samedi 10 mai 2014

Vocations : le service de la vie en abondance (4ème dimanche de Pâques)


« Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom. » Voilà les quelques mots de l’évangile du temps pascal qui justifient que l’on prie aujourd’hui pour les vocations. Juste quelques mots qui libèrent beaucoup de douceur, d’affection. Ce sont « ses brebis, à lui » ; non seulement il les appelle, mais « il les appelle chacune par son nom ».
Et à quoi les appelle-t-il ? A sortir. Le texte ne précise pas où ni pourquoi. « Il les appelle chacune par son nom et il les fait sortir. » C’est le verbe de la Pâque, de la sortie d’Egypte, du salut. Il les appelle pour la vie. C’est exactement ce que dit notre dernier verset : « je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ».
Quand Jésus appelle les hommes, chacun par son nom, il ne les appelle pas à faire partie de l’Eglise, il ne les appelle pas à être chrétiens. Jésus nous appelle à la vie, il est venu pour que nous ayons la vie, et non seulement la vie pour survivre, mais la vie en abondance ! A poursuivre la réflexion, ne risque-t-on pas de brouiller la compréhension de l’évangile, tant ignoré : « je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ».
L’Eglise a reçu la vocation, c’est-à-dire la mission, d’appeler, au nom de Jésus, les hommes chacun par leur nom pour qu’ils aient la vie en abondance. Que chacun fasse son examen de conscience. En quoi suis-je partenaire de la mission de l’Eglise ? En quoi est-ce que je réponds à la vocation de servir pour que l’Eglise serve ? En quoi suis-je au service de la vie des hommes, de la vie de chacun, appelé par son nom ? En quoi suis-je au service de la vie de chacun en abondance ?
Ne croyez-vous pas que si nous savions traduire l’évangile en service de la vie en abondance, cet évangile serait un peu mieux reçu que les jugements de morale sexuelle, les disputes sur le culte, la protection d’un droit et la curiosité d’une tradition quasi folklorique ?
Nous savons désormais ce que signifie la vocation de l’Eglise, la vie du monde, la vie en abondance. Pourtant, lorsque nous parlons de vocations, nous allons chercher des choses extraordinaires. On interroge les initiatives nouvelles, parce que la nouveauté intrigue dans une Eglise qui paraît vieille et fatiguée. On veut de l’extraordinaire et du merveilleux.
Mais que dit l’évangile ? La vie, la vie en abondance ! La nouveauté n’importe pas, parce que chaque nouveauté est déjà trop vieille. Nous sommes dans la foi comme ceux que nous critiquons avec la mode, le zapping du up to date ! Or ce qui importe, c’est la fidélité, la durée dans le service de la vie en abondance. Ceux qui ont donné la vie savent que le service de la vie, ils y sont engagés pour des années ! Parler de vocations, ce n’est pas s’enquérir de nos petites biographies ; cela concerne le service de la vie des autres. Parler de sa vocation, ce n’est pas parler de soi, mais de ceux au service de la vie desquels on se porte. Assez de l’autoglorification ecclésiale. Les héros de l’évangile ne sont pas les missionnaires, mais ceux auxquels ils sont envoyés.
La crise des vocations n’est pas une question de manque de prêtres ou de religieux et religieuses. Quand l’Eglise veut vraiment appeler, elle y parvient. Vous notez, on trouve autant d’évêques qu’on veut. Là, s’il y a la crise, il ne s’agit pas d’une pénurie ! La crise des vocations est crise de notre foi. Nous voulons des héros de l’évangile, il s’agit que chacun de nous, appelé par son nom, se mette au service de la vie, de la vie en abondance.
Pas sûr qu’il faille s’affoler du petit nombre de prêtres. On saura toujours ordonner quelques fonctionnaires du culte, comme on ordonne des évêques, indépendamment des compétences, mais parce que, dévots de la magie sacramentelle, nous réclamons des sacerdotes. Et le problème est bien mis en évidence quand on est conduit à définir l’ordre par le pouvoir de célébrer les sacrements !
Plus grave le petit nombre de religieux et religieuses. Parce qu’eux ne servent à rien, sont témoins de la gratuité, sont les excitateurs des autres baptisés pour le service. Qui veut servir ? Qui veut perdre sa vie ? Je veux dire ne plus la posséder, ne pas la réussir selon nos critères. « Qui veut sauver sa vie la perdra. » La difficulté c’est de faire d’une grande école, d’études prestigieuses, un chemin pour donner sa vie, la perdre, pour servir. Reconnaissez que ce n’est pas gagner !
Mais voilà un discours que personne ne peut entendre. Alors on préfère la mythologie de la vocation, un appel extraordinaire, qui vient de Dieu. « Le choix de Dieu ». Que surtout cela ne tombe pas sur nos enfants, quand on sait comment l’on traite les prêtres, comment ils sont payés, ce que signifie l’obligation du célibat ! Ce mercredi, j’ai demandé aux enfants de mon groupe de caté, après avoir raconté les histoires d’Abraham, Moïse, Jonas, Jérémie, Samuel, Marie et Paul, chaque fois appelés, s’ils sont appelés eux aussi. Les enfants, malgré les sept exemples, à cause des exemples, ne comprennent pas. Que Dieu appelle ne fait pas sens pour nous, seulement pour l’extraordinaire.
Plutôt que de parler des vocations, pour surtout n’en pas parler, pour discréditer la question, revenons à l’évangile. C’est lui qui nourrit. C’est lui qui donne soif. C’est lui qui embrase, avec l’amour des frères. C’est parce que nous nous considérerons comme appelés, nous – et non les extraterrestres qui sont dans les communautés ou séminaires ‑ c’est parce que nous serons au service de la vie, de la vie en abondance, pour répondre à cet appel du Seigneur, que nous pourrons laisser entendre que perdre sa vie pour que les autres la gagnent, est le service de la vie en abondance. Soyons amoureux de la vie en abondance, et les vocations ne manqueront pas. C’est parce que nous ne sommes pas les amoureux de la vie en abondance que les vocations s’éteignent.



