20/02/2016

Mourir pour vivre ? (2ème dimanche de carême)




C’est curieux cette affaire de transfiguration (Lc 9,28-36). Evidemment, si l’on n’est pas étonné par les manifestations surnaturelles, si tout et n’importe quoi est possible à Dieu sous prétexte qu’il est Dieu, tout passe, y compris la transfiguration. Croire, ce serait alors gober n’importe quel truc curieux, miracles, irrationnel, mystères, tout ce que l’on écarte dans la vie ordinaire !
Mais l’on ferait bien de se méfier de telles évidences. Pierre se débat seul avec son étonnement et sa non-compréhension ; ses deux compagnons restent étrangement muets, absents. Il se pourrait qu’à ne pas être étonnés, à comprendre, à la différence de Pierre, nous ne puissions pas entrer dans le texte. La non-compréhension était ici la clef du sens. Mais Pierre ne peut comprendre seul. Même muets, ses deux compagnons sont sa communauté.
« Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : "Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie." Il ne savait pas ce qu’il disait. »
Pierre veut s’installer quand Elie et Moïse s’éloignent. N’aurait-il pas dû, tout comme eux, s’écarter ? Ce qui se passe ici n’est pas fait pour ceux qui veulent des évidences, à l’abri des certitudes comme d’une tente. C’en est risible, tant la tente est un abri précaire ! Nos certitudes en matière de foi sont aussi ridicules que ces tentes ; pour utiles et confortables qu’elles puissent être, elles ne servent à rien ! Pire, elles nous laissent penser qu’on croit alors que l’on est juste des dévots du dogme ou des gourmands de la superstition.
Le texte ne dit qu’une chose d’Elie et Moïse, qu’ils parlent avec Jésus de son départ. Moïse est en effet un homme du départ, depuis la fuite d’Egypte jusqu’à Madian, puis la traversée de la mer jusqu’à la terre promise en laquelle cependant il n’entre pas. Il est parti mais jamais arrivé. Il est l’homme du départ et seulement du départ. Et s’il a dressé une tente dans le désert, ce n’est qu’un abri de fortune pour repartir, jamais pour arriver. Elie est aussi un homme du départ. Il ne meurt pas mais, selon les Ecritures, est enlevé dans un char de feu. Il continue de partir car il reviendra, et on l’attend juste avant le Messie.
Jésus ne peut que parler départ avec la loi et les prophètes. Les Ecritures sont exode ou exil comme la vie est départ. Il faut partir pour vivre, comme Abraham. Il faut quitter pour vivre. Souvent c’est enivrant, douloureux aussi. Celui qui veut garder sa vie la perdra. Alors que les catéchumènes célèbrent ces jours la dernière étape avant leur baptême, celle des scrutins (changement de vie, la conversion, demande de pardon) nous les accompagnons. Partir à la suite de Jésus, même si l’on ne sait pas où cela mène passe par la croix.
Même ce moment de lumière sur la montagne, il faut en partir. Pierre ne sait pas ce qu’il dit et la seule chose sensée que l’on ait entendue, c’est la déclaration d’amour de la voix. Mais là encore, c’est curieux. De qui est cette voix ? Une voix qui parle toute seule et choisit un homme pour fils. Une voix n’a pas de fils ! Il semble que si Pierre ne sait pas ce qu’il dit, ici au contraire, on insiste sur ce qui est dit plus que sur celui qui le dirait.
Notre foi, c’est cela. Si peu de certitudes. Non que ce soit du n’importe quoi, non que nous n’ayons de quoi nous y engager totalement, mais que notre foi, c’est une affaire de confiance. Le Dieu que nous n’avons jamais vu ni entendu nous choisit en Jésus comme fils. Répondrons-nous ? Nous mettrons-nous en route ? Etre chrétien, croire, c’est répondre à une voix qui choisit des fils. Nous sommes choisis, nous n’avons pas l’initiative, nous ne maîtrisons pas grand-chose ; seulement nous répondons en nous mettant en chemin, en partant, en abandonnant les certitudes, y compris religieuses. Abraham qui quitte son pays. Pour choisir la vie, nous devons accepter de la perdre, parce que c’est seulement en donnant sa vie qu’on la trouve. Tout le monde sait cela dès lors qu’il a aimé.
C’est ainsi dans la foi. Les cendres du carême avant le feu de Pâques, la mort avant la vie. La transfiguration indique que vivre ne suffit pas, même en présence des prophètes. Vivre est autre chose. Vivre n’est pas principalement affaire biologique ni même recherche de confort économique et culturel. Vivre c’est comme cette intense blancheur, autre chose à quoi l’on accède qu’à risquer de partir, qu’à risquer de tout perdre.
Le carême n’est pas tant un temps de pénitences que nous ajouterions à nos vies pour les mortifier, nous faire pardonner ou je ne sais quel marchandage avec notre conscience ou avec Dieu. Le carême est le temps de l’apprentissage de la mort pour la vie. Si ce que nous vivons est cendres, vous imaginez ce qu’est la vie quand le feu de la Pâque nous embrasse. Vous le savez déjà car la vie avec Dieu est déjà commencée !

