vendredi 7 juillet 2017

Simplisme n'est pas simplicité (14ème dimanche du temps)



Qui sont les sages et les savants à l’époque de Jésus ? Ceux qui savent lire, presque toujours des hommes, des mâles. Combien de personnes cela représente-t-il ? Moins de 5%, sauf si vous êtes bien nés et vivez à la capitale ou dans une ville commerciale. La population rurale constitue l’immense majorité de la population et est analphabète.
A Jérusalem, les sages et les savants, ce sont les scribes. On dit au début du livre des Actes de Jean et Pierre qu’ils sont sans culture ; vraisemblablement ils ne savent pas lire, et cela étonne tant leur assurance à parler et à raisonner à partir des Ecritures est grande.
Les sages et savants détiennent l’accès aux livres et pour Israël, la clef du sens et de la loi. Sages et savants sont donc hommes de pouvoir autant que de savoir. Et Jésus une fois de plus renverse l’échelle des valeurs, ces valeurs auxquelles nous tenons tant. La dignité humaine ne se mesure pas au savoir. Mieux, les simples et les petits sont premiers.
D’après l’évangile de Luc, Jésus savait lire. Faisait-il partie des sages et savants ? Ce n’est pas tant le savoir qui est incriminé que l’attitude du savant. Un chapitre entier qui clôt pratiquement l’évangile, le confirme, répondant aux béatitudes du début en passant par les versets de ce jour. « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. […] Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clef le royaume des Cieux devant les hommes ; vous-mêmes, en effet, n’y entrez pas, et vous ne laissez pas entrer ceux qui veulent entrer ! »
Dans nos sociétés, c’est l’inverse de l’Antiquité : presque tout le monde sait lire. La situation par rapport au savoir a changé. Nous ne pouvons prendre prétexte des propos de Jésus pour justifier comme meilleur chemin vers le Royaume une ignorance coupablement entretenue, une paresse devenue vertu par décret biblique, un anti-intellectualisme cultivé au nom de l’évangile.
C’est certain, il est un savoir qui ferme l’accès au Père. Des cardinaux et docteurs, mais aussi de « simples chrétiens » savent mieux que Dieu ce qu’est Dieu, ce qu’est l’homme, la nature, ce que Dieu pense de tout et, s’ils ont du pouvoir, peuvent lier de pesants fardeaux qu’eux-mêmes ne touchent pas d’un doigt.
Plus encore, qui d’entre nous peut se dire simple et petit ? Notre pouvoir d’achat l’interdit souvent. La simplicité est une terre à redécouvrir, un travail de l’intelligence et de la charité. Elle n’est plus, si jamais elle l’a été, un état initial, mais un chemin. Etre simple ne signifie pas être fainéant, fainéant de la foi et de la pensée. Plus jamais le monde ne sera simple, plus jamais la foi ne sera simple. Le populisme politique a son pendant dans la foi. Il convient plutôt d’accéder à une simplicité seconde, une naïveté seconde, post-critique, apprendre à faire confiance après la critique, la science et les savoirs, dans un monde où personne ne naît naïf ni simple.
Il faut entreprendre le difficile chemin de la conversion qui consiste à savoir que l’on ne sait pas, pour s’en remettre à Dieu plus qu’à nos savoirs. Et l’on tient souvent d’autant plus à ses idées que l’on en a peu ! Consentir à abandonner son savoir comme Abraham laissa sa terre et la maison de son père. Renoncer à ce qui est sien, ainsi trouve-t-on la vie.
Or, nous avons du mal à faire confiance. Nous préférons savoir. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique fonctionne parfois comme un savoir qui évite de croire. Le connaître et s’y référer peut dispenser de croire et de penser. Vous ajoutez quelques gestes cultuels, et ça y est, vous êtes chrétiens. Que nenni ! Le catéchisme et la piété peuvent aussi être un pesant fardeau dont on n’a pas même l’impression qu’il pèse, tant nous sommes rassurés de savoir ce qu’il faut croire et faire. C’est un système bien huilé, sans problème. C’est si simple ! Mais simplisme n’est pas simplicité…
A savoir, on ne croit pas. « Je te rends grâce, Seigneur, d’avoir caché aux sages et aux savants ce que tu as révélé aux petits. » (Mt 11, 25-30) Il n’y a pas un catéchisme à croire, mais un Dieu à qui s’en remettre en confiance. Il n’y a rien à croire, mais à faire confiance. La foi n’est pas plus affaire d’ignorance que de savoir ; elle est confiance.

2 commentaires:

  1. Abrasif à lire et à recevoir! utile à méditer... merci et bon dimanche!
    PMR

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  2. Merci pour vos billets que je viens de découvrir depuis peu.

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