mardi 1 novembre 2016

499 ans de la Réforme luthérienne



Le 31 octobre, François, lointain successeur de Léon X, le pape qui excommunia Luther en 1521, était en Suède pour participer à l’ouverture de l’année de commémoration de la Réforme, dont on date le premier acte au 31 octobre 1517. On ne sait si les fameuses 95 thèses contre les indulgences ont été placardées ce jour-là sur les portes de l’église de Wittenberg. Ce qui est certain, c’est qu’elles accompagnaient une lettre à l’archevêque de Mayence, dans laquelle Luther demandait une dispute universitaire pour laquelle ces thèses pouvaient servir de point de départ.
Que Luthériens et Catholiques commémorent ensemble l’événement n’a rien d’évident. Les Protestants sont plein de reconnaissance vis-à-vis de la pensée et l’œuvre de Martin Luther. Ils ne se réjouissent cependant pas plus que les Catholiques de voir l’Eglise durablement divisée. Ces derniers, par la bouche de Benoît XVI, reconnaissent l’authenticité de la vie chrétienne de Martin Luther :
« Ce qui l’a animé, c’était la question de Dieu, qui fut la passion profonde et le ressort de sa vie et de son itinéraire tout entier. "Comment puis-je avoir un Dieu miséricordieux ?" […] Qui se préoccupe aujourd’hui de cela, même parmi les chrétiens ? […] La plus grande partie des gens, même des chrétiens, tient aujourd’hui pour acquis que Dieu, en dernière analyse, ne s’occupe plus de nos péchés et de nos vertus. […] Mais nos fautes sont-elles vraiment si petites ? Le monde n’est-il pas dévasté à cause de la corruption des grands, mais aussi à cause de celle des petits, qui pensent seulement à leurs propres intérêts ? […] La faim et la pauvreté pourraient-elles dévaster autant de parties entières du monde si, en nous, l’amour de Dieu et, à partir de Lui, l’amour pour le prochain, pour les créatures de Dieu, les hommes, étaient plus vivants ? Les questions en ce sens pourraient continuer. Non, le mal n’est pas une bagatelle. […] Dieu, le Dieu unique, le Créateur du ciel et de la terre, est quelque chose d’autre qu’une hypothèse philosophique sur les origines du cosmos. Ce Dieu a un visage et il nous a parlé. Dans l’homme Jésus Christ, il est devenu l’un de nous ‑  à la fois vrai Dieu et vrai homme. La pensée de Luther, sa spiritualité tout entière était complètement christocentrique. (Discours à Erfurt, sept 2011)
« Ce qui nous unit est beaucoup plus que ce qui nous sépare » (François, Malmö) : notre attachement au Christ, un même baptême, une même mission reçue du Seigneur de porter l’évangile par l’écoute de la parole et le service des hommes, à commencer par les plus pauvres. Les anathèmes du XVIème siècle ne sont plus d’actualité comme le dit la déclaration commune sur la justification, signée un 31 octobre, en 1999, aussi acceptée par les Méthodistes.
Pour préparer le cinquième centenaire des débuts de la Réforme, Catholiques et Protestants ont voulu écrire ensemble l’histoire de la séparation et de ce que les uns et les autres en avaient fait, Du conflit à la communion.
L’enjeu est de taille. 500 ans après la séparation, il n’est que temps de vivre en frères pour témoigner de notre foi au même Seigneur Jésus. Mais en sommes-nous seulement convaincus ? Il est temps de vivre comme un scandale et une blessure douloureuse notre impossibilité de partager le pain de la communion eucharistique. Ce qui bloque aujourd’hui, ce sont les questions d’organisation de l’Eglise, des questions de pouvoir (sacramentel, ecclésial, politique) ; quelle misère, quelle honte !
Une même foi s’exprime selon des traditions différentes et légitimes pour peu qu’elles soient hospitalières les unes pour les autres. Au terme de l’année de la miséricorde, c’est à un nouveau geste de réconciliation, une nouvelle conversion, que nous sommes invités.

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