19 commentaires:

  1. dominique bargiarelli10 mai 2014 à 10:33

    Mais qu'entendez-vous donc par "la vie en abondance"?
    N'est-ce pas faire ce que le Seigneur nous demande là où on en est,dans notre état de vie?
    et pourquoi ces manifestations de mépris à l'égard des futurs prêtres lesquels ne seront que des fonctionnaires (merci pour eux) et de Evêques "dévots de la magie sacramentelle"
    "Qui veut gagner sa vie la perdra"croyez-vous donc être le seul à être remué par cette phrase?
    Mais bien sûr que nous sommes TOUS appelés à la sainteté et pas uniquement ceux que vous appelez généreusement les "extra-terrestres qui sont dans les communautés et les séminaires"

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    1. Je ne réponds qu'à votre première question. J'essaie d'entendre ce que dit la langue, si simple, limpide, de Jésus. Regardons le vivre et nous aurons une idée de ce qu'est la vie en abondance, tout particulièrement dans l'accueil de ceux qui ne sont pas comme il faut, dans la violation quasi systématique du sabbat, dans les guérisons à foison, lutte contre le mal, dans une lecture non sacrificielle des Ecritures, à la suite des prophètes, etc, etc.

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    2. dominique bargiarelli10 mai 2014 à 11:11

      Merci bien sûr de votre réponse.Regarder la vie du Christ et s'en inspirer? c'est absolument évident ,mais pour moi la vie en abondance je n'y accéderai que lorsque je verrai "Dieu face à face" et ce n'est pas là mépris pour la vie terrestre nullement

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    3. Ce qu'il en sera après la mort est une chose. Mais la vie en abondance, c'est pour maintenant. "Vous êtes déjà ressuscités avec le Christ."

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    4. Le chrétien n'est pas un petit épargnant qui constitue minablement sa retraite. Il brûle la vie par les deux bouts, la sert jusqu'au bout, la perd, parce que c'est ainsi qu'il la gagne.

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    5. dominique bargiarelli10 mai 2014 à 14:35

      Saint Paul dit:"...sI nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement,nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes " Alors pour moi la vie en surabondance dans cette vie laquelle conduit à la mort inexorablement...BOF... et je ne suis pas un "extra-terrestre" pour autant.


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    6. Eh bien, que les deux citations de Paul réussissent à ne pas être exclusives l'une de l'autre, et la vie en abondance aura sens aussi dès maintenant. "Dans cette existence de chaque jour que nous recevons de ta grâce, la vie éternelle est déjà commencée." (Préface des dimanches n° 6)
      Lex orandi, lex credendi.

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  2. ...et si le manque de "vocations" était une chance pour l'Eglise ?

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    1. J'ai parfois tenu ce langage. Je dirais plutôt aujourd'hui, que l'on ne manque peut-être pas de prêtres. Ils sont juste obligés d'abandonner tous les pouvoirs, et sont invités à retrouver une place qui est juste la leur, alors que pendant des siècles, ils ont occupé tout l'espace.
      Je ne dirais pas la même chose pour les religieux et religieuses. La militance pour le baptême et la confirmation n'a sans doute pas assez de bras.

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  3. dominique bargiarelli10 mai 2014 à 19:59

    Entre l'obscur (ou les obscurs) auteur(s) de cette préface et Saint Paul,pardonnez-moi de ne pas beaucoup hésiter dans mon choix.

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    1. Premièrement, j'ai commencé par citer saint Paul et vous ai invité à concilier cette citation avec celle que vous avanciez à votre tour.
      Deuxièmement, que vous parliez ainsi de la liturgie de votre Eglise me paraît plus que problématique. Je ne connais pas l'histoire de cette préface. Elle est peut-être une création du dernier missel, mais il faudrait voir, elle a peut-être une antiquité vénérable...

