samedi 24 mai 2014

L'Esprit qui donne la vie (6ème dimanche de Pâques)



Il y a quelques temps, un paroissien, un peu inquiet, constatait que les enfants qu’il venait de rencontrer ne savaient rien de la Trinité. Je ne suis pas certain que nous autres en sachions beaucoup plus, je ne suis pas certain que nous saurions penser autre chose que « c’est bien compliqué, il faut le croire, c’est tout ». Alors, nous avons appris l’unité de substance et la trinité des personnes. Mais une fois que l’on a dit cela, pas certain que l’on en sache beaucoup plus.
Je propose que nous empruntions le chemin de Jésus qui ignore tout de la Trinité. Car il est entendu, n’est-ce pas, que Jésus n’a jamais entendu parler de la Trinité. Le mot n’apparaît que vers 200.
L’expérience de Jésus, c’est de s’adresser à son Père, ou plutôt de répondre à son Père. Jésus se comprend aimé du Père. Il est lui-même enflammé d’amour, tant pour son Père que pour ses frères. L’amour pour le Père, qui est réponse à l’amour du Père, est pareillement amour pour les frères, puisque le Père aime les hommes. Pour aimer le Père, on ne peut qu’aimer ceux qu’il aime. Ainsi, Jésus, aime son Père comme il aime ses frères. C’est ainsi qu’il répond à l’amour de Dieu.
Cela n’est pas compliqué, et nous le savons d’expérience nous aussi, parce que c’est ce que nous tentons de vivre. Nous sommes aussi de ceux qui répondent, ou prétendent répondre, à l’amour du Père ; nous sommes aussi de ceux qui, plus ou moins, aiment leurs frères ; nous sommes aussi de ceux qui perçoivent comment l’amour des frères, qui est en soi consistant, n’en est pas moins réponse à l’amour de Dieu, puisque nous aimons ceux que Dieu aime.
L’expérience de Jésus, c’est aussi que ce face à face avec le Père n’est pas une relation fusionnelle. Il en serait ainsi que nous en serions exclus, or, nous l’avons déjà dit, l’amour du Père est amour des frères. Mais comment les frères pourraient-ils vivre de Dieu si Dieu n’habitait pas en eux ? Pour les hommes, Dieu, c’est impossible. Pour les hommes, la vie divine à laquelle ils aspirent est au mieux désir, au pire illusion. Et encore, même le désir de Dieu est déjà don de Dieu, ou alors Dieu n’est qu’une construction de l’homme, une idole, néant comme dit le psaume.
C’est une chose que nous ne voyons pas alors qu’elle est évidente, que nous l’avons sans cesse sous les yeux. Nous ne pouvons pas vivre avec Dieu. Regardons nos vies ! Nous voyons bien que cela ne dépend pas de nous. Nous percevons bien que la vie de Dieu est déjà donnée pour que nous puissions l’accueillir, est déjà en nous, pour que nous en vivions. Nous voyons bien que notre foi est réponse au Dieu qui le premier nous aime.
Dieu habite déjà en nous pour que nous puissions l’accueillir. Voilà l’expérience de Jésus, voilà notre expérience. Voilà l’Esprit Saint. Là encore, ce n’est pas si compliqué. Lorsque l’on est amoureux de quelqu’un, c’est trop tard, si je puis dire. Lorsque l’on est amoureux, lorsque l’on prend conscience que l’on est amoureux, l’amour est déjà là, il nous a précédés. Ainsi, Dieu précède en nous l’accueil que nous voulons lui réserver. Ce don de Dieu déjà répandu dans les cœurs, c’est Dieu même. Dieu ne donne rien d’autre que lui-même. Ce Dieu déjà répandu dans les cœurs, c’est l’Esprit.
Ainsi parle Jésus. L’Esprit nous est envoyé pour que l’humanité ne soit pas seule mais toujours habitée par son Dieu. Je vous enverrai un autre défenseur qui sera pour toujours avec vous.
Défenseur, le terme est curieux, je l’accorde. Défenseur contre qui ? Contre soi-même, contre notre propre horreur, celle de frères ennemis, celle de frères qui ne peuvent que mourir, à moins précisément que Dieu ne se donne, lui, la vie. L’Esprit comme Jésus sont nos défenseurs contre la mort et le mal, puissance de vie, vie divine qui, depuis la résurrection de Jésus, depuis la création aussi s’il n’y a pas de temps en Dieu, habite l’humanité pour que nous puissions vivre, pour que nous puissions nous tourner vers Dieu, pour que nous nous tournions vers les frères, et que l’amour des frères soit aussi réponse à l’amour du Dieu qui le premier nous a aimés.
Vous avez remarqué comment l’envoi de l’Esprit de vérité, du défenseur pour toujours avec nous, devient déclaration d’amour ? Jésus a-t-il prononcé son nom, qu’il déclare le cœur de tout, la raison de tout : Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m'aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui.
N’y voyons évidemment aucune conséquence, comme s’il fallait recevoir les commandements pour être aimés. C’est l’inverse, bien sûr. Nous sommes aimés d’abord, parce que Dieu le premier nous a aimés. Mais nous ne connaissons cela qu’après avoir accueilli le Dieu qui le premier aime. Nous nous savons aimés de Dieu que parce que l’Esprit nous est donné, depuis et pour toujours. Ainsi, nous recevons les commandements, Or mon commandement le voici, dit Jésus : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.



