vendredi 30 juillet 2010

Vanité des vanités (18ème dimanche)

Vanité des vanités, tout est vanité. Pas sûr que le texte soit bien traduit. Ou du moins, il faudrait entendre vanité comme ce qui est vain, vide. Non pas la vanité comme l’orgueil, le défaut moral qui consiste à être plein de soi, mais la vanité comme l’inutile, le caractère vain de toute entreprise, de tout.

L’hébreu dit littéralement, avec le même mot que le nom d’Abel qui signifie buée, si fragile qu’il disparaît à peine être entré sur la scène biblique, buée de buée, tout est buée. Comme cette buée qui sort de notre gorge par temps froid, inconsistante. A peine visible que déjà elle s’efface.

Lorsque nous sommes au monde, que nous ouvrons les yeux, les oreilles, que nos sens sont en éveil, nous parvient la sensation d’un monde. Lorsque nous sommes au monde, nous nous écrions, émerveillés : « c’est ! » comme en réponse aux paroles divines qui suscitent toutes choses : Que la lumière soit, et la lumière fut. Que ce soit, dit Dieu, et « c’est », et c’est bon, même très bon. Il y eu un soir, il y eu un matin.

Et comment dirions-nous autre chose que « c’est » ? Celui qui dit « ce n’est pas » de ce qui est là, est en pleine contradiction. Nous ne pouvons pas dire que le néant existe ou que ce qui existe est néant.

Et pourtant, devant la violence, la mort, les catastrophes naturelles, la longue et lente décrépitude due à l’âge et à la maladie, devant tant de projets audacieux ou non qui ne peuvent voir le jour, comment ne pas dire que la vie de l’homme, et même ce monde, ce n’est rien, ce n’est pas. Oui, vanité. Buée de buée, tout est vain, nos projets de vie, nos amours, nos efforts de paix. Nous passons notre vie à nous battre pour tenter de vivre, et, inexorablement, la mort avance. Qui contesterait la fragilité, l’évanescence, la vanité de quoi que ce soit, qui contesterait que tout est buée ?

Peut-on cependant encore honorer la grandeur de Dieu et la dignité de l’homme, même fragile, à tout considérer comme rien ? Peut-on en revanche, sans nous tromper ni se moquer du créateur, affirmer pleins de forfanterie que « c’est », mensonge qui dénie la douleur de la faiblesse des petits. Impossible d’affirmer, impossible de nier.

Ce n’est pas seulement l’âpreté aux gains qui est stupide. « Fou que tu es, cette nuit même on te redemande ta vie ! » A quoi bon tout cela ? Et pourtant, il faut bien se retrousser les manches pour soutenir le malheureux, quand bien même on n’en voit pas le bout de la misère. Théâtre de l’absurde qui pourrait être le sens de ce Buée de buée, tout est buée.

Se pourrait-il qu’Il soit venu chercher ce qui était perdu (Lc 19,10) ? Qu’il soit venu appeler non les justes mais les pécheurs (Mt 9,13), qu’il ait choisi ce qui est rien pour réduire à néant ce qui est (1 Co 1,28). Non seulement le sang d’Abel le juste qui est comme vengé ou racheté, rendu à la vie, mais de surcroît, ce qui a du prix, ce dont on dit « c’est », bousculé dans le vide du néant par ce qui n’est pas.

Nul dolorisme, nul misérabilisme. La seule solution pour nous tirer du néant où nous sommes et que signe d’avance notre mort : choisir ce qui n’est pas. Laisser là la réussite et le succès, ne pas se préoccuper de garder sa vie, de la sauver. Nouvelle création qui de cette buée inconsistante fait des fils et filles de Dieu. Création ex nihilo, comme l’on dit, de rien. Ce n’est rien, mais parce que c’est ce que Dieu a choisi, « c’est », nous sommes, en notre fragilité, le lieu où reposent sa gloire et sa grandeur : Abel le juste et tous ceux qui sont nés de l’Adam et de l’Eve, du terreux et de la vivante.


Windhauch, Windhauch, das ist alles Windhauch. Es ist der Name Abels : Windhauch ; er verschwindet sogleich. Und doch, wenn wir in die Welt kommen, erstaunt, können wir nur sagen : es gibt, es ist.

Die Schwäche, der Tod, die Leiden, die Naturkatastrofen, unsere Vorwürfe, die besten und auch die dümmsten, was machen wir damit ? Lügen wir nicht wenn wir sagen daβ es sei, daβ es gäbe. Wirklich, alles ist Windhauch.

Sicher, müssen wir den Anderen helfen, auch wenn wir mit dem Bösen nie fertig werden. Dies auch ist Windhauch.

Er ist aber gekommen um zu suchen was verloren ist, um die Sünder zu rufen, nicht den Gerechten. Er hat erwählt was nicht ist, was nichts ist, um das, was etwas ist, zu vernichten. Das Blut Abels spendet neues Leben ; das Wertlose wird wertvoll. Mehr noch, was wertvoll ist, was worüber man sagt „es ist“, werde ins Nichts umgeworfen durch was nicht ist.

Kein Masochismus, kein Pessimismus. Sondern die einzige Lösung um uns aus dem Nichts wo wir sitzen zu erretten : erwählen was nicht ist. Hören wir auf, uns Sorgen zu machen um unseren Erfolg, unser Leben oder unsere Seele. Wer sein Leben retten will, wird es verlieren. Doch, die neue Schöpfung gebärt Söhne und Töchter Gottes aus Windhauch. Schöpfung ex nihilo, wie man sagt, aus dem Nichts.


Vanidad de vanidades, todo es vanidad. Traduciendo bien : Vaho de vaho, todo es vaho. Es la misma palabra que el nombre de Abel, desaparecido antes de ser. Sin embargo, cuando venimos al mundo, admirándolo, podemos solamente decir : hay, es.

La debilidad, la muerte, los padecimientos, las catástrofes naturales, los proyectos buenos o tontos, todo esto y más todavía hacen de nosotros mentirosos si dijéramos “es”, “hay”. No, en verdad, todo esto es vaho, es vanidad.

Seguro, tenemos que ayudar a los que lo necesitan, pero nunca se acaban los dolores y la muerte. ¡ Es todavía vanidad !

Sin embargo vino a buscar lo que era perdido, llamar no a los justos sino a los pecadores. Ha elegido lo que no es para deshacer lo que es. La sangre de Abel recibe la vida, pero por añadidura lo que es precioso, lo de que se dice “es”, es atropellado en el vacio de la nada por lo no siendo.

No caer en el culto del dolor o pesimismo, pero la única solución para sacarnos de la nada donde estamos : elegir lo que no es. Basta con el éxito y el acierto. No nos preocupemos de ganar nuestra vida o salvar nuestra alma, las perderemos. Creación nueva a partir de aquel vaho para dar vida a hijos y hijas de Dios. Creación ex nihilo, como se dice, de nada.


Textes du 18ème dimanche C : Qo 1,2. 2,21-23 ; Col 3, 1-5. 9-11 ; Lc 12, 13-21

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