18/03/2026

« Tu es mon fils » (Saint Joseph)

 

 

Joseph, l’homme sans parole. On ne sait rien de lui ; pas même son nom dans l’évangile de Marc. Il y a bien un Joseph, mais c’est celui qui recueille le corps de Jésus.

Peut-être s’agit-il du même, littérairement parlant. Un Joseph recueille le corps de Jésus, à la naissance ou à la descente de croix. Joseph prend soin de la chair, du corps nu. Il prend soin de la fragilité, de l’humain en sa fragilité. S’il est charpentier, il construit le toit qui héberge l’humain en sa fragilité et offre un refuge. La figure de Joseph s’épuise en cela. Il est tout entier l’accueillant, le recueil, rôle que la psychologie de bazar attribue aux femmes, qui seraient accueil quand le mâle serait action.

Comme son lointain ancêtre, Josephe est l’homme aux songes. Il apprend beaucoup de choses par le rêve. Historiquement, ce n’est guère fiable. Joseph apprend dans le rêve ce qu’il doit faire : protection et accueil. Le patriarche réfugié en Egypte nourrissait les siens, et les autres. Le charpentier se réfugie pour que l’enfant échappe à la mort que lui réservent les violents pour que l’enfant entre en terre promise. Rien d’historique là-dedans, mais l’accomplissement d’une prophétie. La terre promise n’est pas un concept politique, mais eschatologique. Yeshuah entre en terre promise parce la vie des humains est promesse.

Quasiment tout ce que l’on raconte de Joseph est absorbé par le mythe de la virginité de Marie. Je dis mythe, parce que, de nouveau, ce n’est pas de l’histoire, des faits relevés avec précision ou conjecturés à partir d’autres. J’espère que tous conviendront que la virginité de Marie n’est pas affaire gynécologique. Cela serait fort impudique et agression sexuelle !

Qui plus est, Jésus a des frères et sœurs. C’est dit et redit, au passage, comme une évidence qui n’a pas besoin de preuves. La virginité de Marie dit autre chose. Jésus a une maman comme tout le monde. Quant au papa, c’est toujours un adoptant qui s’en remet à la parole de la femme. Qui Marie désigne-t-elle ? Il y a bien le « ton père et moi » des évangiles de l’enfance. Mais le reste du temps, elle ne dit rien. Les trous et questions des Ecritures sont plus importants à interroger qu’à être éliminés par des réponses toutes faites.

Au minimum, on sait que Jésus est né de père inconnu, d’une fille-mère. N’allons pas trop vite identifier le père. A dessein, il ne figure pas sur l’acte de naissance, si j’ose dire. Joseph accueille une fille-mère, une fille perdue. Bien que promise en mariage, il n’est pas dit qu’il l’accueille parce qu’il l’aime. Il n’est jamais dit que Joseph aime, ni Marie, ni Jésus. A l’époque, se mariait-on par amour ?

Daniel Marguerat fait l’hypothèse que Jésus serait un Mamzer, un bâtard. Même si la naissance vient de l’Esprit, cela n’a rien d’observable et aux yeux de tous et Marie est ou paraît fille-mère. Joseph est sauveur de l’enfant et sa mère. Comme les pères, il donne son nom. Joseph sauve et l’enfant s’appelle Dieu-sauve. Joseph rend justice à Marie et Jésus. Il est l’homme juste, celui qui rend juste, tout comme le Dieu de Paul.

Joseph ne se contente pas de sauver la situation, de donner un statut à la mère et l’enfant. Il adopte l’enfant. Lui, le bâtard, tous l’appellent le fils du charpentier ou le fils de Joseph. Joseph est bien comme Dieu. Il adopte. Des enfants perdus, il se fait le Père. Ce n’est pas un contrat notarié, c’est une parole qui fait vivre, acte de reconnaissance : tu es mon fils, tu es ma fille. Et Jésus, comme dit Paul, est l’aîné d’une multitude de frères… et sœurs.

Dans une famille, les enfants ne doivent pas seulement être conçus, mais accueillis, adoptés. Faute de quoi, ils sont détruits, du moins durablement handicapés. Il est des adultes qui accueillent et adoptent des enfants mieux que des parents biologiques. Ils ont dit, ils ont vécu la parole qui fait vivre : Tu es mon fils, ma fille. Jésus a entendu cela de ce Joseph dont on ne sait rien. C’est énorme. Cela mérite sa sainteté. Il y a aujourd’hui des adultes qui accueillent et adoptent des enfants suite à une PMA avec ou sans don de gamètes, ou une GPA. Un géniteur ne fait pas un parent. Les adultes deviennent parents à dire : Tu es mon fils, tu es ma fille. Et Joseph fait cela. Et cela lui fut compté comme justice.

 

José de Ribera, Saint Joseph, vers 1635 

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