'est pas obligatoirement audible à l'oreille humaine et Dieu sait s'il peut y avoir des cris de douleur dans la prière



      Supprimer