02/09/2016

Haïr les siens pour suivre Jésus (23ème dimanche)


Il est des évangiles qui interdisent d’avoir bonne conscience. Qui d’entre-nous préfère le Christ aux siens ? Qui d’entre nous souhaite préférer le Christ aux siens au point de regretter de ne pas y parvenir ? Faut-il prêcher l’amour du Christ plus fort que l’amour familial ? Ne doit-on pas proposer une lecture moins radicale de notre texte (Lc 14, 25-33) ? Jésus demande-t-il vraiment à ce qu’on le préfère « à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie » ?
Et encore, notre traduction, pourtant tout juste refaite, ne respecte pas le texte. Il est écrit : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. »
Opter pour la lecture littérale, c’est dire qu’aucun ne peut être disciples de Jésus. Qui d’entre nous hait les siens pour suivre le Christ ? Sans doute seulement quelques fanatiques, ou personnes à plaindre que leurs familles auront persécutés.
La lecture littérale a l’intérêt de mettre en évidence une impossibilité. Il est impossible de vouloir être disciple de Jésus. Cela n’est pas à notre portée. Voilà qui interdit tout pharisaïsme. Les champions de la foi, qui donnent des leçons sur l’orthodoxie aussi bien que sur l’orthopraxie sont des charlots, des menteurs. Intégristes ou cardinaux inflexibles, personne ne peut jeter la pierre à personne, car personne ne peut être disciple.
Est-ce à dire que l’appel de Jésus à le suivre n’est qu’une impossible contradiction ? Non, si ce n’est pas nous qui sommes disciples, mais si c’est Jésus qui fait de nous ses disciples. La suite de Jésus n’est pas une option, quelque chose que l’on aurait choisi. Nous n’avons pas tellement choisi d’être disciples. Cela s’est imposé, s’impose à nous. Nous avons été saisis par un amour qui se propose. Comment l’enverrions-nous bouler ? Et ceux qui ne croient pas n’ont pas entendu ce que signifie cet amour. Sans quoi ils s’y livreraient aussi. Comment tourner volontairement le dos à un tel amour ?
Cette impossibilité évangélique se retrouve en tant d’autres versets, à commencer par « pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu… » La lecture littérale interdit tout pharisaïsme et place chacun dans l’attitude de l’accueil. Nous accueillons un amour qui fait de nous des disciples. Prétendre que nous avons voulu être disciples, que nous l’avons choisi, est un mensonge, car qui ne hait pas les siens ne peut pas être disciple.
Mais faudrait-il haïr les siens et aimer ses ennemis ? Là encore, d’autres passages de l’évangile reviennent en mémoire. « Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu’eux aussi ne t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille. Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. » C’est juste avant notre texte. Le chapitre entier est fait de contradictions, comme la parabole, dont on ne sait pas pourquoi on est privé, des invités au festin de noce. Les invités ne viennent pas. On invite les gens que personne n’invite, on les force même à entrer. L’un d’eux n’a pas l’habit de noce et est mis dehors !
L’impossibilité évangélique, les contradictions ou les paradoxes sont indispensables à l’évangile autant qu’ils le structurent. Non seulement ils interdisent le pharisaïsme en désignant la grâce, la gratuité sans pourquoi et généreuse de Dieu, mais ils empêchent de prendre la foi, l’être disciples, pour des choses à accomplir, puisque c’est impossible. Etre disciples ce n’est pas des choses à faire, des obligations, en dehors du commandement de l’amour, de sorte que l’on n’est jamais quitte, jamais en règle. Mais n’est-ce pas justement ainsi avec l’amour, on n’est jamais quitte, toujours en dette et en quête ?
Ainsi, lire littéralement notre texte interdit de la lecture littérale ! Le fondamentalisme est impossible. Il n’est pas écrit qu’il est interdit d’être fondamentaliste, car les fondamentalistes pourraient encore lire littéralement cette interdiction. L’évangile est construit de telle sorte que toute lecture fondamentaliste explose en vol.
On sera d’ailleurs surpris de ce que personne en définitive, ne prenne l’ordre de haïr les siens pour être disciple au premier degré mais revendique une lecture littérale quand il s’agit du divorce. On sera étonné que personne ne prenne au sérieux l’amour des ennemis et des méprisés, pauvres, estropiés, boiteux, aveugles, ceux qui ne marchent pas droit, mais que l’on continue à prendre au premier degré l’interprétation du remariage après divorce comme un adultère. « Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l’amour de Dieu ! Il fallait pratiquer ceci, sans omettre cela. » (Lc 11, 42)

