Suivons avec précision l’étoile de l’évangile : elle conduit les mages jusqu’à Jérusalem et disparaît. Ils sont alors guidés par les Ecritures lues par ceux qui les connaissent sans que cela les mette en route. A Bethléem, l’étoile brille de nouveau. Leur joie, grande, peut laisser entendre qu’ils se pensaient perdus, fourbus d’avoir fait tout ce trajet pour rien. Hérode et tout Jérusalem sont bouleversés mais sont restés sur place. Déjà se vérifie le propos de Silesius : « Christ serait-il né mille fois à Bethléem, S’il n'est pas né en toi, c’est ta perte à jamais. » Ensuite, on ne parle plus de l’étoile.
On a donc une séquence étoile/Ecritures/étoile/enfant. L’astre s’éteint, remplacé par une parole sans locuteur, antique parchemin, et par un locuteur sans parole, enfant nouveau-né. De l’astre, on suit le trajet depuis le livre des Nombres et la prophétie de Balaam, voire dès la première page des Ecritures, lorsque le ciel se pare de luminaires pour séparer les nuits des jours, pour que la nuit ne soit pas que ténèbres.
« Un héros sortira de la descendance de Jacob. […] Ce héros, je le vois – mais pas pour maintenant – je l’aperçois – mais pas de près : Un astre se lève, issu de Jacob, un sceptre se dresse, issu d’Israël. » Du texte massorétique au Talmud en passant par la Septante, le sceptre est roi, puis homme ; voilà qui éclaire l’oracle obscur de l’homme au regard pénétrant.
Lumière s’était aussi levée sur le peuple qui marchait dans les ténèbres et le pays de l’ombre. Quand il fait tellement nuit dans la froideur de la mort, une étincelle éphémère est un feu de lumière. Un autre enfant, par la bouche libérée de son père, prophétise « l’astre d’en haut, qui vient nous visiter, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. »
Jean, l’évangéliste, parle de la lumière venue dans le monde et de la parole plantée comme une tente. On écrira dans la même veine : « Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons. Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons vue, et nous rendons témoignage : nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous. Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Or nous sommes, nous aussi, en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ. Et nous écrivons cela, afin que notre joie soit parfaite. »
Y aura-t-il une étoile ? Pouvons-nous toucher la lumière, la parole, le verbe de vie ? Certains confondent la vive parole avec le merveilleux. Ils veulent des miracles ! Ils organisent la foi en séances de guérisons, comme des païens – gens superstitieux et religieux ‑ des temps modernes, fussent-ils clercs. Ça rapporte plus, en finances et en nombre.
S’il y a besoin d’inventer la magie des signes, c’est que l’on ne regarde pas au bon endroit. Pour toucher la parole vive et voir l’étoile, ne courrez pas les liturgies à la mode de shows hollywoodiens. « Des jours viendront où vous désirerez voir un seul des jours du Fils de l’homme, et vous ne le verrez pas. On vous dira : “Voilà, il est là-bas !” ou bien : “Voici, il est ici !” N’y allez pas, n’y courez pas. » Venus adorer un roi, c’est un enfant qui nous attend.
Dès qu’un humain est humain, seulement, simplement et totalement, la lumière se lève, pour lui et pour ceux qui le rencontrent. Il donne de toucher la lumière, de voir la parole, de l’entendre, de la manger. C’est encore plus vrai avec les pauvres et les piétinés de l’existence, parce que Dieu préfère habiter avec eux, bivouaquer parmi eux.
Les miracles et le merveilleux sont nocifs. Ils détournent du lieu où Dieu plante sa tente, non dans le surnaturel, imaginaire étoilé d’idéaux projetés dans le ciel. Dieu est avec les pauvres et les hommes et femmes humains, comme nous pouvons tous l’être. Le reste est mensonge. Matthieu à la fin de son texte dit où mène l’étoile, où la parole se fait chair : « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! »
Neuilly en Donjon (03). Au tympan, les mages, au linteau, Adam et Eve et la Cène. Madeleine essuie les pieds de Jésus.

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