samedi 11 février 2012

De la maladie à la fraternité (6ème dimanche)


Nous n’en avons toujours pas fini avec le premier chapitre premier de l’évangile de Marc commencé il y a cinq semaines voire plus.
Les versets 1 à 8 ont été lus lors du deuxième dimanche de l’avent, le 4 décembre dernier. Nous n’avons pas lu les quelques versets suivants sur le baptême de Jésus. Cette année, cette fête ne tombait pas un dimanche.
Lors du 3ème dimanche ordinaire, le 22 janvier, nous avons lu l’appel des premiers disciples, les versets 14 à 20. Le dimanche, suivant, les versets 21 à 28 avec un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm qui se termine par l’expulsion d’un esprit mauvais. Dimanche dernier, les versets 29 à 39 ; après la guérison de la belle mère de Pierre et de nombreux malades ou possédés, Jésus sort seul pour prier. Rejoint pas les disciples qui le retrouvent, ils vont dans d’autres villages.
Aujourd’hui enfin, sixième dimanche, les versets 40 à 45. Nous achevons le chapitre. Le suivant nous ramènera à Capharnaüm où une nouvelle page s’ouvrira. Nous venons d’entendre qu’un lépreux a été guéri.
Ce petit retour en arrière permet de prendre conscience de la rapidité extrême du premier chapitre de Marc. Quarante cinq versets. Cela tient sur une page. Un texte court donc même s’il nous a fallu cinq dimanches le lire. Mais après la lecture de la page, on a envie de s’asseoir pour reprendre son souffle. Le texte n’a pas arrêté : Ouverture de l’Evangile, présentation du Baptiste, baptême de Jésus, tentations au désert, première prédication de Jésus, appel des premiers disciples, arrivée à Capharnaüm et enseignement à la synagogue, guérison de la belle-mère de Pierre et de nombreux malades, libération d’un possédé, prière de Jésus, recherche des disciples et départ pour d’autres villages, guérison d’un lépreux, toute la contrée parle de lui, il se réfugie dans le désert.
Qui dit mieux ? Tour de force littéraire de Marc qui ne se contente pas d’une énumération mais qui prend le temps de raconter tant d’anecdotes, en quelques mots, de sortes que l’on voie vraiment Jésus et le visage de ceux qu’il a rencontrés. Nous n’avons pas parcouru, en lisant le chapitre, une liste de choses faites, mais nous avons vraiment assisté a de vrais moments de rencontres. Toutes les fois Jésus s’arrête, semble prendre son temps. Se promener le bord du lac ne se fait pas en trois secondes ! Le rythme est encore ralenti par la halte de la prière et le refuge dans les endroits déserts qui restent vides même d’actions.
Marc n’avais pas perdu de temps, si je puis dire, à parler de l’enfance de Jésus. Il nous le présente au moment où il quitte le Baptiste et prend son envol. Mais là, tout en prenant son temps, il n’arrête pas de rencontrer et de guérir. A peine Jésus est-il remonté de l’eau qu’aussitôt une voix se fait entendre et le met en route. Aussitôt, le mot reviendra dix fois dans la trentaine de versets qui suit, pratiquement une ligne sur trois. C’est comme si, depuis la nuit des temps, retenu par quelque impossibilité, Dieu, entrant dans l’histoire, se hâtait de rencontrer chacun, de guérir tous les malades, d’appeler tous les hommes à la fraternité sans rien perdre de sa vie intime, le colloque du Père et du Fils dans l’Esprit. Sa vie intime, c’est la vie de l’humanité, c’est-à-dire une humanité fraternelle.
Plus qu’un jaillissement hors de starting-blocks, c’est la force tranquille de multiples rencontres personnelles. Dieu enfin se livre sans réserve à ce que depuis toujours il projette, vivre avec les hommes, vivre au milieu des hommes. Il rêve de cela depuis toujours. Certes, les hommes ont bien essayé de vivre avec lui, mais ça ne marche pas très bien. Alors, le seul moyen, c’est que lui vienne.
Mais là, lorsqu’il arrive, c’est fou ce qu’il y a à faire : révéler à l’humanité qu’elle est une fraternité, geste ébauché par l’appel des quatre frères ; restaurer tout ce qui est tordu. Et c’est fou le nombre de malades, possédés, fiévreux, lépreux que Jésus croise. Et l’on n’a pas encore vu les sourds, les aveugles et les muets, les paralysés, les boiteux, les épileptiques… On dirait qu’il n’y a que des malades sur terre !
Il faut que tous ces malades deviennent frères. Voilà leur salut. Voilà le chemin que Jésus a parcouru à toute vitesse, par son petit tour en Galilée, autour de Capharnaüm, de la maladie à la fraternité, c’est-à-dire à la vie, à la guérison, à la jouissance de l’existence.
Marc vient de nous présenter le programme. Voilà ce à quoi nous assisterons si nous lisons les chapitres qui suivent : le chemin qui conduit de la maladie à la vie, c’est-à-dire à la fraternité. C’est bien ce qui se passe pour le lépreux d’aujourd’hui. De malade et exclu, il est réintégré dans la fraternité humaine ; ainsi du commencement de l’évangile de Jésus Christ.
La semaine prochaine, en entrant de nouveau à Capharnaüm, d’autres rencontres et d’autres aventures…

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