samedi 27 juin 2015

Dieu n'a pas fait la mort (13ème dimanche)


Le texte du livre de la Sagesse qui sert de première lecture (Sg 1,13-15 ; 2,23-24) est terriblement chimistré, comme on dit à Lyon, bricolé, bidouillé, falsifié. Trois versets pris du chapitre premier, et deux du deuxième, un contexte totalement occulté, produisent un sens assez différent de ce qu’on peut lire dans les Ecritures, le lien entre l’impie et la mort.
Autorisons-nous cependant de cette création liturgique pour interroger notre foi. Je nous soupçonne de n’être pas vraiment convertis, je vois si souvent en nos discours plus que des traces de paganisme et d’animisme, ces vieilles religions que l’homme civilisé juge de haut, pensant s’en être débarrassé, sans ce rendre compte qu’il en est un adepte assidu.
Dieu a rappelé à lui notre frère, lit-on souvent dans les faire-part de décès. Et l’on me rapportait avec admiration, ce propos d’une maman qui perdait son fils de 33 ans ; Seigneur, tu me l’as donné, je te le rends. Même la prière eucharistique 3, dans son communicantes pour les défunts, dit : « Souviens-toi de celui que tu as appelé auprès de toi. » L’original latin est pire : « Rappelle-toi de ton serviteur que tu as rappelé à toi depuis ce monde. »
Comment cela ? Dieu ferait mourir ? La mort s’expliquerait pas le fait que Dieu rappelle à lui tel ou tel ? Notre texte dit explicitement autre chose. « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde. » Je ne suis pas certain que l’appel au diable soit satisfaisant, mais il est clair que Dieu n’a pas créé la mort, et encore moins rappelle à lui en faisant mourir. Il a créé l’homme à son image, pour l’immortalité, l’incorruptibilité. La mort dans le monde, c’est le mal.
Non, Dieu ne rappelle personne à lui, si cela veut dire que telle personne est décédée parce Dieu l’a rappelée à lui. Que Dieu rappelle a du sens ‑ et quel sens ! ‑ si l’on entend : Dieu rappelle à lui notre frère en le tirant de la mort ; Dieu le rappelle de la mort. La où la mort a fait son œuvre, Dieu défait la mort. Il ne laisse pas son ami voir la corruption, selon le psaume déjà utilisé en ce sens par les Actes des Apôtres.
Oui, Dieu nous rappelle à lui de la mort et non par la mort. « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. » « Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle. »
Voilà de quoi convertir notre paganisme, cette conception religieuse de l’humanité en concurrence avec Dieu, cette conception d’un dieu tyran qui a droit de vie et de mort sur les hommes, cette conception de la religion comme un marchandage pour amadouer la divinité, se la concilier, se la rendre favorable. Mais Dieu est pour l’homme. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » s’écrit Paul. Dieu n’est pas le tyran mais le serviteur : « le fils de l’homme est venu non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Et si rançon il y a, ce n’est pas pour Dieu. C’est lui qui paie !
Et notre animisme ? La pire illustration je la trouve dans nombre d’homélies de funérailles. On se retrouvera, dit le prédicateur, pour soulager la douleur de ceux qui sont dans le deuil, quitte à faire de la foi une vaste fumisterie, une illusion. Oui, nous vivons avec nos morts, surtout quand on vieillit. Au fur et à mesure que l’on prend de l’âge, notre univers se peuple de défunts, ceux que nous avons connus, aimés.
Nous vivons avec eux. Certes, nous ne leur donnons pas à boire à chaque bouteille que nous ouvrons, mais ils sont souvent plus vivants pour nous que Dieu lui-même. Il faudrait que l’on prouvât l’existence de Dieu, mais que les esprits des morts attestent de leur vie est une évidence guère interrogée !
Qu’en est-il de la vie après la mort ? Nous n’en savons rien. Méfions-nous des illusions. Que la vie avec Dieu soit plus forte que la mort, nous l’affirmons dans la résurrection de Jésus qui est notre résurrection. De là à imaginer qu’on se retrouve dans l’autre monde, c’est autre chose. Qu’est-ce qu’un homme transformé, comme dit Paul, que sont les hommes transformés ? Que sont les hommes à l’image du Dieu immortel ? A quoi ressemblent-ils ? Loin de notre individualisme anthropologique, c’est toute la création qui est récapitulée, et l’humanité en un seul corps, transformée.
Décidément, nous ne sommes pas encore chrétiens !



- Loué sois-tu, Mon Seigneur, pour sœur notre mère la terre. Alors que François vient de publier une encyclique sur la vie humaine dans la maison commune de la création ; donne-nous de ne pas fouler au pied ton œuvre et d’être solidaire de tous les hommes que tu nous a donnés pour frères.
- Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ; qui supportent épreuves et maladies : heureux s’ils conservent la paix car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés. Alors que le terrorisme a frappé encore en Isère, en Tunisie, au Koweït, donne-nous de construire la maison commune où il fait bon vivre.
- Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle à qui nul homme vivant ne peut échapper. Donne-nous de vivre en ta présence aujourd’hui et demain. Protège ceux qui vont mourir et que tu rappelleras à ta vie.
- Très haut, tout puissant et bon Seigneur, à toi louange, gloire, honneur, et toute bénédiction ; à toi seul ils conviennent, ô Très-Haut, et nul homme n’est digne de te nommer. Que notre communauté ne cesse de chanter ta louange.
 

1 commentaire:

  1. Bien d'accord avec Patrick : nous ne sommes pas encore chrétiens ; je ne suis pas encore chrétien. Mais Jésus ne l'était guère. Je me sens un peu juif ; lui l'était totalement. Je me sens un peu animiste, ayant vécu en Afrique dans la capitale du vaudou (qui n'est pas que diabolique). Je me sens animiste comme les premiers d'entre nous, considérant qu'en matière d'âme et d'art il y a déjà beaucoup sur les parois d'Altamira, de Lascaux et de la grotte Chauvet. Animiste, je me sens même encouragé à l'être par un certain jésuite argentin devenu François, évêque de Rome, qui nous a refait avec bonheur le coup de l'autre François avec "Laudato sie, mio Signore" : ma sœur et mère la Terre, mon frère le Soleil et le Vent. Ne serait-ce pas un peu animiste cela ? En tout cas je me sens plus animiste que protestant rigide ou anglican sujet soumis d'Elizabeth II. Et si j'aime la musique des liturgies orthodoxes, je me sens peu enclin à suivre les popes barbus et crasseux.
    Comme il ne faut pas mélanger tous les sujets, je ne dirai rien aujourd'hui des mahométans, de l'Islam intrinsèquement violent, du clergé lèche babouche souvent naïf à ce sujet, des chrétiens trop gentils parce que désireux de porter et racheter tous les péchés de l'occident coupable, forcément coupable.
    NB 1 : Je revendique le droit de dire que je crains l'Islam sans être renvoyé dans le camp de Le Pen (père, fille et petite fille).
    NB 2 : Pardon, Patrick, je suis encore tombé dans le méli-mélo et la jungle des sujets.

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