01/09/2016

Il partit sans savoir où il allait


Peut-être cela vous est-il arrivé cet été. Vous êtes partis sans rien connaître de votre destination. Une fois arrivé, vous n’aviez plus vos repères. L’expatriation offre le même genre d’expériences ; chaque fois que l’on découvre une nouvelle situation.
On est alors bien obligé de faire confiance, par exemple au chauffeur de taxi, dont on n’est pas sûr qu’il ait compris ce qu’on lui a dit. Faire confiance, compter sur l’autre, risquer des relations nouvelles. A partir, on note plus que de coutume que l’on ne peut pas vivre sans faire confiance aux autres, sans croire ceux que l’on ne connaît pas même. C’est bien une histoire de foi. « Par la foi, répondant à l’appel, Abraham obéit et partit pour un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait. » (He 11,8)
Ce type de confiance, de foi en l’autre est une pratique de la différence. Croire, c’est pratiquer la différence. Croire, c’est se risquer au jeu de la différence. Croire n’a pas alors un sens uniquement religieux ; nous sommes tous des croyants au sens où nous portons tous foi à ce que nous disent les autres, mêmes inconnus, lorsque nous leur demandons ne serait-ce que notre chemin ou l’heure. Ainsi fonctionne la société.
La pratique de la différence nous construit. Nous apprenons qui nous sommes par les autres. Le plus court chemin de soi à soi passe par autrui. Et voilà pourquoi il est si important de partir, précisément sans savoir où l’on va. Notre identité ne précède pas le dialogue et la rencontre, qu’elle rendrait possible, mais, jamais définitivement acquise, elle s’élabore dans le dialogue et la rencontre. La différence et la rencontre rendent l’identité possible. Cela est au cœur de la culture gréco-romaine, judéo-chrétienne, jusque dans la philosophie contemporaine, y compris athée. C’est cela la culture ou les valeurs occidentales. Mais…
Si Hermes est le dieu des voyageurs, des marchands et des traducteurs, il est aussi celui des voleurs ! En latin, un même mot dit ce qui est étranger et hostile. Il n’y a qu’un pas d’étrange à étranger et ennemi. Il est possible de tricher, de mentir dans la pratique de la différence ; la foi peut être abusée. Ne convient-il pas de se méfier de ce qui est différent, inconnu ? Alors que le monde est soumis à des migrations (économiques, touristiques, humanitaires, criminelles) et des brassages de populations, la violence est-elle notre avenir ? Faut-il fermer encore plus les frontières et se replier sur notre identité ?
Le terrorisme nous tend un piège identitaire. L’attentat du 14 juillet à Nice, l’assassinat du Père Hamel et les réactions nous le montrent. L’Eglise Catholique en France a tenu un discours de paix bien loin des populistes qui sollicitent nos suffrages. Le Président de la République en a, dit-on, remercié le Pape. Si jamais elle l’eut, la France n’a plus une identité homogène, faite de gaulois chrétiens. Comme l’Europe, elle est plus mixte que jamais. La différence est partout et tout proche. C’est un changement de civilisation. Cela peut faire peur. Toute la planète est en permanence connaît la différence pour la rencontre ou le conflit, la paix ou la guerre.
La pratique de la différence, croire en l’autre, c’est le chemin, non sans obstacles, de la paix. Ce n’est pas par syncrétisme que des musulmans sont allés à la messe après la mort du Père Hamel, mais pour vivre la rencontre, pratiquer la différence, construire une société de confiance. Les réactions identitaires, non seulement ne font que décupler la violence, mais encore, trahissent l’identité européenne et chrétienne. La communauté nationale n’est pas affaire de race, de sang ou de coutumes, mais le partage d’une commune humanité, la compréhension de l’humanité comme fraternité. Notre culture, c’est la conviction, sans cesse à regagner sur la peur, que le dialogue est le chemin de la paix autant que celui de la connaissance de soi. Opter pour l’identitaire, c’est laisser gagner la barbarie, c’est piétiner nous-mêmes ce que nous voulons défendre.
Partir sans savoir où l’on va est parfois risqué ; c’est cependant la définition même de la vie humaine, toujours rejouer la confiance, la foi.

