vendredi 2 décembre 2016

Engeance de vipères (2ème dimanche de l'Avent)


Au tout début de l’évangile de Matthieu, juste après les récits de l’enfance, nous lisons l’entrée en scène de Jésus adulte (Mt 3, 1-12). Le contexte est de fin des temps, d’apocalypse. Le jour du jugement est annoncé comme terrible, la cognée est déjà à la racine de l’arbre, selon le Baptiste, qui traite ceux qui viennent se purifier d’engeance de vipères. Quand Jésus entre dans le monde, c’est la lutte à mort contre le mal, qu’il s’agisse de guérisons qui font reculer ce qui dégrade l’homme ou de violences, du massacre des innocents au Golgotha.
Apocalypse, jugement, dénonciation des forfaits, est-ce compatible avec la miséricorde que nous avons placée au centre de la prédication et de la vie de l’Eglise durant toute une année ? Faudra-t-il penser que l’évangile lui-même contredit la miséricorde ? Pourrions-nous mettre notre foi en un Dieu, fût-ce le Dieu de Jésus, qui ne serait miséricorde ? Je me moque, quant à moi, d’une vie à venir si elle est placée sous le signe de la terreur. Pour le dire moins carrément, la vie que déjà nous vivons avec Dieu n’a rien d’un « jour de colère » que la liturgie des défunts a d’ailleurs jugé bon de supprimer.
Mais comment entendre les propos de ce jour ? Faudra-t-il aussi les supprimer ?
Le Baptiste, comme Jésus parfois, se laisse emporter par le scandale de l’injustice et crie. Il crie avec les victimes du mal, qu’il s’agisse du mal dont des hommes sont responsables, ou de celui qui traverse la nature, maladie, mort, catastrophes naturelles, tout ce qui détruit la vie de ceux que le Seigneur aime. Il crie avec ceux qui souffrent et n’ont parfois plus même la possibilité de se faire entendre, de crier.
Le cri apocalyptique de Jésus et de Jean est d’abord celui de la souffrance. Il est aussi le cri qui dit la haine du mal. L’engeance de vipères désigne les amis du mal, nous aussi, surtout quand nous prétendons le contraire, pharisiens et sadducéens. Ne convient-il pas de s’adresser à ceux qui font le mal pour dire la haine que l’on a de ce qu’ils font ? Le cri de Jésus et du Baptiste, enfin, est le cri qui avertit, cri d’alarme, comme on interpelle quelqu’un qui court un danger sans le voir. Attention ! Attention, tu vas tomber, attention, tu vas te brûler.
Si nous prenions soin de nous comme Jésus prend soin de nous, nous n’irions pas fréquenter le mal et la mort. Si nous prenions soin de nous, je ne dis pas même des autres, comme Jésus prend soin de nous, nous ne pourrions rester indifférents à l’injustice qui frappe nos frères, nous ne pourrions nous accommoder de petits arrangements, non seulement avec la morale, mais aussi avec la vérité.
Parfois, j’ai l’impression que les chrétiens forgent une image de Dieu pour ne pas y croire vraiment ; ainsi ils auraient de bonnes raisons de ne pas s’abandonner à ce Père. Les cris du Baptiste et de Jésus contre le mal pourraient bien être adressés à nous qui disons chercher à changer nos vies, et non à tous. Non que nous chrétiens serions les seuls à fréquenter le mal. Loin s’en faut ! Mais nous fréquentons le mal et souvent tenons le discours de la vérité et de la morale comme si de rien n’était.
Peut-être avec nous, Jésus peut-il se permettre le langage apocalyptique. Car les disciples, chargés de dire la bonté du Père, font parfois de Dieu une horrible caricature et la cause d’injustices. Que n’a-t-on justifié au nom de l’amour de Dieu ? Arrêtez ! Ou bien parce que, disciples, nous nous imaginons mieux connaître Dieu que les autres. Est-ce si sûr ? Arrêtez ! Nous défendons une institution plutôt que l’amour de Dieu. Arrêtez ! Nous jugeons des autres sans être meilleurs qu’eux. La paille et la poutre sont dans nos évangiles mais nous continuons, borgnes, à vouloir guérir les autres. Arrêtez ! N’est-ce pas à hurler ?
Dans le fracas du mal et des armes, ne faut-il pas crier, et crier fort. Arrêtez ! Devant le mensonge qui trompe les frères, devant les gesticulations de conversion, le Baptiste et Jésus ne crient-ils pas : Arrêtez, engeance de vipères !
Peut-être certains seront tristes d’avoir entendu ces cris ; ils attendent de la parole de Dieu un baume, un réconfort. La poésie d’Isaïe nous offre dans sa beauté un peu de douceur et d’espérance, au moment même où elle n’ignore pas le sort des méchants :
Un rameau sortira de la souche de Jessé,
un rejeton jaillira de ses racines. […]
Il ne jugera pas sur l’apparence ;
il ne se prononcera pas sur des rumeurs.
Il jugera les petits avec justice ;
avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays.
Du bâton de sa parole, il frappera le pays ;
du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant.
La justice est la ceinture de ses hanches ;
la fidélité est la ceinture de ses reins.
Le loup habitera avec l’agneau,
le léopard se couchera près du chevreau,
le veau et le lionceau seront nourris ensemble,
un petit garçon les conduira. […]
Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ;
sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main.
Il n’y aura plus de mal ni de corruption
sur toute ma montagne sainte ;
car la connaissance du Seigneur remplira le pays
comme les eaux recouvrent le fond de la mer.

