samedi 24 janvier 2015

L'Eglise n'a pas fini d'écouter l'évangile (Unité - 3ème dimanche)



Nous concluons aujourd’hui la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Les textes du 3ème dimanche nous invitent à la conversion. Jésus n’a pas encore pris son autonomie par rapport au Baptiste. Il appelle à la conversion plus qu’il n’appelle les pécheurs. Il n’a pas encore été pris aux trippes comme un bon pasteur par des brebis abandonnées. Il n’a pas encore ciselé une des répliques sans appel dont il a le secret. Cela ne tardera pas, dès le chapitre suivant : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » (Mc 2, 17).
L’appel à la conversion sera alors modifié. Ce n’est pas nous qui nous convertissons. Nous tâchons seulement de nous laisser convertir par le Seigneur, de nous laisser accorder à sa volonté. En ce qui concerne l’œcuménisme aussi, c’est sans doute la seule voie possible. Dans la prière qu’il composait pour cette semaine de prière, l’abbé Couturier parlait de l’unité des chrétiens, telle que la veux le Seigneur, par les moyens qu’il veut. Accepter de ne pas savoir la forme de l’unité permet de se convertir à ce que l’on était incapable d’imaginer.
Petit rappel historique. Depuis les origines de l’Eglise, les chrétiens se divisent. Parfois, ils se réconcilient, parfois ils s’excluent. Le Nouveau Testament est témoin de ces tensions dans les Actes de Apôtres ou dans le corpus johannique. D’abord, ceux qui se coupent de la « Grande Eglise » représentent une minorité, dans des aires culturelles souvent assez éloignées. L’exception arienne étonne, et c’est grandement à des stratégies politiques et d’alliance avec Rome, de Constantin ou de Clovis, que la Grande Eglise s’est maintenue.
Vint une autre séparation, en 1054, entre romains et orientaux, ceux que l’on appelle les orthodoxes. Mais ils sont loin, pour nous autres latins, ces orientaux ; depuis des siècles, nous n’avons plus la même culture. Chacun vit chez soi, sans jamais ou presque croiser l’autre. Certes, les conciles de Lyon, au XIIIe siècle, essayèrent une union, mais elle était inacceptable pour les Grecs !
En 1517, bientôt 500 ans, Luther ouvrait la Réforme sans le savoir. Son excommunication constitue une quasi première : des chrétiens, dans une même aire culturelle et géographique, vivent la division. Les guerres de religions disent l’ampleur du traumatisme. Les catholiques ont alors pensé que l’unité ne pourrait se faire que par le retour au bercail des hérétiques. On est prêt à réconcilier les personnes, pas à reconnaître le bien fondé de la théologie des autres ni la faiblesse, voire l’errance de la nôtre, sans parler des pratiques.
Pie XI en 1928 condamne le mouvement œcuménique par lequel « les esprits des mortels » se laisseraient aller au syncrétisme, au faux irénisme et au relativisme. Or la vérité catholique ne fait pas nombre avec les autres ! Vatican II renverse la perspective et donne raison aux quelques aventureux qui osaient la rencontre et même la prière avec ceux que l’on appelle désormais les frères séparés. On apprend à se connaître, on passe de l’opposition à la confiance, on parle de Celui qui nous unit, plus que de ce qui nous sépare.
Dans les dernières décennies, avec la mondialisation et l’apprentissage du pluralisme, ramener tout le monde sous un même chef apparaît impossible. Se fait jour l’idée que l’unité ne sera pas uniformité, que l’unité est communion, qu’elle appelle la diversité. Certes l’institution s’accorde avec la piété pour freiner ce qui toucherait à l’identité dogmatique ou dévotionnelle. Certes, la politique, en Europe de l’Est ou dans d’autres parties du monde, interfère-t-elle avec la foi, pour des raisons identitaires, encore. Mais que de chemin parcouru ! Que de conversion que le temps a permis, au-delà de ce qu’on aurait pu imaginer !
Aujourd’hui, il nous faut parvenir au partage de la coupe eucharistique, tout en étant différents, chrétiens unis, dans un monde en quête d’unité, de fraternité, de paix. Il nous faut reconnaître qu’une théologie différente n’est pas forcément fausse ni contraire encore moins contradictoire. Il nous faut reconnaître que dans nos manières de faire, il y a des choses qui pour compréhensibles qu’elles puissent sans doute être, heurtent les autres, voire sont erronées, y compris dans la pratique sacramentelle et ministérielle.
Nous sommes convoqués à une purification par l’évangile de nos pratiques et de nos catéchismes, à une conversion de nos confessions religieuses. Nos Eglises ont l’air de chapelles lorsqu’elles s’opposent alors qu’il y a urgence à annoncer un évangile de liberté et de réconciliation pour tous les hommes. Aucune Eglise n’a fini d’écouter la Bonne nouvelle. Heureuses sont-elles : ce sont les pécheurs que Jésus est venu appeler !


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