26/08/2016

La dernière place (22ème dimanche du temps)



Pourquoi ce conseil de Jésus, si ce n’est cette recommandation, de s’assoir à la dernière place (Lc 14, 1-14) ? S’agit-il seulement d’humilité ou de misérabilisme, d’une astuce qui permet de ne pas avoir honte d’être relégué et de tenter l’honneur d’être promu ?
On se doute que si l’évangile n’a rien d’autre à dire que des règles de bienséance et de bonne conduite, il n’a guère d’intérêt. Cela n’a pas empêché les chrétiens de cultiver ces règles, et si vous voulez en rire, ou en pleurer, allez voir la pièce de Jean-Luc Lagarce, Les règles du savoir-vivre dans la société Moderne.
Cela n’empêche pas les ecclésiastiques de revendiquer les honneurs, les hochets, titre de prélat, soutane filetée ou à traine (je vous recommande les photos d’un cardinal sur internet avec sa traine de plusieurs mètres de long !). Mais les ecclésiastiques ne sont pas les seuls, et nombreux parmi nous aiment les honneurs, aiment être reconnus. Et pourquoi pas.
On dira, c’est naturel ; nous cherchons à être reconnus parce que sans reconnaissance, on ne peut vivre. On dira, il faut d’abord avoir une identité, après on pourra discuter avec tous. On dira, il faut d’abord les bases, après la critique. Mais non, on apprend à se dépendre de la reconnaissance pour être disciple, frère et serviteur. Les sept milliards d’humains reçoivent-ils la reconnaissance que nous exigeons pour nous ? On reçoit son identité des autres dans la rencontre, le dialogue et le débat ; on fonde les bases à les savoir relatives, critiquables.
Sinon… sinon, c’est la guerre. Si Jésus recommande la dernière place, justement en remarquant ceux qui se placent, c’est d’abord parce que c’est la seule façon d’éviter la violence. Il suffit de regarder et c’est ce que fait Jésus. Il voit le manège, peut-être même les manigances ou les magouilles, hier comme aujourd’hui.
Etre le premier ! Et dire que l’on a enseigné cela, que l’on enseigne cela dans les meilleurs établissements catholiques ! Comme il n’y a qu’une première place, forcément, au minimum, elle est en compétition, au pire elle excite les jalousies et les haines, la violence. Le triste spectacle de la politique intérieure et internationale nous montre cela à longueur de colonnes de journaux, au point d’éclipser tous ceux qui s’engagent en politique, pour les autres, pour le bien commun, pour disparaître.
Comment se fait-il qu’une parole aussi centrale de Jésus ait été et soit encore aussi délibérément ignorée par nous-autres, ses disciples ? Les premiers seront derniers. Ce n’est pas une lubie passagère des évangiles, mais un accord de tous, et dans la répétition, pour attribuer cette conviction à Jésus. Que cherchons-nous encore les premières places ?
Oh certes, nous avons de bonnes raisons. On pourrait, dit-on, exceller et être pacifiques et même artisans de paix. On pourrait, dit-on, faire du pouvoir un service. Mais non, cela n’est pas vrai. Il faut arrêter ce genre de contorsions homilétiques ou morales. Seule la dérision des pouvoirs, à commencer par ceux qui les détiennent, peut limiter les dégâts. J’ai connu un supérieur de séminaire qui excellait à ce jeu. Il ne perdait rien de son autorité, au contraire. Il tâchait de n’être pas dupe et de rendre les autres libres. Il était au service des jeunes et se moquait de lui. Vous n’avez qu’un seul père, vous n’avez qu’un seul maître. N’appelez personne du nom de rabbi ou de père. Et l’on continue, mon père, Monseigneur, Excellence, Eminence !
Que le pouvoir soit nécessaire, qu’il vaille mieux qu’il soit tenu par les bons que par les méchants, c’est certain. Mais cela ne suffit pas. Le pouvoir corrompt, et seule sa dérision permet peut-être d’y échapper. Et la dérision du pouvoir, c’est le service, et même l’esclavage. Plus notre pouvoir est grand, en famille, dans l’entreprise, dans l’Eglise, en politique, dans une association, plus nous devons prendre la figure de l’esclave, agir comme lui, être à la merci. Ne pas croire en son pouvoir, l’exercer pourtant, c’est se faire esclave des frères.
Je ne dis rien d’original. C’est sans cesse répété par l’évangile et que nous ne voulons pas écouter, et que nous ne voulons pas voir. C’est le chemin de Jésus lui-même. Il s’est fait le serviteur, l’esclave, lui, le maître et Seigneur. C’est le scandale de l’évangile, sa vérité, le maître s’est fait serviteur, le maître est condamné comme un maudit, un vaurien.
« Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j’ai fait pour vous. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni l’envoyé plus grand que celui qui l’a envoyé. Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites. » (Jn 13, 13-17)

