jeudi 5 novembre 2015

Tartuffe et la veuve indigente (32ème dimanche)


L’hypocrisie en matière de religion est une maladie congénitale. Après les prophètes, Jésus la dénonce ; on sait que ses seules invectives sont à destination des pharisiens et scribes hypocrites. Les scandales à répétition au Vatican, y compris crapuleux, nourrissent cette impression d’hypocrisie de la part de prélats donneurs de leçons. Dans nos communautés, les étroitesses, les mesquineries ne sont pas toujours absentes ! Outre la malhonnêteté de ceux qui cherchent à dissimuler leurs forfaits, il faut comprendre pourquoi l’hypocrisie habite l’Eglise de façon endémique.
Il y a un décalage entre ce que nous annonçons et ce que nous vivons. Nous portons l’évangile de Dieu dans de viles poteries (2 Co 4, 7), mais nous ne sommes pas prêts à nous reconnaître tels. L’hypocrisie commence quand nous n’acceptons pas d’être reconnus pour ce que nous sommes, quand nous voulons le pouvoir ou la notoriété, la respectabilité de ceux qui savent le vrai. Parfois aussi l’humilité est la stratégie de l’hypocrisie ; Molière et son Tartuffe l’ont suffisamment montré.
Bien sûr, nous pourrions ne prêcher que ce que nous vivons, mais alors, combien nous aurions réduit l’évangile à notre taille, à notre petite échelle ! Ce ne serait plus l’évangile. Autre solution, parler au nom de l’Eglise. C’est elle qui, quelque soit notre indignité, justifie que nous disions haut et fort la vérité ; il n’y aurait pas hypocrisie à dire l’exigence du Royaume et à ne pas la vivre, puisque nous serions autorisés à prêcher par la mission de l’Eglise de révéler à tous qui est Dieu. L’Eglise, elle, est à la hauteur de l’évangile. Mais peut-on se dévouer à l’Eglise autrement qu’à se convertir ? L’Eglise peut-elle annoncer l’évangile malgré l’hypocrisie où nous place la démesure de l’exigence évangélique ?
L’Eglise, certes, est sainte. Il y a encore quelques dogmatiques pour faire la distinction entre cette sainteté et les nombreux péchés de ses membres, y compris des responsables les plus éminents. Ce n’est plus tenable ! La sainteté de l’Eglise que nous confessons dans le credo est celle qu’elle reçoit de Dieu ; cela ne signifie pas que l’Eglise ne soit pas pécheresse ! Il nous faut penser ensemble la sainteté et le péché pour l’Eglise comme pour chacun de nous, simul justus et peccator. Une même attitude pour l’Eglise et pour chacun s’impose, que Jésus indique dans la louange de la veuve indigente (Mc 12,38-44). Le deuil de cette femme est une parabole du péché et sa contagion mortelle.
La veuve du trésor, après son mari, se défait de tout, risque tout. Elle se met en situation de précarité absolue. Ne lui importe plus son pouvoir ou sa respectabilité, de savoir si elle fait bien ou pas. Elle ne cherche aucune fierté, aucun regard. Personne ne la regarde d’ailleurs, si ce n’est Jésus. L’admiration de Jésus située par l’évangéliste de suite après sa dénonciation des scribes hypocrites vaut comme remède à l’hypocrisie religieuse. Il ne s’agirait alors pas tant de voir en cette veuve l’idéal d’une vie suspendue à la Providence au point d’être irresponsable, que le chemin pour sortir de l’hypocrisie dénoncée juste avant.
Jésus n’est pas en effet un professeur de morale. Les prostituées et les collabos sont donnés en exemple mais ceux qui, au nom de la vérité, et aussi de la vérité religieuse, donnent des leçons qu’ils ne pratiquent pas eux-mêmes, faux-monnayeurs de l’évangile, échappent à la miséricorde, sans appel. C’est peut-être cela le péché contre l’Esprit, irrémissible, contre-témoignage, falsification de l’évangile.
Nous sommes invités à n’avoir, comme la veuve, rien à défendre, rien à protéger, surtout pas nous-mêmes, pas même l’Eglise. Nous n’avons rien à défendre parce que la défense, comme le dit si bien le ministère éponyme, c’est avec des armes, c’est choisir la lutte armée, ou du moins le chemin de la force. Tout le contraire de Jésus, tout le contraire de cette veuve en laquelle Jésus découvre son propre chemin. Il offrira comme elle toute sa vie.
L’hypocrite est toujours du côté de la force, de la puissance, du bien paraître. Et même le Tartuffe qui feint la faiblesse est dans la force. Cette veuve se range du côté des martyrs, des témoins, des faibles. Ils demeurent désarmés devant leurs bourreaux. Nous ne dirons l’évangile, l’amour de Dieu, que les mains vides et enduites de l’amour et du pardon. Pour que l’annonce de l’évangile ne sonne pas faux, ne soit pas hypocrisie, pas d’autre solution que de ne plus rien revendiquer, pas même deux piécettes dont il faut se dessaisir. L’évangile ne s’annonce pas autrement.


