samedi 19 juin 2010

Sauver sa vie... (12ème dimanche)

« Pour vous qui suis-je ? » Non pas, pour vous qui est Jésus ? et encore moins qui est Jésus ? Nous ne sommes pas interrogés sur l’identité de Jésus. Nous sommes interpellés par Jésus, non pour donner une réponse, mais pour nous engager : Pour vous, qui suis-je ?

Et de fait, il semble que la réponse de Pierre importe peu, qu’elle est à peine rapportée. S’imposent le silence, l’annonce de la passion et un chemin pour suivre Jésus. Répondre à la question de l’identité de Jésus ne relève pas d’un savoir. Répondre à Jésus, confesser son identité, c’est s’engager sur un chemin.

L’identité n’est pas un nom mais une route ou alors l’être est chemin : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ». Et mieux vaut se taire si l’on n’est pas prêt à se mettre en route. Il y a mensonge à dire, même parfaitement, qui est Jésus sans s’engager à sa suite. C’est bien pour cela qu’apparaissent si scandaleux les péchés des chrétiens. Comment dire Jésus et ne pas prendre sa suite ? Comment dire non à Jésus en disant son nom ?

« Que votre oui soit oui, et votre non, non. » « Pourquoi m’appelez-vous "Seigneur, Seigneur", et ne faites-vous pas ce que je dis ? » ; suit la parabole de la maison construite sur le sable ou le roc.

Ainsi, dire « Jésus » est un chemin. Et connaissez-vous route qui ne soit qu’agréable pente douce, ombragée et pleine d’agréments ? Voilà le problème : pourquoi la vie n’est-elle pas un long fleuve tranquille ? Pourquoi faut-il renoncer dès lors que l’on choisit ? Pourquoi faut-il mourir pour vivre ? Pourquoi faut-il perdre sa vie pour la gagner ?

Ce n’est pas seulement la suite de Jésus qui exige le renoncement et sa douleur. Jésus n’est pas plus exigeant que le reste. Terrible loi de la vie qui passe par la mort. Toutes ces morts depuis toujours, depuis le jour de notre naissance, depuis ces interdits des parents auxquels le petit est confronté, jusqu’à la vieillesse où l’on se voit diminué jusqu’à la mort en passant par les contradictions auxquelles se heurtent tous les adolescents : vouloir tout, vouloir la vie plus grande, et devoir renoncer pour pouvoir vouloir…

Le chemin à la suite de Jésus a toujours été rude, comme la route de la vie, un chemin de mort, un chemin de croix. Et c’est révoltant que le chemin de la vie passe ainsi par le renoncement. Car il ne s’agit pas de renoncer seulement au mal, mais à ce qui est si désirable, si bon. Je ne peux être ici avec mes amis et là-bas avec d’autres que je chéris tout autant.

Le chemin à la suite de Jésus est peut-être plus rude aujourd’hui, où l’on nous fait croire que ce n’est pas vrai, il n’y a pas à mourir. Comme il est dur le chemin pour nos enfants. Télé, pub, people, argent, tout fait croire que tout est possible. Nous pensons pouvoir gagner notre vie, la réussir et au moins la garder, la sauver. Comme une intolérable provocation, l’évangile dit : non ! Il dénonce radicalement les illusions. L’opium du peuple n’est pas forcément dans le christianisme, et l’évangile est aussi corrosif, voire davantage, que ne l’était le marxisme par rapport à la religion. Pour sauver sa vie, il faut la perdre.

Non qu’il faille renoncer à la vie, non qu’il faille, désabusé, abandonner l’espérance des promesses de la vie. Au contraire, pour ne pas rétrécir la vie à ce qui est seulement possible, à ce que je peux sauver, il faut consentir à perdre. Pour la vie plus grande ‑ trop aux yeux des dealers de l’opium contemporain ‑ il faut tout perdre. Comme c’est dur. Et avec nos enfants, avec ceux qui ne partagent pas la foi, nous sommes dans cette même et terrible aventure.

Quand nous verrons Dieu face-à-face, je crois qu’il nous demandera pardon. Il n’a pas su faire que la vie ne passe pas par la mort… Il n’a pas su créer la vie sans que le mal ne la pourrisse.

Nous n’avons pas de nom à donner à notre Dieu si ce n’est nos velléités de le suivre. Nous n’avons pas de repos assuré ‑ notre cœur est sans repos ‑ mais nous pouvons nous mettre en route. Impossible de vivre sans aimer, et aimer c’est justement ne plus rien savoir, ne plus rien maîtriser. Et là encore nous ne sommes pas aidés lorsque l’on nous fait croire, lorsque nous voulons croire, qu’il est si simple d’aimer.

Le chemin de la croix, le chemin de la mort, s’il est chemin de vie, ce n’est pas par dolorisme ou masochisme. Le chemin de la vie, s’il passe par la mort, c’est qu’il est amour, dépossession pour désencombrer des mains trop pleines et leur donner ce qu’elles ne pouvaient pas saisir. Qui le comprendra ?



Textes du 12ème dimanche du temps C : Za 12, 10-12a ; 13, 1 ; Ga 3, 26-29 ; Lc 9, 18-24

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