samedi 4 février 2012

Malheur à moi si je n'annonce pas l'évangile (5ème dimanche)


Malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile.
C’est une drôle d’exclamation. N’est-elle pas à ce point exagérée qu’elle en perd toute signification ? Franchement, qui d’entre nous pourrait reprendre de telles paroles ? Que faut-il pour tenir de tels propos ?
Faut-il être un fanatique ? Reconnaissons que la biographie de Paul pourrait le laisser penser ! Mais alors ce fanatisme nous serait-il proposé comme idéal ? A lire quelques sites internet, la réponse ne semble faire aucun doute. Oui, ils sont nombreux les fous de Dieu, plus ou moins dangereux.
Ceux qui sont en froid avec les religions nous rappellent assez que la violence née du radicalisme idéologique est un venin. On entend cela dans les cours de lycée, à la radio, de partout. C’est une évidence qui malheureusement ne balaie pas toujours devant sa porte. La violence n’est pas réservée aux extrémistes religieux. Le fanatisme n’est pas le propre des religions.
Et il n’y a contre l’extrémisme qu’une saine réaction, celle qui consiste à prendre ses distances. Mais alors, l’exclamation paulinienne est discréditée. Elle est intenable, insoutenable, et l’on se demande bien pourquoi nous la lisons !
Comment, à quelles conditions pourrions-nous dire ce Malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile ?
On peut comme Marie garder toutes ces paroles en son cœur. On peut comme les disciples dont Marie, écouter ces paroles et les mettre en pratique. Comment mieux dire que l’évangile est notre trésor ? Ecouter, repasser dans le cœur, repasser par cœur ces paroles. Les aimer comme les paroles de l’aimé. Les écouter au point qu’elles deviennent loi de vie.
Non pas une loi venue de l’extérieur. Non, une loi écrite dans la chair, dans le cœur, par la douceur du souffle de l’Esprit divin. L’évangile de la loi nouvelle n’est pas un enseignement, il devient le cœur même de celui qui garde ses paroles et les médite.
Mais aussi importante que soit cette cordiale conservation de la parole, elle n’est pas encore suffisante pour rendre compte de l’exclamation paulinienne : Malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile.
L’amour de cette parole ne peut pas être compatible avec l’extrémisme fanatique puisque c’est une parole d’amour. Mais d’ordinaire, une parole d’amour ne se crie pas sur les toits. Ce n’est pas tout à fait vrai. La bien-aimée du Cantique des cantiques ne cesse pas d’aller comme défier les gardes de la ville, sur les remparts et sur les places. N’avez-vous pas vu mon bien-aimé ?
Elle serait malheureuse la bien-aimée à ne pouvoir ainsi annoncer à tous qu’elle est malade d’amour, qu’elle est heureuse de quêter sans cesse celui que son cœur aime. Elle se fait peur à l’imaginer au loin pour mieux jouir de sa présence.
L’annonce de l’évangile, la mission, n’est pas un devoir, un objectif d’entreprise. Nous n’avons pas la charge du développement d’une multinationale. Ne nous importe pas d’étendre aux quatre coins du monde la vérité d’un catéchisme, ne nous est pas demandé de quadriller le terrain, installant ou maintenant en chaque village, une chapelle.
L’annonce de l’évangile est une nécessité qui s’impose à moi, dit Paul. Cela s’impose comme la force de l’amour ; amour de la bien-aimée, amour de qui part à la recherche de celui que son cœur aime. Amour unique et double. Double fidélité à un unique amour. Comment ne dirions-nous pas à ceux que nous aimons, que la libération de notre monde est acquise ?
Pourrions-nous ne pas crier et dénoncer l’injustice par amour de ceux que nous aimons ? Pourrions-nous laisser ceux que nous aimons souffrir la misère et nous taire ? Il y a urgence à dénoncer ce qui avilit l’homme. Voilà pourquoi, malheur à nous si nous n’annonçons pas l’évangile. Il y a urgence à annoncer la bonne nouvelle de la libération.
Et l’on constate, surpris, que l’annonce de l’évangile est l’unique possibilité d’entendre cet évangile. On ne l’écoute et ne le garde en son cœur qu’à condition de l’annoncer. Il n’y a pas d’abord l’écoute, et ensuite la mission. C’est la mission d’abord ; c’est elle qui rend possible l’écoute. Voilà encore pourquoi, malheur à nous si nous n’annonçons pas l’évangile. Ne pas l’annoncer nous prive de l’évangile, nous empêche d’entendre la voix de celui que notre cœur aime.

Textes du 5ème dimanche : Jb 7, 1-7 ; 1 Co 9, 16-23 ; Mc 1, 29-39

1 commentaire:

  1. Je me demande si Paul s'enguirlande lui-même, (et donc enguirlande les autres en utilisant un "élément de langage" comme on dit maintenant). Ou s'il ne dit pas simplement une sorte d'évidence ressentie. Un constat. Genre : "Je ne serai pas heureux, si je n'annonce pas l'évangile".

    A minima, l'évangile comporte un chemin libérateur de l'homme pour l'homme. Si on y a gouté pour soi, et surtout si cela nous a transformé nous-mêmes, alors le désir de partager (annoncer) ce possible se fait comme naturellement. Jésus, l'homme, demeure pour moi un maitre en humanité. Je le cite volontiers, puisqu'il a influencé ma culture et ma personne, potitivement.

    Au delà du minima, il y a toute la problématique "fils de dieu" (pour faire simple…), sauveur de l'humanité, etc… et la religion finit par faire d'une proposition de rencontre, un obligation de croire…

    Alors forcément ça ne marche pas… ou bien peu…
    D'un partage du coeur à coeur, sous couvert d'efficacité de convertir, on ouvre la boite des fanatismes, tel Pandore.
    Paul m'apparait ainsi.

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