lundi 24 décembre 2012

Il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune. (Lc 2,7)

Avez-vous déjà fait attention à cette mention, laissée comme au hasard par l'évangéliste ? Il n'y avait pas de place pour eux dans la sale commune (Lc 2,7)
Pour un curé en chaire le soir de Noël, avoir sous les yeux plein de gens qu'il ne voit jamais, quoi de mieux qu'une telle mention ? Et vous, vous allez accueillir Jésus ? Et vous qu'on ne voit jamais, serez-vous comme les juifs, n'êtes-vous pas comme les Juifs, à refuser d'accueillir Jésus ?
Mais quelle honte ! Pourquoi culpabiliser les gens, alors que Jésus est venu pour les malades et non pour les bien-portants, alors qu'il est venu chercher ce qui était perdu et ne l'a jamais condamné, n'a jamais culpabilisé.
Quelle honte, comme si les Juifs du premier siècle n'auraient pas accueilli cette femme sur le point d’accoucher. Le cœur le plus dur aurait prêté son allée d'immeuble ou un coin de l'appartement pour qu'une femme puisse donner la vie.
Non, s'il n'y a pas de place dans la salle commune, c'est pour une autre raison. Il faut s'étonner de cette mention de l'évangéliste. Il faut ne pas savoir pourquoi il n'y a pas de place, il faut ne pas imaginer trop facilement que les hommes refusent d'accueillir. Dans une telle situation, une femme qui enfante, on accueille, hier comme aujourd'hui, même quand on est un criminel.
Alors, pourquoi n'y a-t-il pas de place ? L'évangéliste ne donne aucune piste, ne laisse pas entendre que ce serait un refus d'accueil.
Il n'y a pas de place car celui qui vient, celui qui naît est le créateur de l'univers. Quelle auberge pourrait l'accueillir ? Il n'y a pas de place parce que celui qui crée le monde ne peut tenir dans le monde.
Parce que aussi, celui qui ne tient pas en place, ne risque pas d'être arrimé à une place. Il n'a pas d'endroit où poser la tête. Il ne risque pas de trouver une place dans la salle commune.
La mention de l'évangéliste, l'absence de place dans la salle commune, ne fait honte à personne. Pauvre curé qui ne sait que culpabiliser pour tenter de remplir son église, et qui la vide à culpabiliser ! Les gens ont trop bien compris que Jésus ne parle pas comme cela. Que Jésus n'est pas avec ce curé.
La mention de la salle commune est une profession de foi. Il n'y a pas de place parce que celui qui naît est le créateur. Celui qui naît ne peut tenir dans aucune salle, commune ou privée, grande ou petite, parce qu'il est celui qui a fait toute chose, tout lieu.
Laissons là la culpabilité, passons à la profession de foi. Le créateur naît dans la créature. Le créateur se fait créature.
Il y a autre chose encore. La salle commune ne peut le recevoir, parce que celui qui naît n'a rien de commun. Nous ne pouvons le réduire au connu. Il est inassimilable. Il est hors du commun.
Impossible de le tenir dans une religion, dans un culte, dans une idéologie, dans un modèle de société -la chrétienté-, dans un modèle de famille -bourgeois, avec une père et une mère que l'on croit fidèle pour ne pas voir l'horreur. Il est l'étrange, il est l'étranger. Il doit le demeurer
Nous ne sommes pas venu célébrer cette fête de Noël pour le déjà connu, mais pour tenter d'approcher ce qui est hors du commun et pourtant si proche. Et ceux d'entre nous qui viennent si peu en prennent à leur tour plein leur grade, s'ils pensent savoir ce qu'ils font maintenant. Nous sommes venus pour nous interroger. Nous ne sommes pas chrétiens une fois pour toute, parce que nous avons été baptisés. Nous devenons chrétiens, ou nous ne le sommes pas.
Le chrétien n'est pas celui qui sait qui est Jésus, mais celui qui s'étonne, qui cherche à comprendre. Vous remarquerez que tous ceux qui ne croient pas en Jésus sont ceux qui ne se posent pas de question à son sujet, qu'ils soient athées... ou religieux. Mais les disciples de Jésus, s'étonnent. Pourquoi donc n'y a-t-il pas de place pour lui dans la salle commune ?
Le voilà parmi nous, le hors du commun, celui qui a façonné le ciel et la terre.
Profession de foi et étonnement devant l'hors du commun. Voilà les ingrédients de Noël. Profession de foi et étonnement, c'est cela fêter Noël.

8 commentaires:

  1. Chaque naissance est le même langage, pour chaque enfant les murs de la maternité ne suffisent pas à contenir l'amour de ces parents et de sa famille. Pour chaque naissance, rien de commun, rien qu'une radicale nouveauté.

