vendredi 28 août 2009

Pour les hommes, c'est impossible

para anqrwpoiV adunaton

Pessimisme diront certains. Ce n’est pas la question. Et justement, les trois mots interrogent. De quoi s’agit-il ? Qu’est-ce qui est impossible? A qui ? Non pas à l’homme, mais aux hommes. Lesquels ? Et qui peut ainsi parler ? Et pourquoi répéter cela ?

Gardons-nous de répondre, laissons vivre les questions derrière l’affirmation péremptoire. Le contexte (Marc 1027) non plus ne devra pas réduire la stupeur, la surprise ou le scandale, l’étonnement qui peut aussi être émerveillement, puisqu’en grec encore, c’est le même mot.

Début de la philosophie que cet étonnement. Début de l’humanité, début de la foi. Un début non comme un premier pas définitivement dépassé, mais comme la source, l’origine toujours actuelle. C’est quoi ? C’est quoi tout ça, tout ce qui nous entoure ? Une illusion, un nuage de fumée, ou la solidité de ce qui se tient, voire la consistance de ce qui nourrit ? C’est quoi ? Mann hou ? disent les Fils d’Israël en voyant la manne. C’est quoi, interrogent-ils ? Dans l’Exode, c’est la nourriture qui sert de support à l’interrogation ; pouvait-on mieux dire le lien de l’étonnement avec la vie ?

Marc-Alain Ouaknin a forgé le terme de quoibilité pour dire l’homme, cette capacité tout à fait propre non pas tant à explorer le monde qu’à s’étonner. Comme il aime le faire, il remarque que la valeur numérale du mot Mann (quoi) est la même que celle de mot Adam (homme), comme si effectivement, s’interroger, s’étonner, c’était cela être homme.

Sylvie Germain cite et commente : « En fait, les questions se lèvent d’elles-mêmes, comme une gerbe sauvage poussant au gré des pas, car en vérité “rien ne va de soi”, tout est sujet à étonnement, à interrogation, pas seulement l’extraordinaire mais aussi, et surtout, les simples choses, le banal, les prétendues évidences. “L’essence des choses et de l’homme se dit mahout (en hébreu), de la racine mah signifiant “QUOI”. L’essence est la “quoibilité”, néologisme que nous créons pour dire cette essence questionnante de l’homme, cette questionnabilité qui maintient l’être ouvert à la possibilité de ses possibles et de son futur. L’homme est une question, un “quoi”, un “qu’est-ce ?”, en hébreu mah. »

Pour les hommes, c’est impossible. Quoi ! Alors que la questionnabilité maintient l’être ouvert à la possibilité de ses possibles ? Encore plus déroutant. On comprend qu’il y ait de quoi se perdre quarante ans, toute une vie, dans un désert ! Pour les hommes, c’est impossible. Quoi ?

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