jeudi 19 mars 2015

Vivre sans peine n'est pas un état d'homme.

"Vivre sans peine n'est pas un état d'homme; vivre ainsi c'est être mort. Celui qui pourrait tout sans être Dieu serait une misérable créature; il serait privé du plaisir de désirer; toute autre privation serait plus supportable.
Voilà ce que j'éprouve en partie depuis mon mariage et depuis votre retour. Je ne vois partout que sujets de contentement, et je ne suis pas contente; une langueur secrète s'insinue au fond de mon cœur; je le sens vide et gonflé, comme vous disiez autrefois du vôtre; l'attachement que j'ai pour tout ce qui m'est cher ne suffit pas pour l'occuper; il lui reste une force inutile dont il ne sait que faire. Cette peine est bizarre, j'en conviens; mais elle n'est pas moins réelle."
Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse, Lettre VIII de Madame de Wolmar.

Je l'accorde, c'est bien romantique et les lignes qui suivent le manifestent. Je l'accorde, cela sent l'acédie, un des péchés capitaux. Mais n'est-ce pas aussi, une formidable description du manque et du désir ? Ne pourrait-on lire ces mots sous la plume d'un mystique ?

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