samedi 29 août 2009

Religion et hypocrisie (22ème Dimanche)

A qui cette page d’évangile (Mc 71-23) s’adresse-t-elle ? Si nous la lisons aujourd’hui, c’est sans doute que les propos de Jésus, aussi sévères voire violents soient-ils, ne s’adressent pas qu’à ses interlocuteurs de l’époque, depuis si longtemps disparus, scribes et pharisiens. S’il en allait ainsi, ces lignes seraient caduques et n’auraient d’intérêt que pour les historiens. Il ne peut être question de réduire une page d’évangile, aussi difficile soit-elle à entendre, à un témoignage historique qui ne nous concerne pas. Comment faire de ces lignes une bonne nouvelle ?


Certes, il est possible de désigner ceux qui sont à nos yeux les hypocrites, ceux qui installent leur propre tradition en lieu et place du commandement divin. Chacun, j’imagine, saura dire à qui il pense lorsqu’il s’agit de dénoncer aujourd’hui, même vertement, l’hypocrisie dans l’Eglise. La page aurait un peu plus d’actualité. Serait-elle pour autant une bonne nouvelle ?


Il s’agit de ne pas ignorer la véhémence des propos de Jésus. Mais justement, pour en prendre toute la mesure, il se pourrait qu’il ne faille pas trop vite désigner les coupables et s’en exclure car, évidemment, loin de nous toute hypocrisie !


Qui sont ces pharisiens et scribes, si ce n’est des Juifs authentiques, de véritables fidèles du Dieu d’Israël, attentifs à sa parole ? Ce sont des purs ou des spécialistes des Ecritures. Rien qui a priori ne justifie les propos de Jésus. A moins que justement, le meilleur en matière religieuse encourt toujours le risque du pire. La dénonciation de l’hypocrisie religieuse s’impose d’autant plus que les gens sont authentiquement dévots. Si cette page d’évangile est bonne nouvelle pour nous, fidèles, c’est qu’elle nous met en garde contre ce qui, dans le meilleur de notre vie de foi, pourrit cette vie de l’intérieur, et ce d’autant plus que nous sommes profondément attachés à cette foi. Voilà ce que je nous propose d’entendre ce matin. Un propos qui ne vise pas à nous culpabiliser ; un propos qui remarque et dénonce, au cœur de la vérité de la démarche religieuse, un poison qui dénature précisément la grandeur de cette démarche. Il vaut mieux être au courant si effectivement la religion, en ce qu’elle a de meilleur, porte en elle ce qui la pervertit et la condamne !


Il se pourrait qu’il ne puisse en aller autrement. Nous ne parlons donc pas d’abord des Tartufes et autres hypocrites mesquins. Nous parlons de la vérité de la vie religieuse, comme si religion rimait avec hypocrisie. Pourquoi en irait-il ainsi ? Je relève deux raisons seulement. D’abord la grandeur de ce qui est annoncé. Comment voulez-vous que nous ne soyons pas mis en porte-à-faux par le trésor que nous portons ? La bonne nouvelle qui nous fait vivre est aussi celle à laquelle nous résistons et demeurons rebelles.


Il ne peut en être autrement, si du moins, seul le Christ est notre justification, notre sainteté, notre salut. Si jamais nous imaginions parvenir à la perfection évangélique par nos propres forces, si jamais nous imaginions, ici et maintenant, être définitivement débarrassés du péché et de la finitude, nous ne serions pas les disciples qui attendent de la sainteté de Dieu leur propre sainteté.


La communauté, l’Eglise elle-même n’échappe pas à cette dénonciation par l’évangile de son infidélité, de son hypocrisie. Il ne s’agit pas de se morfondre, de s’auto-flageller, mais de se tenir pour dit que la flagornerie est impossible pour la communauté des disciples. Comment pourrions-nous faire la morale sans être nous-mêmes condamnés, non que nous n’ayons pas à dire, parfois, ce qui nous paraît être le chemin de l’humanité de tout homme et de tous les hommes, mais que nous ne pouvons le faire drapés dans la certitude de ceux qui serait fidèles à ce qu’ils annoncent.


Deuxième raison que je relève à propos du rapport congénital entre religion et hypocrisie : l’impossible et cependant nécessaire prise de parole. Nous ne pouvons prétendre légèrement que tout se vaut. Si l’évangile nous a mis en route à la suite du Christ, désormais, tout ne se vaut pas, et l’évangile devient critère de hiérarchisation de nos convictions et actions. Et pourtant, faire du Christ un message de vérité que l’on pourrait enfermer en quelques dogmes, c’est à coup sûr tomber dans l’idéologie ou l’idolâtrie.


Le Christ ne cesse de nous précéder sur l’autre rive où il nous appelle à le suivre, et nous avons toujours une guerre de retard. Il ne peut en aller autrement. Lorsque nous et notre Eglise oublions que nous ne pouvons être à la page, que nous ne pouvons pas tenir le premier ou le dernier mot de la vérité, c’est que nous avons pris notre propre idéologie pour la vérité, nous avons pris nos traditions pour le commandement de Dieu.


En matière de tradition, justement, ne se décide pas aussi aisément que certains le prétendent ce qui est vrai, traditionnel. Jamais on n’est assuré de ne pas substituer au commandement de Dieu notre propre coutume. Alors que la disproportion entre notre foi et notre conversion pouvait trouver une issue dans une forme de modestie de l’annonce, la recherche du sens du commandement de Dieu pourrait, même provisoirement, trouver une voie dans la nécessité de la fraternité ecclésiale, dans la synodalité, l’apprentissage du discernement et de la décision, en Eglise.


Puisse l’avertissement du Seigneur contre les scribes et les pharisiens nous tenir dans une suite toujours plus fidèle de celui qui nous a choisis et appelés.

Textes du 22ème dimanche B : Dt 4,1-8 ; Jc 1,17-27 ; Mc 7,1-23

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