jeudi 12 août 2010

Lettres à un jeune prêtre. Pietro de Paoli


Je viens de lire, enfin, le dernier livre de Pietro de Paoli, Lettres à un jeune prêtre, Plon, Paris 2010. Je le trouve bien meilleur que les deux précédents, à la hauteur de 38 ans, célibataire et curé de campagne ou de Vatican 2035. La fiction fonctionne bien : Il s’agit de la correspondance d’un évêque à un jeune prêtre. Nous n’avons que les réponses de l’évêque à travers lesquelles on comprend les questions, critiques et convictions du prêtre. A travers la fiction s’exprime le sens de la vie chrétienne aujourd’hui.

Le texte redit en effet le cœur de la foi, en des mots simples ; il refuse de s’arrêter, mieux il conteste les évidences censées caractériser le christianisme selon une vulgate aussi rependue chez les croyants et les autres qu’indigente au point de faire dire à la foi chrétienne le contraire de ce qu’elle annonce. Bref de la bonne théologie sans la technicité de la discipline, ce que l’on est en droit d’attendre d’une homélie ou d’un conseil dans l’accompagnement spirituel.

Si j’en avais les moyens, j’en offrirais un exemplaire à tous les séminaristes malgaches lors de mon prochain séjour, non que la situation du christianisme soit exactement la même, mais la manière de dire le cœur de la foi conserve toute sa pertinence. Si vous souhaitez offrir un cadeau à votre jeune curé ou vicaire, au séminariste en insertion dans la paroisse, et qu’il ne connaît pas déjà le texte, n’hésitez pas !

Il faudrait se demander pourquoi on dit le contraire de ce petit livre dans certains séminaires que je connais, et pas à l’autre bout du monde ! C’est un des aspects que le livre ne fait qu’esquisser, trop rapidement, le drame des dissensions idéologiques dans l’Eglise. Il faut savoir qu’on ne peut pas tout dire en quelques pages et cela donnera à l’auteur de quoi produire son prochain opus. Cependant, faire de la théologie, présenter la foi, est aussi histoire d’engagement, de positionnement. L’auteur n’en disconviendrait pas. Et lorsque l’on se positionne, on ne peut plus être d’accord avec tout le monde. On peut et doit continuer à respecter autrui, à l’aimer, mais l’engagement chrétien, catéchétique est d’ordre politique, d’une politique ecclésiale. Des choses sont fausses, même dites ou mises en œuvre par un pape, des évêques, des prêtres, des laïcs, et ne sont pas que des opinions que je ne partagerais pas et qui auraient droit de citer au nom de la libre opinion. De ce point de vue je ne sais comment interpréter l’épilogue du livre, où il n’apparaît pas clairement qu’il y eut dialogue, écoute.

Je me permets deux réserves encore, ce qui m’ennuie bien tant je voudrais que ces lignes encouragent à lire le livre. Dans un prochain ouvrage, l’auteur s’attaquera peut-être plus frontalement à la condition chrétienne dans le monde aujourd’hui. Non pas seulement des analyses de la situation, mais la signification d’un christianisme de minorité. Il me semble que sa réflexion est trop ecclésiologique voire ecclésiocentrique et qu’il gagnerait à s’aventurer sur le terrain de l’anthropologie. Pourquoi croire ? Pourquoi tant n’en ont-ils pas besoin, et d’ailleurs est-il juste de parler d’un besoin de croire ? Une méditation sur la condition chrétienne comme discipline du perdant, une exégèse des béatitudes. Si nous sommes les disciples d’un perdant, de quelqu’un qui n’a pas réussi sa vie au sens où nous l’entendons dans la conversation courante, qu’est-ce que cela signifie pour ce qui serait la « réussite » du christianisme ? Si c'est la justice du Royaume qui doit être cherchée, et que le reste vient par dessus le marché, pourquoi l'attachement au Christ est-il central ?

Pourquoi enfin cette préface d’un des évêques les plus « communiquant » et parfois au plus mauvais sens du terme (voir le clip de promotion de son disque) ? Il est pourtant clairement dit dans l’ouvrage qu’évangélisation et communication ce n’est pas la même chose, que le problème du christianisme n’est pas un problème de communication. Pourquoi aller chercher une caution ou un soutien épiscopal pour un tel ouvrage ? Je peux imaginer une amitié entre l’auteur et l’évêque en question, mais je pense que sa publicité dessert plutôt le propos, sans que d’ailleurs je ne trouve à redire à cette préface quoi que ce soit, à part cette détestable manie de l’évêque de parler de lui.

1 commentaire:

  1. Merci Patrick pour ce blog riche et fidèle à toi-même...

    D

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