samedi 18 octobre 2014

Thérèse et la parole de Dieu



Pour l'ouverture de l'année jubilaire Thérèse de Jésus
Si 15,1-6, Ps 88, Rm 8,22-27, Mt 11,25-30


Thérèse de Jésus est née il y a tout juste cinq cents ans, le 28 mars 1515. Nous entrons dans une année de jubilée marquée par le jour de sa fête qui est aussi le jour de sa mort, le 15 octobre 1582.

Puisque nous remettons les Ecritures aux CE2, c’est avec Thérèse que je vais essayer de dire ce qu’il en est de la bible pour les disciples de Jésus. Je n’aime pas bien parler de la bible parce qu’il ne s’agit pas d’un livre, mais d’une bibliothèque avec plus de soixante quinze livres, parce que nous ne sommes pas une des religions du livre, comme le disent les Musulmans. Nous sommes les disciples d’une personne Jésus, qui est lui, la parole. Et les Ecritures ne sont que la trace que des hommes ont rédigée au passage de la parole en leur vie.

Thérèse aimait lire. Elle rapporte que son papa « possédait de bons livres pour que ses enfants puissent lire ». Mais elle n’a jamais eu de bible. A cette époque, les Ecritures sont disponibles en latin, et Thérèse ne le comprend pas ; même âgée, elle le comprend très mal. Certes, depuis quelques décennies, on les traduit. Mais l’Eglise de la majorité des évêques et théologiens, l’Eglise de l’Inquisition n’aime pas cela. De fait, la bible est un livre qui n’est pas très facile à comprendre. Et s’il tombe dans les mains de « personnes simples et illettrées », « de femmes » comme dit Thérèse, celles-ci ne vont rien comprendre, pire, elles vont comprendre de travers !

Que les Ecritures ne soient pas un texte facile, nous le savons nous aussi. Mais nous avons changé de manière de voir. Nous pensons que tous doivent apprendre à les lire. C’est bien pour cela qu’il y a du caté. On pourrait juste se demander si les adultes n’ont pas aussi besoin de caté ! Les Juifs qui lisent les Ecritures comme le faisait Jésus font de l’étude des Ecritures, de la Torah, le véritable exercice spirituel. Ainsi, nous vous avons remis ce livre il y a un instant. Certes, comme au temps de Thérèse, comme toujours, le commentaire est important, et c’est ce que je suis en train de faire.

Thérèse n’a pas de bible mais elle connaît les Ecritures, ne serait-ce qu’à force d’aller à la messe et de réciter l’office, comme tous les moines. Pour elle, c’est sûr, c’est la parole de Dieu ; les évangiles sont même la parole de Jésus, ce Jésus qu’elle aime tant et dont elle porte le nom, Teresa de Jesus.

Si l’on demande à Thérèse de citer les paroles des Ecritures qu’elle aime le plus, viennent d’abord de très nombreuses phrases des évangiles, puis des lettres de Paul, des psaumes, dont celui que nous venons de chanter, et du Cantique des cantiques, un poème d’amour. Je vous l’ai dit, Thérèse aime Jésus, elle est amoureuse de Jésus dont elle veut être l’épouse, comme dans le Cantique. On raconte qu’un enfant la croise dans l’escalier du monastère et lui demande son nom. Elle répond : « Thérèse de Jésus. Et toi qui es-tu ? » « Je suis le Jésus de Thérèse ». Expression de cet amour incroyable.

Il faut dire que pour Thérèse, ce qui fait qu’on est vraiment disciple de Jésus, c’est que l’on est uni à lui. Voilà des citations chères à Thérèse : Paul aux Galates, « ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi », ou encore l’évangile de Jean « si quelqu’un écoute ma parole, mon Père l’aimera. Nous viendrons chez lui, nous ferons chez lui notre demeure. »

Bien sûr, les Ecritures ne sont ni un enregistrement ni un autographe de Dieu. Mais à les garder en son cœur, elles transmettent dans le silence la parole de Dieu, c’est-à-dire son amour. Elles dilatent le cœur (Ps 118,32) comme s’il prenait toute la place dans la poitrine. C’est aussi doux que douloureux : on voudrait embrasser Jésus et l’on reste les bras vides.

