jeudi 26 août 2010

In memoriam Maurice Jourjon

Le Père Maurice Jourjon est décédé ce lundi 23 août 2010.
Doyen de la faculté de théologie de Lyon, il est de ceux qui ont été des transmetteurs de tradition. Ses maîtres sont un peu devenus ceux de ses étudiants. Le sillon d’une théologie lyonnaise, pour autant que l’expression ait un sens, il l’a creusé et ensemencé à son tour. N’allons pas croire qu’il y a une spécificité théologique à Lyon, ce serait un chauvinisme désuet ou un réflexe identitaire déplacé. Et pourtant, contre une sorte de normalisation y compris de la théologie, due pour le meilleur et pour le pire à la mondialisation et à la centralisation romaine tout autant qu’à la pénurie du personnel théologique dans l’Eglise de France, n’importe-t-il pas d’ancrer une réflexion dans une tradition et de lui reconnaître un style comme une saveur propre.
Point besoin de se ranger sous le drapeau de l’école de Fourvière, puisqu’il s’agit d’une invention polémique autant que malhonnête de censeurs incapables de laisser couler la source vive de la tradition. Et pourtant, sans que la philosophie blondélienne surtout n’ait à ma connaissance vraiment intéressé le travail de Maurice Jourjon, l’école lyonnaise de patrologie a été profondément stimulée par les Sources Chrétiennes, nées entre Rhône et Saône sous l’impulsion en particulier du Père Fontoynont et du Cardinal de Lubac.
Jean-François Chiron, actuel doyen, lors de l’homélie des funérailles, a pris le temps de rappeler le talent pédagogique du patrologue et son engagement œcuménique, notamment en tant que co-président catholique du groupe des Dombes.
Maurice Jourjon, au moins d’après ma légende, avait deux auteurs privilégiés parmi les Pères : Irénée de Lyon et Augustin. Il aimait la fraicheur ante-nicéenne de l’évêque de Lyon, la saveur johannique de sa réflexion, sa vision harmonieuse de l’économie du salut qui s’opposait tant au drame du péché et à la théologie de l’histoire d’Augustin. La langue de ce dernier l’enchantait ainsi que sa christologie, fontaine d’où coule sa théologie des sacrements (il faut encore relire le si beau Sacrements de la liberté chrétienne, paru au Cerf en 1981) et celle du Christus totus, du Christ total, le corps du Christ, l’Eglise, uni à sa tête.
Je me rappelle une invitation du Père Jourjon au séminaire universitaire. C’était à la fin des années 80. Il avait livré cette pépite aux futurs prêtres auxquels il s’adressait. Le plus beau jour de ma vie, commença-t-il, ménageant plein de malice un suspens rhétorique, c’est le jour de… mon baptême.
Voilà exactement l’originalité de la théologie rendue possible par Vatican II, c’est-à-dire par la tradition de l’Eglise. C’est la fin d’un tridentisme étroit et commun. Le plus beau jour de la vie d’un prêtre, c’est le jour de son baptême, quand bien même ce jour, il ne pourrait s’en souvenir. Quel jour plus beau en effet que celui où a été proclamé sur nous par « la parole visible » des eaux baptismales que nous étions les bien-aimés du Père, que nous entrions dans la communauté de ceux qui se reconnaissent frères dans le Sauveur ? Les oraisons de la messe de funérailles d’un prêtre n’ont pas retenu la leçon !

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