samedi 7 novembre 2015

A l'aimé

Je me suis bien plus cher que je n’en ai coutume :
avec toi dans mon cœur, je vaux plus que moi-même,
comme une pierre qui, dès lors qu’elle est taillée
passe en valeur, par là, sa roche originelle.

 
De même qu’une page, manuscrite ou peinte
retient mieux l’attention qu’un quelconque chiffon,
ainsi fais-je depuis que je suis une cible
où tes traits sont empreints –non que j’en aie regret !


Nanti de pareil sceau, il n’est de lieu où je n’aille,
sûr comme un homme armé ou fort d’un talisman
qui d’un coup réduirait tout péril à néant.

 
J’ai barre sur le feu et j’ai barre sur l’onde.
Grâce à ton effigie, je fais voir les aveugles,
Et j’assainis de ma salive tout poison.


MICHEL-ANGE, entre 1531-1547
(Traduction Pierre Leyris, Gallimard, Paris 1983)

Poème d'amour qui pourrait tout autant être prière quand Dieu est l'aimé. Cette indécision constitue le sens du sacrement de mariage. L'amour humain témoigne de Dieu. La foi vive et la quête spirituelle de Michel Ange sont parfaitement attestées.
Ce sonnet a été écrit à Tommaso Cavalieri que Michel Ange aima follement.
On trouvera d'autres poèmes ici.

1 commentaire:

  1. Juste vous dire que tout ce que vous écrivez, vos homélies, vos articles, les textes et poèmes que vous citez, me semblent une parole engagée admirablement dans le monde, si exigente, honnête, intelligente, complexe, à la hauteur de l´engagement chrétien le plus pur, le plus radical. Moi qui suis si touchée par ce que Jésus nous révèle et exige, sans être croyante (au sens d´une certitude intéreure), je vous remercie de cette parole incarnée et compromise.

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