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  4. dominique bargiarelli11 mai 2014 à 09:13

    je ne suis aucunement théologien mais pour moi dire que la vie éternelle commence aujour d"hui c'est jusqu'à un certain point dire que la vie du papillon commence avec celle de la chenille, certes ce n'est pas faux,mais enfin...
    Encore une fois ce n'est pas pour me dédouaner du service du frère,pas du tout et surtout pas pour lui servi"'au Ciel tu seras récompensé de tes malheurs" absolument pas,mais je place mon espérance pas uniquement pour cette vie.

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    1. Je ne comprends pas. Vous n'êtes pas théologien, alors cela vous autorise à ne pas savoir, mais presque tous vos commentaires savent ce qu'il faut dire ou non... C'est un peu comme cela vous arrange.
      Mais si la vie éternelle est la vie avec Dieu, alors nous ne la vivons pas comme une chenille par rapport au papillon. C'est la même chose, même si sans doute différemment, que nous vivons déjà et plus tard. Nous vivons avec Dieu ! C'est incroyable. Voilà justement pourquoi même les chrétiens n'y croient guère.

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    2. dominique bargiarelli15 mai 2014 à 21:06

      Effectivement je ne suis pas théologien,mais ce fait m'interdit-il d'avoir une opinion?
      Je ne prétends nullement détenir la vérité, absolument pas.Je ne fais que donner mon point de vue,rien d'autre.
      Quant à la présence de Dieu dans ma vie elle ne fait aucun doute,mais pour moi ma vie AVEC Dieu ne sera une pleine réalité qu'après ma mort quand je le verrai face à face.Oui, Dieu est présent dans ma vie terrestre,mais c'est moi qui ne veux pas le savoir parfois.
      Quant à la chenille et au papillon je voulais seulement dire que ma vie AVEC Dieu sera aussi différente que la vie d'une chenille par rapport à celle d'un papillon.

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    3. Vous vous répétez.vous n'êtes pas théologien, vous avez le droit à avoir une opinion, vous corriger ce qui ne vous plaît pas, y compris chez les théologiens, mais vous n'êtes pas théologiens, mais vous avez le droit à avoir une opinion, etc. etc. et ainsi dans presque chacun de vos messages. Alors soit vous assumez vos opinions, vous vous donnez les moyens de les étayer, théologien ou non, soit vous jouez un peu l'humilité. Mais je ne supporte plus, excusez-moi, cette logorrhée. Je ne sais même pas pourquoi je publie vos commentaires. Seulement parce qu'à la relecture, peut-être ils finiront pas vous faire honte... Histoire de créer les conditions d'une prise de conscience. Mais il est vrai, c'est croire dans la possibilité du royaume hic et nunc, que les gens se comprennent...

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    4. dominique bargiarelli16 mai 2014 à 08:49

      merci ;;;du fpnd du coeur,merci!

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  5. "Assez de l’autoglorification ecclésiale."

    Quand le Vatincan cessera de faire des grands raouts d'autoglorification, dénommés canonisations, et de mettre partout des statues, effigies, portraits de tous les saints-glinglins… vous aurez peut-être fait un petit progrès.
    Quand tout cela sera remplacé dans les édifices religieux et au Vatican par des photos de gens démunis, de victimes de guerres, de viols, de portraits de prostitué(e)s, d'esclaves de l'économie capitaliste, d'enfants exploités, de femmes battues, etc…. en écrivant au dessous "Portraits du Christ"…. alors vous aurez fait un pas en avant remarquable….

    Alors "la vie en abondance" sera visible, par paradoxe, par comparaison avec la nôtre (la mienne, la vôtre, celle de Dominique B.) bien protégée et riche. Parce que on conscientisera peut-être que la vie en abondance est un don de dieu permanent et donné, là, maintenant, ici, pour qu'il serve au combat de la vie et de la vérité.
    Et que Jésus est venu révéler qu'il était LÀ ce don, à portée de coeur, tout de suite.
    Enfin tout anti-religieux que je sois, je le vis ainsi. Ma vie est une vie en abondance quand j'accepte de la recevoir venue "d'ailleurs que de moi" et pour être (re)donnée autour de moi…. (maladroitement donnée souvent, mais donnée quand même….).
    Et comme je n'imagine pas un dieu petit joueur, comptable, pingre et radin… Il ne peut qu'être sans cesse abondant, éternellement abondant….

    PR : dites moi si je dis des conneries….

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    1. Je ne sais pas si ce sont des conneries. Je serais près de penser comme vous...

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  6. dominique bargiarelli16 mai 2014 à 09:52

    Et moi aussi (!!!) en dehors du premier paragraphe bien sûr.

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