8 commentaires:

  1. Je crains fort que jusqu'à la fin des temps nous naviguions toujours entre un Dieu assez terrifiant à l'image de celui prêché par le Baptiste et qui avait cours presque en exclusivité avant le Concile et un Dieu super-sympa près à nous accueillir et ce quelque soit notre parcours ,le dieu d'"on ira tous au Paradis"

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  2. Et bien si on a déjà tout dit et tout vu, le pouvoir est aux vieux cons et le monde sera toujours le même, CQFD.
    Parfaitement équilibrée votre conception de Dieu après... après je ne sais pas bien quoi d'ailleurs.
    Et pas cliché du tout le Baptiste sévère. Vous vous gardez de dire que c'est le Dieu de Jésus qui est celui d'on ira tous au paradis.
    En attendant merci de ce commentaire constructif.

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  3. Oh! rassurez-vous, je n'ai nullement cherché à être le moins du monde original en écrivant ce que j'ai écrit,mais est-il donc interdit de trouver néanmoins de l’intérêt à lire le Qohelet?

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    1. Reste à savoir si l'on a justement rendu-compte de Qohélet par son nihil novi sub sole.

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    2. je pensais plutôt à " vanité des vanités tout est vanité" car avec les jugements péremptoires prononcés par les uns et par les autres...

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    3. Et puis vous dîtes que le Dieu de Jésus-Chrit est celui d'"on ira tous au paradis" il ne me semble pas que ce soit si évident à la lecture des nombreuses mises en garde qu'on trouve dans l'Evangile.Oh bien sûr ce n'est pas nous qui nous sauvons par nos "bonnes œuvres" bien sûr que non, mais si nous menons totalement notre vie comme si Dieu n'existait pas autrement dit en le rejetant,et c'est lui seul qui en jugera bien sûr, pourquoi donc nous accueillerait-il.Nous sauvera-t-il malgré nous?

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    4. C'est de votre premier propos fort curieux que pouvait, devait, se déduire que le Dieu de Jésus était celui d'on ira tous au paradis puisque celui du Baptiste est terrifiant et que l'on naviguait entre les deux. C'est à vous qu'il faut poser votre question.

      Mais je ne comprends pas le sens de votre dernière intervention. Vous faites quoi ? avec ce "Et puis vous dites" ?
      Vous me cherchez, vous voulez construire intelligemment un débat, vous vous acharnez électroniquement, ce que l'on appelle un troll, je crois ?

      Votre raisonnement est toujours binaire. Quand ce n'est pas A, c'est forcément B qui s'avère donc le contraire de A. Comme c'est réducteur. Si ce n'est pas A, cela peut être B, C, D, et bien d'autres choses encore. Ainsi, toujours dans le dernier post soit on se sauve par les bonnes œuvres (ce que vous reconnaissez faux d'ailleurs) soit on rejette Dieu. Outre la pensée binaire, on est dans l'impossibilité ! Bravo le paralogisme. Ou encore vivre comme si Dieu n'existait pas, c'est forcément le rejeter. Encore une binarité exclusive. Mais le royaume du comme si, de la fiction, est justement un de ceux qui récuse toute binarité.

      Bref, je ne suis pas certain de continuer très longtemps à essayer d'échanger avec vous.

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    5. Désolé que vous ayez une si favorable opinion de mes interventions.
      Je ne crois pas être binaire,ou si vous en avez l'impression c'est que je m'exprime très mal
      A propos d'on ira tous au paradis ce que je voulais simplement dire que je ne suis pas certain de la "validité" de cette affirmation laquelle ne ma parait pas cadrer avec les nombreuses mises en garde qu'on trouve dans l'Evangile.Et en même temps je me dis que c'est Dieu seul qui jugera si on l'a vraiment rejeter au long de notre vie ,que cette formulation soit vraie est également possible et que "l'Enfer" par conséquent soit vide est également possible mais je n'en sais rien et j'ai du mal à imaginer en bienheureux les grands criminels du siècle dernier...mais bien sûr je vois les choses avec mes yeux terrestres t comment pourrais-je les voir autrement?
      Je ne cherche nullement à vous contre dire et je trouve beaucoup d'intérets à vous lire parce que justement nos regards ne concordent pas toujours,loin de là. Je n'ai strictement aucune intention malveillante à votre égard,absolument aucune.

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