Depuis l’accord luthéro-catholique sur la justification (1999), après de nombreux travaux théologiques ces cinquante dernières années, la formule simul justus et peccator (juste et pécheur en même temps) ne fait plus problème en catholicisme.
Le concile Vatican II dit l’Eglise sainte et toujours à réformer. La Commission Théologique Internationale et le Cardinal Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi écrivaient en 2000 que l’on pouvait dire l’Eglise pécheresse ; Jean-Paul II l’avait d’ailleurs fait en 1982.




- Encore une semaine de scandales au Vatican. Que les faits soient avérés ou non, que les journalistes souhaitent le bien de l’Eglise ou lui nuire, nous souffrons Seigneur. Nous te confions l’urgence de la réforme qui est autant affaire de changement des structures que de conversion. Nous te confions François.
- Encore une semaine de violences, d’attentats, de drame des réfugiés, de guerres. Comme si jamais nous n’en sortirons. Nous te confions Seigneur ce monde que nous aimons, qui a tout pour être heureux, et qui gît dans sa propre haine.
- « Encore une », disait à la sortie de la messe un résident de la maison de personnes âgées, comme s’il venait de réussir une journée de plus en ta présence. Nous te confions Seigneur, tous ceux qui cherchent à vivre, heure après heure, en ta présence.
- Encore un dimanche où nous nous sommes rassemblés pour vivre de ta mort et de ta résurrection, Seigneur. Nous te confions notre communauté. Garde-là dans la fidélité à ton alliance ; donne-lui d’aimer recevoir ton corps pour être, avec d’autres, au cœur de notre société, ton corps, fraternité réconciliée à laquelle tu appelles tous les hommes.
 

1 commentaire:

  1. En attendant que les salauds de prélats qui détestent François et se goinfrent au Vatican (ou ailleurs) dans le luxe et l'oisiveté, sur le dos de la veuve indigente et assimilés, on peut les aider à se convertir en leur coupant totalement les vivres. A chacun de vivre de son propre travail et non du denier du culte ou du denier de Saint-Pierre ! Quand on gagne son fric et celui de sa famille à la sueur de son front, à la force de ses mains ou par son génie créatif, on apprend vite la valeur des choses et on a moins tendance à mépriser les petits et les sans-grade. Ensuite, si l'on n'est pas trop crevé en rentrant du boulot, on peut toujours rendre service bénévolement à son prochain, y compris en tentant d'annoncer la bonne nouvelle d'un certain JC si telle est sa vocation et son ministère ordonné. Au taf, les prélats ! Je crois me rappeler que Pierre n'a quitté sa barque que tardivement et que Paul se vantait (il en était coutumier malgré l'écharde) de bosser pour n'être à charge à personne.
    Mutatis mutandis, je peux servir la même chose aux députés, ministres et autres fils et filles d'archevêques de la société civile et du CAC 40 : quand on vit dans les palais dorés avec 50 000 € d'argent de poche par mois, on évite de faire la leçon aux pauvres en décrétant que le Smic à 1000 € est trop élevé et que le RSA à 468 € encourage le vice.

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