21/08/2016

La porte étroite - Lc 13, 22-30 (21ème dimanche du temps)

A propos de Lc 13, 22-30
Le salut, c'est la rétribution de nos actes bons ou mauvais, un salaire, ou la vie et le bonheur ?
Si c'est la rétribution, il ne faut pas s'étonner que la porte soit étroite. Et encore, il est dit ailleurs que pour les hommes, c'est impossible, porte close, pire, pas de porte du tout, impasse.
Pourtant, certains s'obstinent à penser le salut comme rétribution de leurs mérites, parmi lesquels, et non des moindres, d'être des familiers du Seigneur. Nous avons mangé et bu avec toi, tu as enseigné sur nos places.
Mais comment se dire familier du Seigneur quand on pratique l'injustice, comme si le nom de Dieu était une formule magique ? (Cf. Jr, 7). N'est-ce pas pour cela que l'on ne peut prononcer le nom de Dieu, pour ne pas s'en servir comme d'une formule magique ?
Si le salut est rétribution, rien ne le garantitet surtout pas l'appartenance au (peuple du) Seigneur. Version lucanienne de la parabole des brebis et des boucs de Matthieu (Mt 25, 31 ss).

Si le salut est vie et bonheur, alors, comme la vie et le bonheur, il se reçoit. Qui s'est donné la vie ? Qui s'est donné le bonheur ?
Le salut, comme la vie, comme le bonheur, se reçoit; il ne s'achète pas ou ne se procure pas ou ne se fait pas.
Et la porte du salut est large, comme la miséricorde de Dieu. Elles sont ouvertes, les portes du salut (Ps 118, 19-21) en grand et toutes les nations y entrent, pas seulement le peuple choisi, pas seulement les amis de Dieu ou ceux que l'on appelle amis de Dieu. C'est la superbe prophétie d'Isaïe (Is 66, 18-21) que Jésus reprend ici.

Jésus parle ici comme souvent par antiphrase, ou selon une logique qui pousse à changer son regard. A question stupide, réponse stupide. A penser que le salut se fait, est rétribution, on va à l'impasse; forcément la porte est étroite et tous sont condamnés, car qui n'a jamais méprisé son frère, qui n'a jamais été injuste.