8 commentaires:

  1. dominique bargiarelli24 mai 2014 à 09:25

    ;"... nous nous savons aimé de Dieu que parce que l'Esprit nous est donné..."
    et pourquoi tant et tant de Chrétiens y compris de Chrétiens pratiquants ne se savent pas vraiment aimés de Dieu et au bout du compte n'ont pas la certitude d'avoir rencontré le Christ.
    Ils répètent qu'ils sont aimés de Dieu parce qu'on leur dit depuis leur enfance,mais ça ne va pas plus loin,hélas...

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  2. Faut-il tout ignorer du Dieu, le vrai, dont la discrétion est le mode de manifestation, pour poser pareille question...
    Faut-il tout ignorer de la religion dans ce qu'elle a de plus anti-évangélique pour s'étonner que des chrétiens ignorent tout de Dieu...
    Faut-il tout ignorer de l'homme pour ne pas imaginer qu'il sait refuser de voir ce qu'il ne veut pas voir, entendre ce qu'il ne veut pas entendre...

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    1. dominique bargiarelli25 mai 2014 à 10:12

      Encore une fois,merci du fond du coeur car vous faites constamment preuve d'une bien veillance admirable à mon égard.
      Quel exemple inoui de charité vous donnez ,c'en est bouleversant

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    2. Vous n'auriez pas apprécié...

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    3. dominique bargiarelli25 mai 2014 à 14:13

      C'est décidément consternant,car vous vous êtes mis dans la tête que je vous considérais comme un dangereux hérétique à abattre ,d'autant plus que selon vos fines déductions je suis maurassien de surcroit.
      Je pense qu'en réalité vous ne supportez pas la moindre contradiction et surtout pas de la part d'un non théologien.
      Franchement désolant...

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  3. dominique bargiarelli25 mai 2014 à 11:02

    Monsieur l'Abbé,à vrai dire depuis assez longtemps votre attitude à mon égard me faisait penser à celle des pharisiens dans l'épisode de la guérison de l'aveugle de naissance.
    Je voulais croire que mon jugement était hâtif.
    Vous venez de m'apporter la preuve formelle que je ne me trompais pas;

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  4. Ces remarques que vous vous faites l'un l'autre sont assez terribles à lire, vous êtes deux amoureux du Christ n'Est-ce pas?

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  5. dominique bargiarelli26 mai 2014 à 09:58

    un peu terribles effectivement nos "échanges"...

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