18/11/2021

Régir le monde et nos vies au souffle de l'Esprit (Christ, roi de l'univers)

Nous sommes invités à célébrer la royauté de Jésus en ce dernier dimanche de l’année liturgique. Les évangiles emploient le champ sémantique de la royauté, à la suite de la conception que l’on se faisait du messie dont le roi David constitue le modèle. La prière que Jésus laisse aux disciples implore : que ton règne vienne !

Aujourd’hui, ce vocabulaire pose question voire met mal à l’aise, notamment depuis que la monarchie n’est plus la forme évidente de gouvernement des nations. Les rois de France, comme d’autres, se sont vus en successeurs de la dynastie davidique. L’Eglise a résisté longtemps aux aspirations démocratiques, alors même qu’elle pratiquait depuis des siècles, certes très différemment de ce que nous entendons aujourd’hui, et théorisait la liberté et la nécessité d’être consultés pour tous ceux qu’un sujet concerne. Il a fallu des révolutions politiques, idéologiques et théologiques pour que l’on en vienne à la liberté de culte, pour que le droit des pauvres ne soit pas conçu seulement comme un devoir des puissants.

Trois adultes font aujourd’hui leur entrée en catéchuménat. Officiellement, nous entendons et accueillons leur demande à recevoir le baptême. Le calendrier de la paroisse fait que nous sommes rassemblés en messe dite des familles. Pour tous, il s’agit de s’approprier l’annonce chrétienne. Comment vivre avec Jésus ? Qu’est-ce que cela signifie être disciples ?

Lors de l’onction, pendant le baptême, nous sommes configurés au Christ, prêtre, prophète et roi. La royauté du Christ est inscrite au cœur de ce que nous sommes. Pour comprendre quelque chose à la royauté de Jésus, nous devons la concevoir comme ce qu'il nous partage, ce en quoi nous lui ressemblons.

Le roi n’est pas le chef tout-puissant qui règne sur les nations, méchantes nations païennes, voire communistes, anti-chrétiennes. Le roi n’est pas non plus celui des contes de fées, gentils ou méchant, avec une jolie princesse de fille ou un prince impossible à marier. L’évangile n’est pas un conte de fée. Pour comprendre quelque chose à la royauté de Jésus et à la nôtre, il nous faut faire un trait sur la puissance politique, économique, sociale comme sur la magie de la féérie. L’évangile (Jn 18, 33-37) nous mène au pied de la croix.

La royauté de Jésus, comprise à partir de la nôtre, c’est la capacité à mener notre vie dans le monde. Etre chrétien, ce n’est pas une affaire spirituelle, entendez qui n’aurait rien à voir avec la vie ordinaire, prosaïque, matérielle, temporelle. La vie chrétienne comme vie dans le souffle de l’Esprit, c’est nous disposer à laisser passer l’Esprit en tous les domaines de notre existence. Au boulot comme à l’école, en famille comme avec les amis, les voisins, dans l’organisation sociale et internationale du monde, voilà le domaine du Christ, son royaume.

C’est dans la totalité de notre existence, et non dans un domaine réservé que serait la religion, que nous sommes invités à la sainteté, à vivre comme Jésus, à laisser l’Esprit respirer en notre bouche pour nous faire vivre. Il en serait ainsi, notre monde n’aurait pas la même tête ! Chaque fois que nous laissons l’Esprit nous mener, nos familles, cercles d’amis, connaissance du club du sport ou de la musique, etc., sont des lieux de vie, où nous menons, dirigeons nos vies comme des rois de paix, comme le Prince de la paix.

A la suite de Jésus, nous sommes invités à faire de ce monde, avec ses limites, la souffrance, la violence, les injustices, avec ses promesses, moments de partage et de joie, de légèreté et de plaisir, le royaume des frères et sœurs d’un unique Père. Le royaume de Dieu n’est pas pour demain, mais le commandement reçu du Seigneur de nous aimer les uns les autres comme il nous aime.

Bâtir et accueillir le royaume est un projet tant personnel que politique, non comme une prise du pouvoir, mais, à la suite de celui qui se fait serviteur, comme la transformation de nos vies et relations en vie bonne, heureuse, avec et pour les autres, dans des institutions justes. La royauté de Jésus nous commande de régir le monde et nos vies au souffle de l’Esprit. Voilà notre baptême.

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