vendredi 25 novembre 2016

Vigies de la justice et de la paix (1er dimanche de l'Avent)


Une nouvelle année liturgique s’ouvre aujourd’hui. Nous reprenons la route avec Jésus, depuis l’annonce de sa venue jusqu’à sa résurrection et sa vie au milieu de son peuple.
Les textes de l’Avent sont les mêmes que ceux de la fin de l’année liturgique, littérature apocalyptique, annonce de la fin des temps, espérance d’un monde nouveau où fleurira la justice. L’attente de la justice crée des convulsions parce qu’elle est une lutte contre le mal. Nous sommes engagés dans cette lutte, dans notre propre vie, dans la société, dans l’Eglise même. De toute part, avec tous les hommes et les femmes de notre temps, qu’ils partagent ou non notre foi, nous sommes engagés pour un monde meilleur. Cela commence par la conversion de notre propre cœur. Que nos familles, nos lieux de travail, nos relations associatives ou de voisinages soient des lieux de paix et de fraternité.
Ainsi rêvait déjà le prophète : « De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. » S’agit-il d’un rêve ? Non, mais précisément d’un engagement dans la cité, en grec, je le redis, un engagement politique. Notre foi nous convoque à coopérer pour que le monde soit fraternité, la fraternité des enfants d’un unique Dieu et Père. Notre foi nous convoque à la justice ou alors elle est mensonge.
L’urgence de la fraternité est aussi grande pour le monde que pour la vérité de la foi. En période de crise ‑ mais existe-t-il des périodes qui ne le soient pas ‑ l’urgence de la paix et de la fraternité, de la justice et de la reconnaissance de l’égale dignité de chacun, ne supporte pas les tergiversations, les hésitations, les demi-mesures. Il faut se positionner, je veux dire, il faut changer nos vies. Les mots et les déclarations d’intention ne suffisent pas. Un peu de badigeon religieux ou chrétien sur la façade de nos vies ne suffit pas. Je ne résiste pas à citer l’Apocalypse :
« A l’Ange de l’Eglise de Laodicée, écris : Ainsi parle l’Amen, le Témoin fidèle et vrai, le Principe de la création de Dieu. Je connais ta conduite : tu n’es ni froid ni chaud ‑ que n’es-tu l’un ou l’autre ! ‑ ainsi, puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche. Tu t’imagines : me voilà riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien ; mais tu ne le vois donc pas : c’est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! […] Allons ! Un peu d'ardeur, et repens-toi ! Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi. […] Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Eglises. » (Ap 3, 14-22)
L’évangile (Mt 24, 37-44) semble aussi ignorer les demi-mesures. C’est tout ou rien. Sommes-nous prêts ou non ? La venue du Royaume de justice, la venue du prince de la paix nous surprendra-t-elle comme un voleur ? Nous aurions passé notre vie à vouloir être disciples de Jésus et nous raterions le jour de sa venue, le jour de justice pour notre terre ?
C’est que ce jour n’est pas pour demain, dans très longtemps, à la fin des temps, autant dire, après notre mort. Ce jour est pour nous, et non pour ceux d’une génération d’un futur aussi lointain qu’indéterminé. Ce jour, c’est aujourd’hui. C’est aujourd’hui qu’il faut construire la paix, accueillir l’immigré puisque nous sommes tous des gens de passage et que nos pères ont immigré en Egypte, comme dit le Deutéronome, que Jésus dû se réfugier en Egypte pour échapper au massacre d’Hérode. C’est aujourd’hui, qu’il faut dans nos vies, dans nos familles, autour de nous, nous tenir prêts à accueillir celui qui vient.
Comment ? C’est bien sûr notre prière qui excite en nous le désir de son jour, qui nous tient éveillés, qui, présentation à Dieu de notre monde, avec ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses, fait de nous le signe visible de cette attente au milieu des hommes. Il manque à notre monde, le Prince de la Paix. Il manque à notre vie, celui que nous aimons. Notre engagement passe aussi par notre présence à l’assemblée de prière, comme une épine dans le pied d’un monde qui se croit auto-suffisant, mais qui ne parvient même pas à partager les richesses et arrêter les conflits. Nous sommes, par notre rassemblement dominical, les sentinelles de l’attente, les vigies de la fraternité, de la justice et de la paix.
Comme notre foi, notre prière serait mensonge si elle ne nous disposait pas à servir ici et maintenant le projet de fraternité du Prince de la paix. Il est temps, le jour va bientôt se lever ! Que notre vie tout entière soit le cri de tous ceux qui sont victimes du mal quel qu’il soit. Nous attendons la justice et la paix. Nous attendons Jésus, le Prince de la paix.

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