dimanche 20 novembre 2011

Charte du Royaume (Christ-roi)


Que ton règne vienne. C’est notre prière, si souvent répétée. Mais le règne en question n’est pas l’affaire d’un roi, mais celle de Dieu. Israël n’a jamais beaucoup aimé l’institution monarchique. Elle lui apparaît comme un crime de lèse-divinité (1 S 8,4 ss.), un abandon de Dieu.
Jésus fait tout pour que l’on ne fasse pas de lui un roi. Il s’enfuit (Jn 6,15) et lorsqu’enfin on le dit roi, c’est sur la croix qu’on l’intronise (Lc 23,37-38). Est-il d’ailleurs roi ou messie ? Les termes semblent assez interchangeables si le roi est celui qui a reçu l’onction, c’est-à-dire le messie. « En tant que crucifié, ce Jésus est le Christ, le roi. Pour lui, être crucifié, c’est être roi » (J. Ratzinger, La foi chrétienne hier et aujourd’hui, Paris 1969, p. 135)
Le Règne de Dieu n’est pas la royauté ou le royaume, ni un statut ni un état. C’est l’acte de Dieu, autrement dit Dieu lui-même. « Que ton règne vienne » ne signifie rien d’autre, avec le respect dû à celui dont on ne prononce pas le nom « Viens ». Et il est le toujours venant, celui qui n’arrête pas de venir à la rencontre des hommes, ainsi que le montre par exemple la parabole des ouvriers de la dernière heure ; à toute heure du jour, il sort et ne cesse de sortir pour aller à la rencontre de ceux dont personne ne voulait.
Ce règne, Dieu lui-même en tant qu’il agit, en tant qu’il vit, c’est ce que l’on appelle aussi la Trinité. Et si nous prions pour que le règne vienne, nous prions pour que la vie trinitaire, l’amour du Père et du Fils et de l’Esprit devienne la charte, la constitution des relations humaines. Ceci n’a évidemment aucun sens politique. Nous n’avons pas la naïveté de penser qu’une théocratie serait plus humaine que les autres systèmes politiques. Elle est sans doute plus dangereuse que beaucoup, si elle n’accepte aucune régulation ; qu’est-ce qui pourrait en effet réguler le pouvoir divin ? Toute régulation d’un tel pouvoir ne serait-elle pas ipso facto sacrilège.
Mais ce dont il s’agit est autre chose. Que les relations humaines soient régies par l’amour même dont Dieu vit, par l’amour même qui est la vie de Dieu, par l’amour même qui est Dieu.
Alors on comprend pourquoi l’évangile de Mt 25 exprime parfaitement ce qu’il en est de notre prière pour que son règne vienne. « Et ils s’étonnaient et lui demandaient : “Seigneur, quand t’avons-nous donc vu souffrant ?” … Et il leur répondit : “En vérité, je vous le dis, ce que vous avez fait ou ce que vous n’avez pas fait au moindre d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ou ne l’avez pas fait”. »
L’amour du frère est vie divine, vie trinitaire, qu’on le sache ou non, ainsi que le dit la parabole, ou plutôt que l’on sache ou non qui l’on aime ou n’aime pas lorsque l’on aime ou n’aime pas l’un de ces petits qui sont les siens. Rien n’oblige à reconnaître dans le frère l’un de ces petits qui sont les siens. Cela ne rajoute ni n’ôte rien à l’amour du frère. Ce qui ajoute ou ôte, c’est que nous ayons aimé ou non.
Dieu est aimé, Dieu est honoré, le règne de Dieu est accueilli, explicitement ou non, dès lors que le frère est aimé, et prioritairement, dès que le pauvre et le souffrant est soulagé, secouru. Seuls des serviteurs de leurs frères peuvent être les hommes et les femmes de ce règne. Il n’y a de règne, d’amour, de Trinité que dans le service. Le Christ l’a ainsi vécu qui s’est débrouillé à régner en servant, qui s’est débrouillé à inventer un pouvoir sans puissance. Le roi est serviteur et des hommes et de son père à qui il remet sa royauté.

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