09/02/2016

Ouvrir un carême de miséricorde avec Luther (Mercredi des cendres)



Nous voici repartis pour un nouveau carême. Ou plutôt, nous voilà repartis pour une nouvelle Pâque à laquelle nous voulons pouvoir participer, nous y étant préparés quarante jours durant. Voici le temps favorable, voici le jour du salut.
Cette année, bien sûr, nous entendons une invitation toute particulière à la bonté. Les deux mots hébreux que l’on traduit par miséricorde sont aussi rendus dans nos versions par pitié, amour, amitié, bonté. Nous entrons en carême pour vivre la miséricorde.
Cette année se prépare aussi un anniversaire. En octobre 2017, cela fera 500 ans qu’aura débuté la Réforme de Luther. Pour être prêt à commémorer cet événement, il est tant de se mettre à lire Luther. Pris par d’autres urgences, je n’avais pas profité de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens pour prêcher en ce sens. Je me rattrape aujourd’hui.
Que l’on ne s’offusque pas ! Il est dépassé le temps où l’on pensait invoquer le diable rien qu’à prononcer le nom de Martin Luther. L’urgence est à la réconciliation des Eglises. Nos Eglises catholique et luthérienne, le 31 octobre 1999, suivies par les méthodistes en 2006, ont signé une déclaration commune sur la justification par la foi. Aujourd’hui, même si c’est en termes différents, nous reconnaissons partager la même foi sur ce point qui fut au XVIe siècle la raison de la rupture. (Le désaccord porte aujourd’hui sur la théologie des ministères y compris la manière de l’évêque de Rome d’exercer son ministère d’unité.)
Benoît XVI, en voyage à Erfurt en 2011 disait de Luther : « Ce qui l’a animé, c’était la question de Dieu, qui fut la passion profonde et le ressort de sa vie et de son itinéraire tout entier. « Comment puis-je avoir un Dieu miséricordieux ? » Cette question lui pénétrait le cœur et se trouvait derrière chacune de ses recherches théologiques et chaque lutte intérieure. Pour Luther, la théologie n’était pas une question académique, mais la lutte intérieure avec lui-même, et ensuite c’était une lutte par rapport à Dieu et avec Dieu. »
« Comment puis-je avoir un Dieu de miséricorde ? » Luther se sent tellement incapable de plaire à Dieu ; il connaît son péché, depuis le ventre de sa mère. Il est hanté comme nombre de ses contemporains par la peur de la damnation. Ce qui le guérit de ces excès, c’est la confiance dans la bonté du Seigneur. C’est lui et lui seul qui est juste et nous rend justes. Tous nos efforts (jeûne, aumônes, prière) ne sont rien s’ils prétendent nous sauver. La sainteté, ce n’est pas ce qu’on fait de bien, c’est ce que l’on reçoit de Dieu.
Non que les œuvres n’aient pas d’importance. Tous ceux qui bénéficieront de notre partage et de notre générosité le savent. Nos dons aux frères dans le besoin, nos gestes de bonté envers les personnes blessées ou isolées, les paroles de réconciliation, comme un baume précieux, sont indispensables. S’ils ont un rapport avec notre sainteté, ce n’est pas comme ce par quoi nous l’obtiendrions, mais plutôt comme sa conséquence. La sainteté est toujours celle de Dieu, la sainteté toujours se reçoit. La sainteté reçue de Dieu donne du fruit abondance.