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  2. une sœur en Israël nous as dit sa conviction que ce peuple attaché a l'hospitalité ne pouvait avoir renvoyé Marie et Joseph. Par contre la salle commune qui est a l'étage de la maison et ou toutes les personnes dorment cote à cote n'est pas l'endroit idéal pour une femme prête a accoucher, et la salle en dessous ou se trouvent les animaux était probablement plus chaude et plus appropriée. Une possible réalité humaine... qui permet aussi de lire la réalité symboliquement, comme vous le faites, d'une naissance de quelqu'un qui n'a rien de commun...

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  3. Sur votre invitation, je précise ma pensée. La naissance de Jésus n'est pas plus extraordinaire qu'une autre naissance, elle l'est tout autant. Luc nous dévoile la beauté de chaque naissance à travers celle du Christ - toute la vie du Christ nous révèle le caractère extraordinaire de la vie de chaque homme. C'est Irénée qui disait cela, je crois : Dieu s'est fait l'homme pour que l'homme soit dieu. Chercher la spécificité de la naissance du Christ dans la crèche, c'est chercher le "sacré", ce qui est à part, à distance, dans la personne du Christ. Il n'y a rien, rien que l'homme, mais tout l'homme.

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    1. Pas sûr que je vous suive totalement, et vous vous en doutez sans doute. Car Luc ne parle pas de la naissance de tout homme, mais de cet homme-là.
      Qu'en son récit, nombre de naissances trouvent des mots pour se dire, c'est possible. Qu'il y ait la possibilité de ne rien voir d'autre en la naissance de Jésus que celle de tout fils d'homme, c'est possible aussi : "il ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, Reconnu comme un homme à son comportement."
      Aussi, ne peut-on isoler le sacré, oui, bien d'accord.
      Mais c'est plutôt l'inverse. Ce sont nos naissances qui sont modèle, paradigme. C'est évident puisque Luc ne sait rien de la naissance de Jésus. Il n'y était pas et quoi qu'en dise une tradition plus ou moins apocryphe, on ne voit pas qu'il se soit renseigné auprès de Marie !
      La naissance de Dieu trouve des mots pour se dire dans la naissance des hommes. Ces naissances parlent d'autre chose, d'où les mentions insolites qui invitent à poser des questions, à s'interroger.
      Luc, pointe discrètement vers une identité intrigante de Jésus. Qui est cet homme ? Question posée. Qui répondra ? Non pas un dogme, mais une confession de foi. La vôtre ? La mienne ? Celles des Eglises ?
      Pour que la phrase d'Irénée et des Pères fasse sens, il n'y a pas de raison d'ôter la majuscule au second dieu. Pour que l'homme devienne Dieu. Il s'est fait cela même que nous sommes pour que nous devenions cela même qu'il est. Nous sommes divinisés dans le Fils. Nous sommes Dieu par Dieu.

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  4. C'est juste une superbe homélie Patrick... bravo, je n'avais jamais lu les choses comme cela. Toujours la facile petite pente de la culpabilité ressassée par de pauvre curés : pas assez gentil-sage-à l'écoute-priant-silancieux-humble (rayer la mention inutile) pour accueillir le pauvre petit Jésus. Et bien non, l'histoire ne raconte donc pas ça, une fois de plus c'est une histoire d'amour plus que de morale et il n'y a pas de place pour une telle quantité d'amour qui s'incarne. Continu Patrick... Ton "frére" Marc

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  5. interprétation pour aseptiser la réalité! comment comprendre que Joseph et Marie soient allés demander de la place dans la salle commune? Etaient-ils insensés à ce point pour ne pas comprendre que le lieu n'était pas indiqué? Comment comprendre que l'accouchement se fasse dans une étable? si ce n'est à cause l'inhospitalité et de l'indifférence! n'adoucissez pas ce qui est patent!

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    1. Je ne sais ce que j’aseptise, comme vous dites. La réalité, sans doute pas. Car le texte ne prétend pas être une description, bien anachronique. Figurez-vous que ces gens-là avaient de la chance, aucun imbécile n'avait encore inventé les reality-shows, et il n'y avait donc personne pour y croire !
      Trêve de sarcasmes, je vous conseille tout de même un petit peu de lecture, par exemple l'introduction de votre bible, cela doit suffire. On vous y raconteras deux trois choses sur l'historicité des chapitres 1 et 2 de Matthieu et de Luc. L'homélie de 2015 pourra aussi vous servir tout comme celle de la sainte famille, dans trois jours.
      Quant à votre lecture moralisante, qu'elle soit à la hauteur de bien des sermons, je n'en disconviens pas. Mais ce type de prêchi-prêcha n'est pas dans l'habitude des Evangiles.
      Méfiez-vous de ce qui est patent. Un nourrisson cache... un Dieu.
      Le patent trompe et le vrai se dissimule.
      Joyeux Noël !

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