samedi 21 mai 2011

Voir ou croire, il faut choisir (5ème dim. de Pâques)

Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit.
Nous n’avons pas attendu le 21ème siècle pour affirmer que si nous pouvions voir Dieu, nous croirions. Le problème, c’est que c’est impossible. Croire et voir s’excluent, ou bien, pour le dire autrement, mais ce n’est qu’un cas particulier du principe précédent, si Dieu est Dieu, on ne saurait le voir. Voir et Dieu s’excluent.
En effet, voir Dieu, cela signifierait pouvoir l’observer, l’objectiver, le poser sous nos yeux, entre nos mains, le retourner comme un objet curieux, ou un objet à étudier. Voir Dieu, signifierait mettre Dieu au rang de ce qui est observable, scrutable, comme un atome ou une souris, un poireau ou n’importe quel objet de connaissance, et plus précisément de connaissance scientifique.
Qui s’étonnera de ce que parler de Dieu comme d’un poireau ou d’un atome, ne permette pas d’en dire beaucoup de choses pertinentes ? C’est un peu comme regarder un éléphant au microscope. Pire encore. Vous ne pouvez rien voir, ou alors ce que vous verrez ne sera pas Dieu, mais une caricature, ce que l’on appelle une idole. L’idole est précisément un objet en forme de Dieu. Ou bien ce que serait Dieu s’il était objet, objet observable ou objet de connaissance.
Voilà pourquoi entre Dieu et voir, il faut choisir.
Montre-nous le Père et cela nous suffit. La demande que nous faisons, et nous nous étonnons qu’elle ne puisse trouver réponse, est stupide, aussi stupide que de vouloir trouver l’amour au bout du scalpel ou dans l’observation au microscope. S’il s’agit de Dieu, ou bien tu crois, et alors tu verras quelque chose, ou bien tu veux voir, et tu ne verras rien.
Il n’y a rien de spécifique à Dieu là dedans. C’est la même chose pour l’amour. C’est la même chose pour la confiance. Vous ne pouvez rien voir de l’amour. N’essayez pas de disséquer les amoureux ou leur cerveau ! Et pourtant, qui doute de cet amour ?
Le conjoint qui ferait suivre son conjoint pour voir la fidélité de ce dernier ne pourrait plus l’aimer parce qu’il ne lui ferait plus confiance, parce qu’il ne croirait plus en lui. Entre croire et voir, il faut choisir. Et si vous ne voulez pas renoncer à voir, vous vous privez de beaucoup de choses. Car sans voir, sans observer, mais en faisant confiance, on voit ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu et qui pourtant s’offre à nous, et qui pourtant s’adresse à nous.
On peut choisir de vivre dans un monde à taille réduite, aussi petit que ce qui est observable, ce qui n’est pas mal, certes. On peut opter pour un monde plus grand, celui qui connaît l’amour, l’amitié, la confiance, l’humanité.
Non, l’homme n’est pas un animal raisonnable, un mixte, avec de l’observable et de l’immatériel. L’homme est un existant, quelqu’un qui existe en sortant de soi, dans l’extase. Il n’est pas dualité, mais il est ce qu’il advient dans l’ouverture. Quelqu’un qui existe en s’aventurant, en se livrant à l’inconnu, à l’invisible qui se révèle être son plus intime. L’homme advient par l’ouverture à ce qu’il n’est pas et qui est précisément ce qui le fait être, l’autre.
Tous, nous le savons. Tous nous le vivons quoi que nous en disions. Tous, nous nous en remettons à l’autre pour être nous. La démarche n’est pas propre à la foi, à la confiance en Dieu. Elle est humaine. Si la foi en Dieu est possible, si l’on peut connaître Dieu sans le voir, c’est justement parce que nous sommes ainsi faits d’être nous-mêmes à être ouverts à ce que nous ne sommes pas, d’être ouverts à ce que nous ne pouvons pas manipulés, tenir là, sous la main, comme un outil.
Alors, si une question se pose par rapport à Dieu, ce n’est pas celle de le voir ou de le montrer. C’est de savoir si parmi les multiples formes de l’altérité qui surgissent dans l’ouvert de l’homme, Dieu est requis. Jésus témoigne d’un Dieu qui est hospitalité, accueil de tous. Jésus témoigne d’un Dieu qui se retire si l’homme ne veut point de lui, sans que l’homme ne soit moins homme à se couper ainsi de lui. Jésus témoigne d’un Dieu qui veut s’unir l’humanité, comme un époux, de sorte que l’unité entre Jésus et le Père soit ce que nous puissions vivre aussi.
Ainsi, il montre le Père. Evidemment sans le faire voir. Seulement en indiquant à quel type de Dieu nous avons affaire.

1 commentaire:

  1. Voilà un texte que j'apprécie particulièrement…
    Une fois n'est pas coutume… Me voici en accord avec vous…
    En tout cas en positionnant du côté de votre « point de vue ».

    Si Dieu existait… Je pourrais éventuellement m'y retrouver dans la manière dont vous en parlez…

    en tout cas je suis d'accord sur l'aspect « mystère » des profondeurs de l'homme, lorsqu'il rejoint en lui cette dimension qui le dépasse tout en étant sienne.

    J'ai aussi beaucoup apprécié cette phrase :
    "un Dieu qui se retire si l’homme ne veut point de lui, sans que l’homme ne soit moins homme à se couper ainsi de lui. "

    ouf !

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