Cette manière de penser ‑ je le redis, catholiques, méthodistes et luthériens y reconnaissent une expression authentique de leur commune foi ‑ a un intérêt notamment, que je souligne. Elle interdit tout pharisaïsme. Je me retrouve devant le Seigneur comme un mendiant. « C’est justement en touchant la chair de Jésus Crucifié dans le plus nécessiteux que le pécheur peut recevoir en don la conscience de ne se savoir lui-même rien d’autre qu’un pauvre mendiant. Grâce à cette voie, "les hommes au cœur superbe", "les puissants" et "les riches", dont parle le Magnificat ont la possibilité de reconnaître qu’ils sont, eux aussi, aimés de façon imméritée par le Christ Crucifié, mort et ressuscité également pour eux. » (François, Message pour le carême 2016)
Oui, nous sommes des mendiants d’amour, amour des autres, amour de Dieu. Nous sommes des mendiants de sainteté. Et plus nous sommes vertueux, plus nous risquons de l’oublier. En ce sens, le contraire de la sainteté n’est pas le vice, mais la vertu. Pourquoi défendre la loi pour la loi, lorsque Dieu se montre comme celui qui accueille sans condition les pécheurs ? Pourquoi user notre temps à défendre la loi plutôt qu’à relever les personnes ? Encore un 31 octobre, en 2014, le Pape disait : « Le choix de vivre attachés à la loi éloignait les pharisiens de l’amour et de la justice. Ils prenaient soin de la loi, mais ils négligeaient la justice. Ils respectaient la loi, mais négligeaient l’amour. Ils se considéraient des modèles. Et c’est pour cela que Jésus pour ces gens n’avaient qu’un seul mot : des hypocrites. […] C’est tellement laid un chrétien hypocrite. Tellement laid. Que le Seigneur nous sauve de cet écueil ! »
Et si encore il y avait des vertueux ! Jésus a déjà fait la démonstration qu’il n’en était aucun : Que celui qui n’a jamais péché lance la première pierre. « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais vous dites : Nous voyons ! Votre péché demeure. »
De sorte qu’« il est bien vrai que seuls les amis de la croix du Christ sont ses ennemis. » (Cours sur l’épître aux Romains, p. 40). Quelques superbes lignes d’une lettre de 1516 (p. 100) : « Apprends à connaître le Christ et le Christ crucifié ; apprends à chanter sa louange, à désespérer de toi-même et à dire : "Toi, Seigneur Jésus, tu es ma justice, mais moi, je suis ton péché ; tu as assumé ce qui est à moi, e tu m’as donné ce que je n’étais pas." Prends garde, mon cher frère, d’aspirer un jour à tant de pureté que tu ne voudrais plus voir en toi le pécheur, tout en l’étant. En effet, le Christ n’habite que chez les pécheurs. Réfléchis bien à ce grand amour et vois-y la plus douce des consolations. »

07/02/2016

Civilisation universelle et cultures nationales (P. Ricœur)



Un petit texte de 1961, bien d'actualité, que l'on peut retrouver dans P. Ricœur, Histoire et Vérité, Seuil, Paris 19643. (Attention, la première édition de 1955 ne contient évidemment pas ce texte).