La porte du salut est large, parce que le salut, c'est Dieu qui se donne, c'est la vie et le bonheur, et Dieu ne donne pas chichement, sa miséricorde, son amour sont infinis, larges, qui embrassent la création entière.
Et si l'on veut poser la question du salut des méchants, des injustes, il faudra être soi-même des justes. Mais qui en est ?



Traducted y completed by Jean François Garneau
Is salvation really the reward for our good or bad deeds, the salary we received, at the end of our lives, for a job well done or poorly done? Or is salvation not, rather, just life and happiness, but in the fullest?
If salvation is a reward, then one must not be surprised that the door given access to it is narrow, the discipleship to get there, harsh, and the grace to get it, costly. In fact, the Gospel says elsewhere that for men and human doing, crossing that door is impossible. The door is closed or, worse still, there is no door, our hope of finding one leads to a dead end.
Yet despite all those killjoy passages in the Gospel against any attempt to think of salvation as a reward for our good deeds (among which, the most meritorious being to have gone to confession and communion regularly, so much so that one can pretend to have spent one’s life in the intimacy of the Lord). We have spent our lives eating and drinking with you, we have spent our lives following your teaching on discipleship.
But how can one pretend to be in the intimacy of the Lord when one is complicit of all the injustice that goes on in the world (the nuance between explicitly or implicitly complicit meaning next to nothing given the atrocious level of that injustice), as if God's name was a magic word (See Jeremiah 7)? Is that not why one cannot pronounce the name of God, so as not to use it as a magic word?
If salvation is a form of retribution, nothing can guarantee it, and especially not proper membership of the people of the Lord (i.e.: identity Catholicism). See the Lukan version of the parable of the sheep and the goats in Matthew (Luke 13: 22-30 being Luke’s adaptation of Matthew 25; 31-46).
On the other hand, if salvation is life and happiness, then, as is the case for life and happiness, it’s not something that can be earned, only something that can be received. Who managed, ever, to give oneself one’s life? Who managed, ever, to give oneself one’s happiness?
Salvation, like life, and like happiness, is received; it cannot be bought, it cannot even be acquired through other means (such as pleading with God with lots of weeping on the misery of our fate) and it cannot be made as a result of some costly discipleship on our part.
And yet when understood as a gift (rather than the reward for our good deeds), the doors of salvation are wide open, as wide as God’s mercy. Psalm 118: 19-21 says it in so many words: They are open, the doors of salvation, and all nations will come, not just the chosen people, not just the friends of God, those who called themselves or are callsed “friends of God”. This is the great prophecy of Isaiah (66: 18-21), which Jesus here repeats.
In short, Jesus speaks ironically in the passage of the narrow gate (i.e.: by pushing the logic the law to such an extreme that it ends up exploding). In so doing, he forces one to conversion, to change the legalistic way we look at things. Ask a stupid question and you’ll get a stupid answer, can we almost hear him say. If you want to think of salvation in terms of reward, then look at the dead end it leads you into. Of necessity, the gate of salvation will need to be narrow and all your efforts to be doomed. For all are damned in this perspective for who has never despised his brother, who has never been unjust…
The only way the door of salvation can be broad is because salvation is God Himself giving Himself to us. It is that, not costly discipleship, which is life and happiness. And God is not cheap with his gifts. His love and mercy are infinitely broad. And they embrace the whole of Creation.
And if one insists to continue raising the question of the fate of the truly wicked and the truly unjust, the only answer to be given to us is who the hell do you think you are to look upon those truly wicked and those truly unjust with such moral self-righteousness?