Thérèse a recourt aux savants de son temps, à ceux qui ont fait des études. Elle les tient en haute estime et les préfère aux spirituels pour expliquer les Ecritures. Elle-même est une spirituelle, mais elle sait que sans l’intelligence, la spiritualité est illusion. Elle ne craint rien tant que l’illusion, celle de se croire spirituel alors qu’on est pécheur, celle de posséder Dieu alors que l’on se possède soi-même. Elle parle tout le temps du diable qui est celui qui trompe par les illusions.

Qui s’étonnerait que les Ecritures ne soient pas faciles à entendre s’il s’agit de parler de Dieu, de laisser Dieu parler en écoutant des paroles humaines ? Il n’y a pas de quoi se laisser impressionner. Les Ecritures ne racontent qu’une seule chose, l’amour de Dieu pour nous. St Augustin avait déjà écrit que si on ne lit pas l’amour dans les Ecritures, c’est qu’on les a mal lues. Thérèse le dit à sa façon à ses religieuses :

« Lorsque vous rencontrez dans la Sainte Ecriture ou dans les mystères de notre foi des choses que vous ne comprenez pas, ne vous y arrêtez jamais plus longtemps que je vous l’ai dit, ne vous étonnez pas des paroles excessives que vous y entendrez sur les rapports de Dieu et de l’âme. L’amour qu’il a eu et a encore pour nous m’étonne bien davantage sachant ce que nous sommes. […] Mais pour l’amour de moi, réfléchissez à l’amour que Dieu nous a témoigné et vous reconnaîtrez qu’un amour si puissant, si fort, ne peut s’exprimer que par des paroles étonnantes. »

Reste juste à se laisser étonner, à aimer ces Ecritures, pour entendre l’amour de Dieu qui s’y murmure ainsi qu'un brise légère, pour aimer Dieu.

2 commentaires:

  1. "Elle-même est une spirituelle, mais elle sait que sans l’intelligence, la spiritualité est illusion."

    Je suis globalement d'accord avec cette phrase. Et en même temps je me demande s'il n'y a pas une survalorisation de l'intelligence sur le chemin vers Dieu. Je parle du chemin personnel qu'il appartient à chacun de faire, en solitaire, même si c'est « parmi ses frères ».
    Est-ce que ce n'est pas l'intelligence qui risque de vouloir cerner Dieu, le posséder dans des catéchismes, l'avoir défini « intelligemment ». Les amants peuvent discourir longtemps sur ce qu'est l'amour, leur amour, autour d'une table. Cela ne vaudra jamais l'expérience concrète de s'aimer intimement, de ressentir cet amour dans leur chair et leur corps. Là, certes, l'intelligence n'est pas absente pour guider l'élan amoureux dans le respect de l'autre et de soi, mais elle n'est pas en première ligne, si je puis dire ainsi.
    L'intimité mystique de Thérèse d'Avila, ses extases, sont un abandon total, et non un processus de l'intelligence qui discoure, même si elle en rend compte dans des écrits sous forme d'une tentative de comprendre.

    N'y a-t-il pas, définitivement, quelque chose de totalement incompréhensible par notre intelligence de ce qu'est l'amour de Dieu pour nous ?
    N'est-ce pas pour cela qu'on parle parfois de « folie » quant à l'intensité et l'immensité de cet amour-là ? Quelque chose qui dépasse l'entendement.
    Je pense, modestement, (pour illustrer), à l'amour que quelqu'un peut nous porter (un/e conjoint/e par exemple), qui nous dépasse, et on dit littéralement : — je ne comprends pas (avec mon intelligence…) que tu puisses m'aimer à ce point, moi qui… (Sous-entendu ne le mérite pas, et/ou suis tellement moins que rien… ou autre considération suivant la personne…).
    N'en est-il pas ainsi, infiniment plus amplement, dans cet amour d'un Dieu qui dépasse et surpasse tout… ? « Esprit lent à comprendre ! » Dit Jésus… Oui, d'accord… Mais comprendre quoi ? Peut-être que justement il faut cesser de vouloir tout comprendre, et s'abandonner en confiance à l'incompréhensible amour.
    N'est-ce pas cela la foi ?


    Je veux ici souligner (ce qui n'est pas votre cas) tout ce que on a pu nous enseigner dans les catéchismes, les théologies, les livres savants, sur un Dieu que l'on aurait défini intelligemment, certes, mais… Est-ce bien Lui ?

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    1. Il n'y a pas que l'intelligence pour enfermer Dieu, mais peut-être que l'intelligence est la plus à même de nous garder de l'enfermer. Le sentiment peut-être excessivement possessif aussi, par exemple...

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