Je suis convaincu qu'un monde islamique qui se remet en mouvement, un monde hindou dont les vieilles méditations engendreraient une jeune histoire, auraient avec notre civilisation, notre culture européenne, cette proximité spécifique qu'ont entre eux tous les créateurs. Je crois que c'est là que finit le scepticisme. Pour l'Européen en particulier, le problème n'est pas de participer à une sorte de croyance vague qui pourrait être acceptée par tout le monde; sa tâche, c'est Heidegger qui le dit : « II nous faut nous dépayser dans nos propres origines », c'est-à-dire qu'il nous faut revenir à notre origine grecque, à notre origine hébraïque, à notre origine chrétienne pour être un interlocuteur valable dans le grand débat des cultures ; pour avoir en face de soi un autre que soi, il faut avoir un soi.
Rien par conséquent n'est plus éloigné de la solution de notre problème que je ne sais quel syncrétisme vague et inconsistant. Au fond les syncrétismes sont toujours des phénomènes de retombée ; ils ne comportent rien de créateur ; ce sont de simples précipités historiques. Aux syncrétismes il faut opposer la communication, c'est-à-dire une relation dramatique dans laquelle tour à tour je m'affirme dans mon origine et je me livre à l'imagination d'autrui selon son autre civilisation.
La vérité humaine n'est que dans ce procès où les civilisations s'affronteront de plus en plus à partir de ce qui, en elles, est le plus vivant, le plus créateur. L'histoire des hommes sera de plus en plus une vaste explication où chaque civilisation développera sa perception du monde dans l'affrontement avec toutes les autres. Or ce procès commence à peine. Il est probablement la grande tâche des générations à venir. Nul ne peut dire ce qu'il adviendra de notre civilisation quand elle aura véritablement rencontré d'autres civilisations autrement que par le choc de la conquête et de la domination. Mais il faut bien avouer que cette rencontre n'a pas encore eu lieu au niveau d'un véritable dialogue. C'est pourquoi nous sommes dans une sorte d'intermède, d'interrègne, où nous ne pouvons plus pratiquer le dogmatisme de la vérité unique et où nous ne sommes pas encore capables de vaincre le scepticisme dans lequel nous sommes entrés. Nous sommes dans le tunnel, au crépuscule du dogmatisme, au seuil des vrais dialogues. Toutes les philosophies de l'histoire sont à l'intérieur d'un des cycles de civilisation ; c'est pourquoi nous n'avons pas de quoi penser la coexistence de ces multiples styles, nous n'avons pas de philosophies de l'histoire pour résoudre les problèmes de coexistence. Si donc nous voyons le problème, nous ne sommes pas en état d'anticiper la totalité humaine, qui sera le fruit de l'histoire même des hommes qui engageront ce redoutable débat.

06/02/2016

Me voici, envoie-moi ! (5ème dimanche du temps)