20/08/2016

¿Coger o acoger? (Domingo 21 del tiempo)



¡Cuánta extraña nuestra preocupación de saber quien se salve! Queremos nombrar, queremos saber, queremos conocer el juicio antes de su tiempo. ¿Por qué?
¿Para ser tranquilizados con nuestro caso? A menudo, siendo del pueblo de Dios, ya estamos más o menos seguros que todo irá bien para nosotros ¡estamos del buen lado! Pero los demás…
Ya en el primer testamento ¿no hay seguridad o certeza de salvación? Es la gloria del nombre de Dios mismo que todos reciban la salvación. Sería un fracaso para Dios que unos se pierdan. Y así él mismo se hace pastor, porque los pastores no hacen correctamente el trabajo, no se preocupan del pueblo.
Sin embargo, el pueblo de Dios, judíos como cristianos, musulmanes también, todos, pensamos que perteneciendo en la comunidad elegida, no habrá problema. ¡Pero es superstición! ¡Es magia! Un talismán, una fórmula mágica que protege sin que se trate de amor. Con Dios somos como vendedores cuando se trata de amor. ¿Bastaría que uno tenga siempre el nombre de su pajera en la boca aun que nunca la vea? ¿Qué sentido decir el nombre de Dios ‑lo que no se permite por esta razón precisamente‑ si nunca decimos algo a Dios, si nunca nos dirigimos a él?
La respuesta de Jesus a la pregunta de saber quién podrá entrar en el reino de Dios se hace en dos momentos. Primero, la puerta esta estrecha. Segundo, el criterio de la salvación.
La puerta esta estrecha, el camino es difícil. ¿De verdad? En todas las escrituras Dios se muestra como el que perdona, que perdona todo, setenta veces siete veces. El es el misericordioso. ¿Cómo pensar que sea difícil entrar en el reino? La puerta de la misericordia esta ancha.
Si contamos con nosotros y no con Dios, es muy claro, es imposible. Para los hombres, es imposible. La salvación, como la vida, es algo que se recibe, no que se puede comprar, adquirir, obtener. Pero pensamos que los meritos tienen que ser pagados. Pensamos que una vida buena vale una retribución. Pensando así, nos olvidamos que solamente se puede recibir la vida. Nadie puede dársela. Lo mismo con la felicidad. ¿Quién se la ha dado? La salvación es vida y felicidad y no nos la podemos dar. Pensar en Dios con el modelo de la retribución en lugar del amor no prohíbe entender cualquier cosa de Dios.
La respuesta de la puerta estrecha es una antífrasis. ¡A preguntas estúpidas, respuestas estúpidas! “¿«Serán pocos los que se salven?» Jesús les dijo: «Esforzaos en entrar por la puerta estrecha.»” ¿Qué nos importa el número de salvados? No es el problema. El problema es el de la vida, es decir de la acogida de la vida. Una vez más, la vida sólo se puede acoger, nunca coger. ¿Cómo dejar la vida de Dios ser la nuestra? Es el sentido de la vida y de las palabras de Jesus.
De verdad, la puerta no está estrecha, porque Dios nunca cesa de darnos la vida, de darnos su vida, de darse, de ofrecerse. La salvación corre como un torrente después de la lluvia, transformando el desierto en un valle fértil.
Por lo tanto, abandonando la idea de la retribución, algunos piensen que no vale la pena romperse la cabeza. Si Dios siempre perdona ¿por qué hacer el bien? ¡Pero, qué razonamiento! Vivir en paz y feliz con los demás ¿sería una carga pesada de tal modo que preferíamos hacer el mal?
Pues viene el segundo punto de la respuesta de Jesus, el criterio de la salvación. Es el tema de la parábola de las ovejas y de las cabras que acabamos de oír en la versión de Lucas, menos conocida que la de Mateo. Despreciar a cualquier hermano, a cualquier hombre, es despreciar a Jesus mismo. Y si se trata de salvación ¿cómo sería posible despreciar a Dios?
La salvación se recibe, Dios se recibe y nunca cesa de ofrecerse. Quien desprecia al hermano rechaza la salvación. No basta pronunciar el nombre de Dios o pertenecer en su pueblo para acogerlo, hay que entregarse a él, como los amantes, hay que amar a los demás, porque son hijos de Dios, pues hermanos nuestros.