samedi 18 juillet 2015

Leur pain, c'est mon peuple ! (16ème dimanche)



L’oracle de Jérémie (23, 1-6) se comprend dans le cadre de la nouvelle alliance qu’un autre oracle, quelques chapitres plus loin, formule explicitement. Impossible de s’en sortir, impossible d’extirper le péché du peuple qui devrait être saint comme son Dieu, impossible de voir ce peuple honorer la loi de sainteté, impossible de respecter l’alliance avec le Dieu trois fois saint. Non seulement le peuple se prostitue préférant l’argent et la superstition, le soi d’abord les autres après, le plaisir immédiat fût-il petit, mais ceux qui le gouvernent sont eux-mêmes dévoyés, plus peut-être que le peuple tout entier.
Les pasteurs, comme dit l’allégorie de Jérémie, exploitent ceux qu’ils prétendent conduire sur les pâturages gras et abondants. Tout est pourri. On n’en sortira pas. A moins que Dieu lui-même soit le pasteur de son peuple.
Evidemment, le risque d’une telle espérance, la contrepartie, c’est de se réfugier dans un autre monde, un arrière-monde. La vraie vie est ailleurs puisque dans cette vie, les puissants exploitent les faibles, les riches s’enrichissent sur le dos des pauvres. Chacun cherche son intérêt, défend ses avantages, au prix de l’humiliation du frère en humanité.
Mais Dieu ne le voit pas de cet œil. C’est ici et maintenant qu’il faut changer les choses. « Nous voulons un changement, un changement réel, un changement de structures. On ne peut plus supporter ce système, les paysans ne le supportent pas, les travailleurs ne le supportent pas, les communautés ne le supportent pas, les peuples ne le supportent pas... Et la Terre non plus ne le supporte pas. » (François, 9 juillet 2015, Santa Cruz de la Sierra)
Les disciples de Jésus ont reconnu en son attitude, et encore aujourd’hui, l’attitude même du Dieu qui est pasteur de son peuple. « En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. » (Mc 6, 30-34) Le voilà, le pasteur qu’il nous fallait.
Mais rien n’a changé. Les puissants, les pasteurs, sont toujours aussi remplis de mépris pour leurs frères et d’égards pour leurs comptes en banque. « Les êtres humains et la nature ne doivent pas être au service de l’argent. Disons NON à une économie d’exclusion et d’injustice où l’argent règne au lieu de servir. Cette économie tue. Cette économie exclut. Cette économie détruit la Mère Terre. L’économie ne devrait pas être un mécanisme d’accumula­tion mais l’administration adéquate de la maison commune. Cela implique de prendre jalousement soin de la maison et de distribuer convenablement les biens entre tous. » (François, Ibid.) « Ne savent-ils, tous les malfaisants ? Ils mangent mon peuple, voilà le pain qu'ils mangent. » (Ps 14 et 53)
Même dans l’Eglise, nous ne pouvons que congédier les pasteurs, pour nous en remettre au seul pasteur. C’est d’ailleurs pour cela que le mot pasteur, dans le Nouveau Testament, est quasi réservé à Jésus. Il n’aura pas fallu longtemps pour qu’il soit de nouveau revendiqué par les responsables. Rien n’a changé, et les « fidèles dispensateurs de la parole de vérité » se sont fait les confiscateurs de la vérité qui rend libre, de la miséricorde qui relève, excluant les pécheurs du banquet des justes. Or, qui est juste ? Qui n’est pas pécheur ?
Sous prétexte d’organiser l’Eglise comme lieu de la promesse, l’hypocrisie des pasteurs qui se disent justes et garants de la justice, exclut et tue. Il est une économie de la grâce qui exclut et tue comme le libéralisme. Quelques uns thésaurisent la grâce, en font leur métier, aiment les tampons sur les formulaires administratifs. Le bon berger, l’unique pasteur n’est pas dans un bureau à vérifier que tout est en ordre, quand la vie de ses disciples est en danger. Il est « imprégné de l’odeur des brebis » ! Il se moque des subtilités canoniques qui pourraient rendre un mariage plus ou moins nul, arguties hypocrites d’un droit source de tant d’injustices. Le bon pasteur est dans les décharges publiques où tentent de se nourrir des enfants abandonnés, il est aux côtés de ceux qui s’organisent pour une société plus humaine, il est dans les prisons surpeuplées et violentes, il est en pleurs avec ceux qui sont en deuil, etc., etc. « Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. »
Que les puissants de ce monde oppriment la planète est un vrai scandale. Que les puissants de l’Eglise confisquent la miséricorde de celui dont ils se disent les intendants est plus scandaleux encore ! Du discours aux mouvements populaires au Vatican comme en Bolivie à la refonte de la doctrine de la famille et du droit du mariage, lors du prochain synode, c’est une même nécessité qui meut François. Ecouter le cri des pauvres, écouter le cri de ceux qui souffrent, ne rien confisquer, ni l’argent ni la grâce, pour que ce soit aujourd’hui et maintenant que l’unique bon berger conduise les peuples. (C’est juste une recherche de cohérence qui rend à l’évangile sa crédibilité. C’est juste une urgence missionnaire, l’urgence du salut.)

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