samedi 21 mars 2015

On n'en peut plus ! (5ème dimanche de carême)


La mort frappe de toute part. Les attentats de janvier en France, ceux de cette semaine en Tunisie, au Yémen et à Copenhague. La guerre en Syrie et en Irak avec des milliers de chrétiens persécutés. Mais aussi la Lybie et l’emprise de Boko Haram au Nigeria, au Cameroun. La guerre au Congo, la violence en Amérique latine. Il y a l’Ukraine. Le feu ne cesse de ravager et détruire.
La mort frappe dans nos familles. Un accident, une maladie, la vieillesse, le suicide. On n’en peut plus.
La mort ne tue pas toujours. C’est la souffrance sans espoir de ces parents qui ne peuvent donner la vie, c'est le conjoint trahi, ce sont les inondations à Madagascar, c’est un lendemain sans avenir pour tant de migrants. J’ai revu Jerry ces derniers jours. Il n’en peut plus.
Nous entrons dans le temps de la passion. C’est la mort inéluctable de Jésus qui se profile. Si Dieu est Dieu ne devrait-il pas nous protéger, nous faire échapper, trouver des solutions. Pensez donc. Le Dieu de Jésus meurt lui-même. S’il y a si peu de chrétiens aujourd’hui, ce n’est pas que le monde se pervertit. Qui pourra prouver qu’il est pire hier qu’aujourd’hui ? S’il n’y a moins de chrétiens par chez nous, c’est que personne ne veut d’un Dieu qui meurt, d’un looser, d’un perdant.
Y’en a assez de la mort partout, ce n’est pas pour être les disciples d’un Dieu mort, qui pend au gibet, git au tombeau et descend aux enfers. On n’en peut plus.
Un chant liturgique me revient à l’esprit.  « Comment savoir quelle est ta vie, si je n’accepte pas ma mort ? » Nous n’acceptons pas la mort par résignation, par refus gentil et soumis de nous révolter. Nous acceptons la mort par réalisme. Elle est là. Impossible déni que seules la folie ou l’idolâtrie pourrait autoriser. Nous acceptons la mort au sens où nous la reconnaissons, comme une reconnaissance de corps. C’est bien elle, elle a encore frappé.
Qui nous délivrera de la mort ? Rien. Pas même Dieu.
Dieu ouvre un passage en la mort. Pour s’y engager et le suivre, il faut mourir. C’est terrible. Il n’y a le Dieu magicien qui tire Jésus de son agonie et le décloue de la croix. Il y a le silence absurde ou le cri assourdissant des pleurs du Père, impuissant, qui voit mourir le fils, et tous ses enfants.
Nous nous rangeons du côté de Dieu à reconnaître la mort, pour la dénoncer. Nous nous rangeons du côté de Dieu si nous le reconnaissons effondré par la mort. Il n’y a pas d’autre solution. On dira que ce n’est pas là une homélie pour une messe avec des enfants. Mais on ne peut mentir aux enfants. Non, tout n’ira pas toujours bien. Etre adulte, c’est arrêter de croire qu’il y aura un papa ou une maman tout puissants pour nous protéger. Dieu n’est pas là, à moins que notre foi soit infantile.
La résurrection n’est pas un happy end. Elle pue le cadavre parce que la mort doit être traversée pour être renversée. Qu’est-ce que cela veut dire ? Nous sommes invités à vivre nos vies comme dans un « à qui perd gagne ». Toujours gagner plus et l’on croit que la mort n’a pas d’emprise, mais alors jamais on ne traversera la mort. Espérer toujours plus de miracles, de sensationnel, de superstition, mais alors jamais on ne laissera Jésus nous ramener des enfers.
Toujours, plus. Fou que tu es, ce soir même on te demande ta vie. Qui gagne sa viela perdra. Reste à accepter de la perdre ! Qui perd sa vie la sauvera. C’est révoltant, et il n’y a que la parabole du grain de blé pour nous aider à avancer. S’il ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. Il n’y a que les désespérés pour nous donner d’avancer, Jerry, cette semaine, les chrétiens d’Irak, les persécutés de la barbarie.

Semence éternelle en mon corps
vivante en moi plus que moi-même
depuis le temps de mon baptême,
féconde mes terrains nouveaux :
germe dans l’ombre de mes os
car je ne suis que cendre encor.
Comment savoir quelle est ta vie
si je n’accepte pas ma mort ?

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