Trop de textes superbes que l’on ne sait que commenter. Après la métaphore du corps et l’hymne à la charité, voici un des tout premiers résumés de la foi : Je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu. Conformément aux Ecritures, celles-là précisément que nous lisons et commentons.
Après avoir lu la semaine dernière la vocation de Jérémie, voilà celle d’Isaïe. Autant Jérémie n’a guère envie d’être prophète, et on le comprend tant sa mission est annoncée comme difficile, peu exaltante : arracher et renverser, exterminer et démolir, bâtir et planter, tout de même aussi, autant Isaïe se porte volontaire. Qui enverrai-je ? Me voici, envoie-moi. Il n’a peur de rien, après que ses lèvres ont été purifiées. Il est prêt à tout pour témoigner de celui que les chérubins proclament, tout comme nous dans un instant, trois fois saint. (C’est l’origine de notre acclamation liturgique : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. »)
Le moment de la peur est passé. Le prophète n’est pas mort d’avoir vu la sainteté de Dieu. Qu’est-ce qui pourrait bien l’arrêter maintenant ? Me voici, envoie-moi ! Quelle audace ! Qui d’entre-nous se propose ainsi, se met à la disposition du Seigneur ? D’abord, il y a notre péché. C’est un tel handicap pour porter la bonne nouvelle de la sainteté. Ensuite tout le monde n’a pas vu des chérubins lui purifier les lèvres !
Et puis, partir, être envoyé, nous arrache à nos habitudes, nos certitudes, notre confort de tous les jours. Je ne dis pas qu’être prophète signifie quitter son métier et ses enfants. Au contraire. Là où nous sommes, nous sommes envoyés. Le nomadisme de la foi consiste moins à changer de terre qu’à renouveler sa vie. Qui annoncera la sainteté de Dieu avec les voisins, les collègues, les parents d’élèves, etc. ? Je ne dis pas qu’être prophète signifie parler de Dieu. Cela, dans l’évangile, même les esprits mauvais le font et Jésus leur enjoint littéralement de la fermer. Non, être prophète c’est accepter de se convertir, de changer la manière de mener sa vie pour consentir à se faire reflet de la sainteté de Dieu.
Le Seigneur ne veut pas de missionnaires, il veut des saints. Ou le missionnaire qui n’est pas un saint est un traître, un menteur. Puis-je encore parler…
C’est notre vocation à tous, comme l’a enseigné le dernier concile, parlant de la vocation chrétienne comme vocation universelle à la sainteté. « Dans l’Église, tous, qu’ils appartiennent à la hiérarchie ou qu’ils soient régis par elle, sont appelés à la sainteté selon la parole de l’apôtre : "Oui, ce que Dieu veut c’est votre sanctification". » (1 Th 4, 3 ; cf. Ep 1, 4). » (LG 39)
La sainteté n’est pas réservée à quelques exceptions que l’on canonise. « Il est donc bien évident pour tous que l’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quel que soit leur état ou leur forme de vie ; dans la société terrestre elle-même, cette sainteté contribue à promouvoir plus d’humanité dans les conditions d’existence. Les fidèles doivent s’appliquer de toutes leurs forces, dans la mesure du don du Christ, à obtenir cette perfection, afin que, marchant sur ses traces et se conformant à son image, accomplissant en tout la volonté du Père, ils soient avec toute leur âme voués à la gloire de Dieu et au service du prochain. » (LG 40)
Me voici signifie envoie-moi, explique E. Lévinas. Il n’y a pas de vocation, il n’y a pas de consécration au Seigneur, qu’elle soit baptismale ou autre, qui ne soit mission. Nous sommes appelés pour les autres. C’est aussi un des enseignements conciliaires. Mais voilà qui corse les choses, car on ne peut penser la vocation sans ceux auxquels on est envoyé. Ils sont ceux qui nous évangélisent, quoi qu’ils sachent ou non de Jésus, autant que nous leur annonçons la bonne nouvelle. Les catéchistes en font l’expérience. Parler de la foi aux enfants nous aide à être disciples. Vous imaginez quand c’est avec des adultes ! Je ne connais pas un chrétien authentique qui ne soit missionnaire. Même les ermites du carmel mettent la mission au cœur de leur vie. Pensez que Thérèse de Lisieux est patronne des missions !
« Le missionnaire sait Dieu présent [chez les autres], mais ses "yeux sont empêchés de le reconnaître". […] Il n’a pas d’autre procédé que de se présenter tel qu’il est, dans sa vérité d’homme et de chrétien. Il sait ses frères encore ignorants de leur surnaturelle identité, mais ne doit-il pas avouer que, pécheur, il méconnaît lui-même ce qu’il est comme eux : fils du même Père, aimé de Dieu ? […] Il se donne, mais le geste qui donne est un geste qui quête. […] Voici que s’éveillent [en ses interlocuteurs] quelque chose de plus précieux : c’est leur personne propre ; elle sort à la lumière ; elle se manifeste dans le langage de la communion qui annonce le langage chrétien : "Tu es un membre de ma famille que j’ignorais". » (M. de Certeau, La conversion du missionnaire (1963).