20/03/2026

« Je suis la résurrection » (5ème dimanche de carême)

1re statue, église des sylvestrins de Bassano Romano 

 

Il y a six signes dans l’évangile de Jean. Deux séries de trois qui se répondent. Cana fait couler le vin d’une alliance nouvelle. Un enfant est guéri. Un handicapé depuis trente-huit ans se lève et marche. La seconde série amplifie. Le pain multiplié rassasie une foule dans l’ordinaire de la faim. Un aveugle de naissance recouvre la vue. Un mort ressuscite.

Avec le sixième et dernier signe de l’évangile de Jean, nous sommes au paroxysme de ce qui peut être désigné du sens de la vie de Jésus jusqu’en sa mort, sa fidélité au Père amoureux de l’humanité, au Père bouleversé, blessé par le mal qui affecte la création. Le Père a tant aimé le monde qu’il envoie son fils pour que disparaissent le mal et la mort. Le bel et bon berger donne sa vie afin qu’on ait la vie, en abondance.

Fidélité. Jésus a prêché et vécu la fraternité au nom du Père, en décalage d’avec la pratique et peut-être même quelques textes. Ses paroles et sa vie recadrent l’idée que l’on se fait de Dieu. Il est « l’homme qui évangélisa Dieu » comme dit le titre génial d’un livre. Sa mort n’est pas rachat, comme si Dieu attendait que quelqu’un paye la dette. Joseph Ratzinger a en son temps tordu le cou à la théorie anselmienne de la substitution.

Assurément, Jésus met le paquet, paye le prix, paye de sa vie. Mais que paye-t-il et à qui ? Ce qu’il paye de sa vie, c’est sa vie, autrement ce qui le fait vivre, sa relation avec le Père, voulue pour tous, offerte à tous. Ce serait trop peu de parler d’une conception de Dieu et, partant, de la fraternité humaine adoptée par le Père. Echapper à la mort, d’une manière ou d’une autre, cela aurait été dire que ce qu’il pensait ne le concernait pas viscéralement, miséricordieusement. Tout son combat pour l’amour réduit à rien, sa vie désavouée par lui-même, de sorte qu’il n’aurait pas été est le premier-né d’une multitude de frères et sœurs.

Le Père n’exige la mort de personne, y compris celle du Fils. Comme devant toute mort, faut-il dire devant cette mort plus que devant tout autre, le Père en crève. De la mort entre en Dieu : la création est mal ficelée au point que le Fils en meurt.

Le dernier signe raconte cela. Une histoire de vie plus forte que la mort. Ce n’est un prodige (terata, toujours au pluriel dans le Nouveau Testament), ni un acte de puissance ou miracle (dynamis). Chez Jean, il n’y a ni miracle ni prodige, seulement six signes.

Le plus extraordinaire, si l’on peut dire, n’est pas qu’un mort qui sent déjà revienne à la vie : c’est que la résurrection est une personne. Plus extraordinaire encore, Jésus se dit « la résurrection et la vie », le relèvement, l’insurrection et la vie.

La résurrection, ce n’est pas la vie après la mort. Le texte est très explicite. Jésus rectifie l’expression, malheureuse, de Marthe. « "Je sais, dit Marthe, qu'il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour." Jésus lui dit : "Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ?" »

Qui peut comprendre ses propos ? Nos perspectives ordinaires, nos savoirs nous empêchent sans doute de comprendre. Avec Jésus, il faut tout réorganiser du voir et du savoir. Le signe précédent, avec la confusion de ceux qui croient voir, nous l’a appris.

Savoir empêche de croire. Croire est insurrection, relèvement, résurrection. C’est trop peu dire. L’attachement à Jésus, la confiance en lui, offre à notre foi Jésus comme vie et relèvement, résurrection. Nous allons mourir. Nous mourons. C’est certain et celui-là-même qui se dit résurrection meurt huit chapitres plus tard. Du fond de la mort et du mal, la vie détruite devient source d’eau jaillissant en vie éternelle selon la rencontre avec la Samaritaine.

La résurrection, c’est le premier-né qui passe en nos vies par ses frères et sœurs et qui relève. Si nous ne le voyons pas, serions-nous aveugles ? Interrogeons notre foi, notre croire. Il est des perspectives, qui empêchent de voir. Dans point de vue il y a « point de vue » ! Recadrage par l’homme qui évangélise Dieu et ce que nous pensons et vivons de, devant et avec Dieu.

 

Michel Ange, Christ rédempteur

 

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