lundi 19 février 2018

Pour des funérailles




Is 58, 5-10  /  Ps 18(19), 8-13  /  Jn 2, 1-11


Les textes que nous venons d’entendre ne parlent pas de mort ni de résurrection, ni d’espérance. Peut-être une mention, le troisième jour, au début de l’évangile, fait-elle signe vers la Pâque.
A Cana, c’est un mariage. On manque de vin, il n’y a plus de vin. La fête tombe à l’eau. Tout est foutu, comme devant le corps de maman. Mais on ne manque pas seulement de vin. Il n’y a pas d’époux, c’est un mariage sans époux ! La fête est impossible, comme aujourd’hui.
Normal que l’on ne dise rien des époux, fera-t-on remarquer, on est à la cuisine, avec les serviteurs. Et c’est vrai. C’est d’ailleurs une bonne place que celle du service pour comprendre ce qui se passe. Le texte le dit, les serviteurs, eux, savaient.
Mais tout de même, c’est un peu gros un mariage sans époux. Relisons le texte. Il n’y a qu’une femme, ne pourrait-elle pas être l’épouse ? C’est la mère de Jésus. S’il s’agit de Marie, elle est déjà mariée, elle a un fils, déjà grand, qui est au mariage avec elle. Ce ne peut être elle. Mais la mère de Jésus, c’est aussi l’humanité, celle dont il partage la vie et la condition, celle dont il a reçu sa chair, tout comme nous. Se comprend alors la réponse de Jésus à cette humanité ‑ il ne l’appelle pas maman ‑ quémandeuse faute de se prendre en charge, irresponsable, et si souvent destructrice d’elle-même. « Femme, quoi de toi à moi ? ».
A choisir Cana, un repas, évidemment, nous faisons un clin d’œil à Maman. Il s’agit d’un mariage, un peu plus des deux tiers de la vie de Maman. Et l’on s’inquiète pour le repas. Maman a tellement préparé à manger. La cuisine, c’est de famille ; allez voir chez Nicole ! Mais aujourd’hui, nous n’avons plus de vin. Mais aujourd’hui, la fête est finie. Avec Maman, il n’y aura plus de fête.
Isaïe, quant à lui, ne mâche pas ses mots. Cela n’ôte rien à sa poésie, au contraire ! Jeûner pour honorer Dieu, c’est une fumisterie. Dieu se moque des gesticulations pieuses, lui importe seulement les frères. « Qu’as-tu fait de ton frère ? » demande-t-il à Caïn dès les premières pages du récit biblique. La prophétie prend le relai de la Torah en répétant l’impératif, tu es responsable de ton frère. « Partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable. » La mère de Jésus, commune humanité, capable du pire mais aussi du meilleur, le redit aux serviteurs. « Faites tout ce qu’il vous dira. »
Une lecture hâtive, si alors, condition et conséquence, pourrait n’être sollicitée que par nos désirs ou phantasmes de rétribution. Il s’agit d’autre chose. Papa parlait de grâce ayant peur que le mot ne soit compris. Et il y a de quoi se méfier du mot. Avec Dieu, comme dans l’amour, la grâce c’est la beauté, la gratuité, ce qui gracieux, sourire et merci. L’air de rien, sans les mots détestables de la technique religieuse, Isaïe parle de résurrection. Dans la nuit du deuil et de la mort, la lumière. En pleine nuit, la lumière de midi. En plein deuil, par notre fraternité, quelle lumière faisons-nous briller ! Qu’elle éclaire aussi ceux qui ne sont pas là !
L’humanité attend encore la lumière, manque de lumière comme on manquait de vin à Cana, comme Maman nous manque. Urgence du service, une nouvelle fois, pour que les noces de l’humanité ne soient pas gâchées. Urgence pour la vie, que brille sur tout visage une lumière de plein jour.
Je nous ai laissés en plan avec les noces. Nous avions trouvé l’épouse, la femme, la mère de Jésus, l’humanité. Et l’époux ? Bien sûr, c’est Jésus. Il vient célébrer l’alliance de Dieu avec les hommes.
Etre disciple de ce Jésus, croire la résurrection de la chair, c’est cela seulement, faire tout ce qu’il nous dit. La résurrection c’est précisément la lumière du plein midi, lorsque les frères sont relevés, littéralement, ressuscités. La résurrection, ce n’est pas un truc pour les morts, après la mort. La résurrection c’est la lumière du plein midi pour que tous aient la vie, en abondance, pour rendre à chacun son sourire.
Dans la nuit de notre deuil et de la séparation, reprendre le tablier, la tenue de service. Le fils de l’homme épouse l’humanité. En s’unissant à elle, il lui transmet la vie. Vin et sang de l’alliance, fin de la pénurie et de la flotte. Et quel vin, le meilleur pour la fin. De lui à elle, qu’y a-t-il sinon la vie, l’amour ? Sur la croix, « il transmit l’Esprit ».

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